‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 251 sur 311 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

S, dit-il en Substance, (il s’oc-

l'aimer. Il yen a un grand nombre. Je vis les Bourbons tels qu'ils étaient, froids, illettrés, ingrats (1)de cœur et même par principe (2)... ».

Malgré son amour de l’ordre et de la propriété, il a gardé toute sa sévérité pour la bourgeoisie (3). Les ambitieux de fraîche date, les Changarnier, les Ledru-Rollin, ne valent pas mieux : chacun intrigue pour se débarrasser de l’autre (4).

Mais dans quelle espérance attaquer la bourgeoisie ? Le rêve d’une aristocratie intellectuelle s’obscurcit au spectacle des grands écrivains, comme Chateaubriand et Lamartine, l’un asservi à ses rancunes personnelles ou à une absurde vanité posthume, l’autre, flattant les passions qu’il devrait contenir. C’est au moment où la correspondance de Vigny et de Mme du Plessis revêt la plus intense, la plus tendre mélancolie (5) que ses notes intimes, par leur sécheresse et leur âpreté, expriment le plus nettement l’homme d'action et de combat que la vie refoulaiten lui. Lamartine ? C’est « Narcisse » dépravé par l’amour de soi ; Vigny lui adresse de secrètes injures : il a, dans sa jeunesse, profané le souvenir d’une femme qui l’aimait ; plus tard, sacrifié le peuple aux séductions de la monarchie, puis le monarque à l’appât de la gloire populaire :

1. Après une vie de dévouement, il se prend à juger en termes ironiques ceux qui ont poussé trop loin ce dévouement (Corr., I, 237).

2. Cf. PreRRE FLorres, Alfred de Vigny, 255-256. Aïlleurs encore, il flétrit ches les Bourbons la « froide indifférence d’un propriétaire qui reçoit le vin de ses coteaux et le regarde couler dans ses pressoirs » (/nédit). Il a rompu avec « le grand monde ». Il se rendait compte de l’irrémédiable décadence politique d’une classe dont Hübner disait en 1858 : « ces salons (il cite les La Rochefoucault-Liancourt, les Nadaïllac),se nourrissent plus de souvenirs que d’espérances,

parfois d’épigrammes, mais, en fait, politiquement, ils ne comptent pas. Ce n’est |

pourtant pas l'esprit qui manque, ni les sentiments élevés, et encore moins les grandes manières, c’est l'éloignement forcé des affaires du pays, pendant deux générations, qui pèse sur une grande partie de l'aristocratie française ». (HUBNER, Neuf ans de souvenirs, II, 100). Vigny a seulement conservé ses réceptions du mercredi sans apparat, (Corr., II, 3), et noué quelques relations dans l’aristocratie anglaise, à l’occasion de son séjour à Compiègne : il cite lord Holland et lord Herford (Corr., II, 152).

3. Pour ses épigrammes sur la bourgeoisie, v. PIERRE FLoOTTEs, À. de Vigny,

&. Changarnier, conservateur, était en opposition naturelle avec Ledru- Rollin, chef des radicaux, à l’époque où le pouvoir oscillait entre les modérés et les radicaux du gouvernement provisoire (Cf. SerenoBos, La Révolution de 1848, 69).

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