CHAPITRE XI
Depuis 1830, Vigny était resté indifférent à la question dynastique. Sceptique, il croyait volontiers au scepticisme général. II l'aurait dit, en 1831, à Louis-Philippe en personne (1) ; en 1835, il jugeait le meilleur gouvernement «celui qui se montre le moins (2)»; en 1840, il parle de République (3); en 1842, à la mort du duc d’Orléans : « Peu nous importe quelle troupe fait son entrée sur le théâtre du pouvoir (4) ». Il était sans grief personnel contre Louis- Philippe. ;
Un événement bizarre le ramena à la politique : ce fut sa candidature à l’Académie Française.
La publication de ses Œuvres Complèles mettait un terme à une phase de sa carrière. Tous ses hor.aeurs se bornaïent alors au ruban de la Légion d'Honneur donné par Louis-Philippe en 1833 (5).
Lui-même a formulé les deux raisons qui, à ses yeux, légitiment l’Académie française. L’une est de préserver les réputations établies (6). Il composait lentement et se sentait, de plus en plus, méprisant à l’égard du grand public. Les Poèmes Philosophiques paraissaient sans éclat (7). Il voulait être de l’élite incontestée, du moins, officielle. L’Académie lui en ouvrait les portes.