Le Constitutionnel, 13 décembre
Deux jours plus tard, le même journal apprenait à la province « l’insurrection » du 4, faite «parles démagogues des sociétés secrètes » et Vigny put lire : « Hâtons-nous de dire que partout, grâce à l’énergie des troupes, cette insurrection criminelle recule devant la répression rigoureuse des défenseurs de l’ordre. Nous invitons tous les bons citoyens à rester chez eux, à ne point grossir les rassemblements, à ne point écouter les orateurs des clubs ». Aussi, la concentration des brigades Cotte, de Bourgon et Canrobert a-telle donné, boulevard Montmartre, des résultats merveilleux. « Les barricades ont été partout enlevées ; l'anarchie a été déconcertée et foudroyée par la vigoureuse rapidité de l'exécution, par l'énergie et l’élan des troupes (1) ».
Vigny crut revivre les jours de 1830, quand il coopérait, dans la garde nationale, à protéger la vie des ministres. L’ennemi abattu au 4 décembre était, il est vrai, le bourgeois, le petit bourgeois parisien, autant que l’ouvrier (2) ; mais après quelques hésitations, sa haine de la bourgeoisie était redevenue aussi intense que dix ans auparavant (3): et, le 5 janvier, il écrivait à Charpentier qui déplorait les victimes innocentes : « Je regrette les imprudences des curieux dont vous me parlez et je les regarde en temps de guerre civile comme très blämables (4) ». C’est le lecteur du Constitutionnel qui parle. Plus tard, il aura quelque scrupule (5) ; causant, en octobre 1856, avec le général Espinasse qui lui a raconté son rôle, il enregistre le récit sans autre commentaire que ces mots : « J'étais alors à la campagne depuis 1848, et je n’avais pas connu les détails (6) ».
Mais sa première impression, de toute évidence, avait été le soulagement. Tout le pays l’entourait d’une ardente sympathie napoléonienne. Les centres ouvriers d'Angoulême ou de Ruelle restaient muets (7); les paysans applaudissaient et disaient : « Puisque