‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 262 sur 311 · Corr., I · texte numérisé non relu

Corr., I

xmencer la civilisation de ce pays d’'Angoumois » qu’il a «nouvellement découvert » ; il voudrait fonder une bibliothèque à Blanzac (1) -et s’entretient avec C. Maunoir sur les meilleurs livres à faire lire “aux jeunes filles (2) ; il déplore l'indifférence des paysans à fréquenter les écoles gratuites (3). Ses tentatives pour fonder une bibliothèque n’ont pas réussi ; sans se décourager, il cherche à organiser des représentations d’'Esiher (4).

Le Coup d'État satisfaisait en lui le rentier ou le littérateur menacés dans leurs biens, et le philosophe constructeur qui avait “écrit La Sauvage ; il flattait l’ancien Saint-Simonien.

On sait que les ermites de Ménilmontant, après la crise d’exaltation sensuelle et religieuse qui les avait menés en Orient, en avaient rapporté un goût plus vif et plus entendu encore pour les entreprises feroviaires et coloniales ; la République de 1848 trouva Enfantin à la tête d’un journal modéré à tendances progressives, mais nullement révolutionnaires : le Crédit. La politique du Crédit, un saint-simonisme très assagi; n’avait rien pour déplaire à l’auteur de la Sauvage : de là, cette mention attentive de Vigny : « Le Crédit a-t-il publié les Mémoires que vous m’annon-

<ez ? (5) » A Busoni qui s'inquiète : « Vous êtes mécontent peut-être de ce que le Crédit a changé d’administration, et vous regrettez le doux Saint-Simonien avec songilet blanc sur lequel je lus jadis : Le Père (6)». Jamais, depuis 1837, Vigny n'avait parlé d’Enfantin avec une telle modération. Le Crédit cesse de paraître,

en effet, en 1850, mais, fidèles à leur théorie du pouvoir fort et .

de l'État-providence, les Saint-Simoniens se rallient en masse au gouvernement personnel ; ils prospèrent d’ailleurs, sous l’Empire, dans les banques, les chemins de fer, les ministères et au Conseil d'Etat : ils terminent en bourgeois heureux, mais non rénégats, leur étrange carrière d’apôtres. Vigny, à quelques égards, les accompagne dans leur évolution : comme son socialisme de 1835, son bonapartisme de 1852 est une lointaine, maïs reconnaissable expression du Saint-Simonisme qui le séduisit un instant.

Vigny se sentait d’autres raisons d'aimer le Prince-Président. Louis-Napoléon avait été malheureux et persécuté. Le poète de Wanda sympathisait à l'adversaire de Nicolas Ier (7). La presse

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