‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 200 sur 311 · FA *X · texte numérisé non relu

FA *X

La Maison du Berger est le seul écrit où Vigny ait apprécié avec une relative estime le développement industriel.

Nous avons montré les répugnances de la noblesse terrienne (1) pour le développement de l’industrie en Angleterre ou en France ; ces répugnances trouvaient leur écho, quelques jours après l’accident du 8 mai 1842 (2), à la tribune de la Chambre des Députés.

On discutait alors la construction des grandes lignes de chemins de fer. Le débat, ouvert le 26 avril au milieu de l’inattention générale, s’égarait dans des considérations financières ou dans l'examen des intérêts stratégiques. Il se ranima le 11 mai, par deux discours de Thiers et de Lamartine. Thiers combattait le projet par crainte de ses répercussions financières : « Nos finances, dit-il, sont très puissantes, mais engagées. Je dis que la situation

1. Et de quelques hommes de lettres. Nodier, par exemple, « abhorrait les chemins de fer. Il est vrai que rien n’était plus contraire à sa nature nonchalante que «ces rails secs et rapides qui suppriment du voyage le caprice et qui font du paysage une figure de mathématiques» (Mme MENNEsrER-Noptrer, Charles Nodier, 345).

2. LEsans, Notes sur deux poèmes... dans RHL, 1911, 885. Le Moniteur réduit le nombre des victimes à 45 morts et 56 blessés (Moniteur, 1842, p. 1073) ; celui de la veille niait que les chaudières eussent explosé : « Les chaudières des deux locomotives sont intactes » (Moniteur, p. 1049).

vous commande un effort limité... Je sais qu’en Belgique on a vu des ouvriers se servir du chemin de fer ; je ne sais pas si en France, où la population est moins mobile, les ouvriers s’en serviront ; et je sais bien que les paysans ne s’en serviront pas beaucoup. » ({nterruptions — Marques de dénégation) (1). Il voyait dans les chemins de fer un jouet coûteux, rien de plus (2). Lamartine lui répondit avec hauteur : « On cherche à avilir, aujourd’hui et hier, les intérêts matériels. Je dis que ces vils instruments matériels ne sont au fond que des instruments dont vous dotez les idées dans le monde... Il faut payer avec larmes le prix que la Providence met à ses dons et à ses rigueurs ; il faut le payer avec larmes, mais il faut le payer aussi avec résignation et courage. (Rravos). Messieurs, sachons-le : la civilisation est aussi un champ de bataille, où beaucoup succombent pour la conquête et l'avancement de tous. Plaignons-les, plaignons-nous, et marchons ! » (Très bien ! L’orateur reçoit les félicitations de beaucoup de ses collègues) (3).

À la Chambre des Pairs, pourtant, l'opposition reparut. Le 30 mai, le marquis de Barthélémy rappelait, une fois de plus, que les chemins de fer étaient des « chemins de luxe » et voulait en réduire le nombre à quelques lignes de rendement sûr. Le lendemain, le baron de la Redorte apportait à la même tribune des objections financières, et Montalembert faisait une âpre critique du mercantilisme. « Je ne nie pas, disait l’orateur catholique, que l'emploi de la vapeur sur les chemins de fer ne soit pas un fait très grave. Mais est-ce un fait heureux ?.… On cite toujours l'Amérique. Eh bien, ce pays est-il tellement prospère ?.. Ne dédaignons pas ce moyen de richesse s’il existe, mais reléguons-le, reléguons les intérêts matériels à la place subordonnée et inférieure qui leur convient,au-dessous de tout ce qui fait la grandeur, la vie morale d’une nation. (4) ».

On a représenté Vigny comme ayant repris pour lui les arguments

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