Inédit. 8. Inédu
9. Inédit; ou encore : « Dès qu’un général n’est plus en scène, il se croit mort. Pour se ranimer, il est prêt à toutes les conspirations. Il passerait de Garibaldi à Lamoricière » (2 mai 1860).
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Jésuites : « Perinde ac cadaver (1) ». C’est pourquoi Vigny propose que tout général qui trahit — comme Marmont ou Ney —, puisse être arrêté par ses propres soldats. L’obéissance absolue ne serait due que dans le cas où «le premier anneau de cette obéissance est dans une main sacrée à un titre quelconque et douée d’une majesté surnaturelle consentie par tous (2) ». (1856-1857). Cette formule autorise le régime plébiscitaire.
Il n’en reste pas moins qu’à partir de 1855, la pensée de Vigny évolue vers la critique plutôt que vers l'approbation de l'Empire. Les ébauches les plus récentes de Féra portent bien la marque de cette opposition naissante. Vigny distingue les « maîtres », généraux ou princes, de leurs «esclaves » ; le 19 janvier 1859, après de longues méditations, dit-il, il arrête ce titre : « Servitude des maîtres, grandeur des esclaves (3) ». Ne tendait-il pas à renouveler certaines thèses de Stello contre le Pouvoir ? Le premier chapitre se fût appelé : « Les Maîtres de la guerre » ; un autre : « La brute guerrière ». Vers le même temps, il songe à écrire un volume en deux parties, dont l’une attestera le progrès continu du monde (« Aujourd’hui vaut mieux qu’hier, demain vaudra mieux qu’aujourd’hui»), l’autre, la survivance de coutumes barbares : droit d’épaves, meurtre légal de l’adultère, etc. Enfin, c’est le temps où il proteste contre les abus commis par les fonctionnaires coloniaux aux dépens des Arabes : la Case de l’Oncle Tom lui a paru frapper l'esclavage « d’un coup de massue (4) ».
Mais comment concilier l’indépendance de sa pensée avec les devoirs que lui impose son ralliement politique ? A quoi bon, en 1852, en 1859, garantir Napoléon de «toute flèche empoisonnée » s’il travaille par ailleurs à dénoncer, dans les officiers soutiens de l'Empire, l'ambition cupide, la versatilité politique, la sécheresse de cœur (5) ? Comment, sans manquer aux devoirs de la fidélité, critiquer les institutions sur lesquelles le régime s'appuie, les
4. Le soldat, dit-il, bannirait volontiers les civils de la colonie. « Colonie sans colon, telle une colonnade sans colonne » (/nédü).
2. Depuis Serpitude, il proteste contre l'intervalle factice que la discipline et la vanité sociale établissent entre l’officier et le soldat. Un projet de nouvelle : « La vie et la mort d’un soldat », eut montré un soldat blessant, par mégarde, son officier qu’il ne connaissait pas (/nédii).
3. Dès 1852, une lettre évoque le « côté stupide de l’armée ». (Corr., IT, 76).
4. (Journal Inédü). Le livre est beau, dit-il, par « la douceur des victimes ». Idée voisine de celle de Wanda : « Et ces femmes sans peur. Dédaignent de se plaindre... ».
5. Le 22 janvier 1860, encore, il écrit : « Les fonctionnaires, traîtres perpétuels en France sous tous les régimes... » (/nédit).
guerres qu'il entreprend et les: traités qu’il:signe ? Est-ce pour le: fronder sournoisement que Vigny a salué dans le «bon tyran:» un
nouveau Julien ?
Il y avait divorce entre l'inspiration littéraire de Vigny et la règle politique qu'il s'était imposée. À l'attitude qu’il avait prise, il sacrifia œuvre qu’il pouvait faire, qu'il faisait peut-être. Daphné eût raconté le supplicé du prince ; Christian eût fait la satire de la bourgeoisie et de l’église catholique. ; Féra eût fait la satire de Parmée. Il sacrifiæ tout en bloc ; il brûla, dit Ratisbonne, cette « suite de Séello, où il craignait de s'être laissé emporter trop loin dans Ia démonstration de son idée (L) ». Il ne rie on ne sait pourquoi, que le Banquet de Libanius.
Un autre passé, à la même époque, établissait sur lui une autre emprise. Dès. 1838, au cours de son premier voyage au Maine- Giraud, il avait écrit :.« Sur: un parchemin que j'ai retrouvé dans
mes. papiers. de famille, je ferai un roman historique (2). ».. Telle fut. l’idée primitive de Blanzac. Elle mélangeait deux. éléments :.
le pittoresque local et historique, qui devait faire de Blanzac une suite de Cing-Mars, et la piété envers les souvenirs de famille que le poète voulait. glorifier dans cette œuvre (3).
Comment fut esquissée la réalisation de ce double plan ? Nombreuses.sont les lectures empruntées aux Mémoires.du XVII siècle ; l’époque et la figure de Turenne attirent le romancier ; peut- ‘être
a-t-il groupé, puis détruit, en vue du premier Épande de Féra, des. éléments qui eussent. pu servir à Blanzac. Ce que nous savons
témoigne d’une inspiration assez voisine de Cing-Mars. Mazarin
yeût joué un rôle; l’abbéintrigant.et le bourgeois se fussentopposés,
en sa personne, au sire de Blanzac, sa victime et sa dupe; on-eût.
vu un Blanzac forcé de canonner lui-même son château (4).
Mais, bientôt, Vigny songe moins à l’affabulation de ce drame qu’au rôle véritable que ses parents ont dû jouer au XVLIE® siècle, dans cette terre dont il est à la fois le pèlerin et le prisonnier, au cours de son long exil de cinq: ans, tandis qu’il ne reçoit, par des journaux souvent arrêtés en route (5), qu’un écho affaibli et
1. L. RarisBonwe. Préface jdu | Journal d'un poète, 16 cf.. Correspondance à.
Buloz.