‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 23 sur 311 · V, plus bas à propos d’Héléna · texte numérisé non relu

V, plus bas à propos d’Héléna

jusqu’au 21 janvier 1816. Le corps aristocratique, reconstitué de lancien régime, excitait les jalousies par l'élégance de son uniforme (1), ses avantages matériels et son recrutement exclusivement nobiliaire (2) ; il fut mal vu des vieux soldats (3) ; les esprits éclectiques, comme Pasquier, s'élèvent contre ces honneurs « beaucoup plus élevés que ne le méritaient pour la plupart des jeunes gens sans antécédents (4) » ; des ultras même, comme le comte de Montbel, ont reconnu le vice de l'institution : « Conserver les troupes de Napoléon dans leur organisation et reconstituer en même temps des corps privilégiés de gentilshommes comme sous Louis XIV et Louis XVI, c'était mettre une torche dans un ma-: gasin à poudres (5) ».

Par malechance, Vigny subit à Versailles un accident de manœuvres ; il se cassa la jambe. Ce fut son premier contact avec la rudesse des mœurs militaires ; l'indifférence volontiers railleuse de ses camarades lui enseigna « un des mauvais côtés du métier des armes ; cet excès de force où l’on prétend toujours guinder son caractère. On se cache de la pitié, de peur qu’elle ne ressemble à de la faiblesse (6) ». « L'homme de guerre, écrira-t-1l encore... a des compagnons qu’il ne pleure pas quand ils tombent (7) ». Tout le temps de sa convalescence, il resta à Paris, chez ses parents, et, par l'étude, se consola de son immobilité. Il s’adonnait aux mathématiques, à

2, « Les quatre compagnies qu’on appelait autrefois les compagnies rouges, À cause de leur uniforme, avaient toujours passé pour plus distinguées que les blanches, par la naissance et la fortune de leurs officiers supérieurs.

MM. de Damas, de Durfort, de Nansouty et de La Grange furent capitaines des quatre compagnies. M. de la Grange réclama le droit qu’il tirait du commandement qu'avait exercé son grand-père sur les mousquetaires autrefois ».

M. de La Grange avait bravement servi le roi, et il avait eu le bras emporté à la bataille d’Austerlitz. Les deux premiers capitaines étaient d’anciens seigneurs d’un caractère loyal et doux, mais à qui les connaissances militaires étaient depuis longtemps étrangères, On ne fit-point de manœuvres, et le service se borna à prendre l’ordre tous les jours ». (Mme de CHAsTENAY, Mémoires, II, 400).

C’est le fils de cet officier qui fut l’ami de Vigny.

D’un an plus âgé que le poète, il servit à la 2e Compagnie des Mousquetaires ; puis, au licenciement des Compagnies Rouges, devint d'emblée (1815) capitaine à l’état-major de la garde ; en 1821, il donna sa démission pour entrer dans la diplomatie (Lettres au Marquis de Luppé, Préface, IV, VII).

3. « Vous êtes un bon enfant, dit le vieux capitaine de Laurette, quoique dans les Rouges (S., 31).

&, PASQUIER, Mémoires, V, 372.

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