‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 280 sur 311 · Journal inédit, 1860. 3. L. SÉCcHÉ, 4. de V., II · texte numérisé non relu

Journal inédit, 1860. 3. L. SÉCcHÉ, 4. de V., II

k. RATISBONNE, Préface du Journ., 18.

5. Codicille au testament d’A. de Vigny, 6 juin 1863 (Journal, 279).

6. De même, malgré sa haute sympathie pour Littré, il répugne à professer le positivisme : « La déesse humanité a peu d’attraits. Quand on la voit assemblée, au parterre par exemple, il n’est pas facile de ladorer » (Journal Inédit, 27 avril 1863). On sait quels commentaires contradictoires provoqua le bruit de sa « confession » par l’abbé Vidal, au début de septembre 1863 (L. SÉcHÉ, À. de V. et son temps, 330 et sv.) ; Ratisbonne a nié (Zb:d., 334), L Séché affirme (rbid., 329), M. Baldensperger accepte (Wotes et éclaircissements dans les Œ C.d'A.de V., XXIV), E. Dupuy doute (Les origines littéraires d'A. de V. et A. de!V. Lerôle lütéraire, k37) ; M. Lauvrière hésite (LAUVRIÈRE, À. de V., 373). L’abbé Vidal conseille lui-même d'éviter de parler religion à Vigny mourant car, dit-il, «si un

autre prêtre se présentait, il en serait fort surpris et probablement heurté, et

peut-être même ne l’admettrait point » (L. Sécaé, À. de V. et son temps, 332) ; il avoue avoir «brusqué.. la chose» au moyen d’un pieux mensonge (Zbid.): en d’autres termes, ou il avait confessé Vigny en utilisant la faiblesse du malade, et il ne se souciait pas de tenter une nouvelle épreuve, ou il ne l’avait pas confessé du tout, et il redoutait un démenti du poète. Hors cette déclaration intéressée, reproduite par des témoins catholiques, les Peyronnet (Zbid., 328) les d'Orville (Zbid, 337) rien ne permet de croire que Vigny ait changé PPS depuis l’année précédente où il repoussait Gratry.

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Rien ne permet d'affirmer que Vigny, gravement malade depuis le 4 septembre 1861, ait pressenti sa fin prochaine. Les siens s’y trompèrent. Mme du Plessis le plaisanta avec sa frivolité coutumière (1), la famille Franck était absente de Paris quand expira le poète (2).

Il s'était remis à la poésie en 1859. Il s’était repris de sympathie pour les mythes de sa jeunesse ; depuis 1850, peut-être, il avait, à de longs intervalles, travaillé au Nouveau Purgatoire, un projet de continuation d’Æloa. C’est une vision de clair-obscur : on distingue Eloa qui «apportait les prières et les présentait au Seigneur »; « chaque prière faite sur la tombe rendait l’air plus léger et le jour plus brillant. Et lorsqu'une larme du christianisme tombait du ciel, la lumière se faisait et l’on voyait un ange-femme, aux yeux baissés, qui ouvrait la porte du ciel à l’élu nouvellement absous, et qui, marchant à ses côtés, lui tendait les mains avec tendresse et pitié (3)». Il abandonna ce projet, qui exigeait un optimisme philosophique bien éloigné de sa pensée, et en 1859, il entreprit de donner à Æloa, sous le titre de Lélith (4), une suite beaucoup plus sombre.

Lélith est un ange à chevelure noire que Dieu a envoyé auprès d'Adam, alors solitaire. Eloa, en entrant en enfer, se trouve en face d’un chérubin femme : c’est Lélith.

Lélith raconte sa vie ancienne auprès de Lucifer :

Ange à demi tombée errant parmi les astres,

sa mission auprès d'Adam. Elle y a connu la joie féminine par excellence, celle de la soumission ; elle a été heureuse. Une seule fois il la gronda : « Je m’envolai pour trois jours, mais je revenais

4. Cf. Corr., II, 249. 2. L. Sécxé, À. de V.et son temps. 3. Inédü.

4. Le Journal renferme à la date de 1851 : « Eloa, second poème. Elle va sur la terre, portant la pitié pour les naufragés du globe... et les console » (Journal, 212) Ainsi Vigny avait songé à faire d’Eloa un mythe social, pareil à celui d'Eva. Vers le même temps il confondait Eva et Eloa dans un même mythe consolateur :

« … Ta bonté comme un ange au fond du sanctuaire

Illumine et bénit la maison des bergers.

Les ailes d’Eloa que la pitié fit battre, Toute femme les a... »

P., 374). C’eût été une répétition de la Maison du Berger : il y renonça. Vers 1859, fsa pensée théologique s’est assombrie : une ligne obscure du Journal d'un Poète cite Lelith comme fondant «la religion des étrangleurs » (Journal, 251) : elle est sans doute contemporaine de l’Inédit analysé ci-dessus.

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la nuit pour voir s’il dormait et pour baiser ses cheveux bruns. »

Adam se sentait humilié par la supériorité d’essence de Lélith. Plus Lélith le sent faible, plus elle l'aime ; mais elle aussi a sa

faiblesse ; elle est stérile.

« Un matin, je vis, au soleil naissant, une femme nouvelle couchée près de lui : c'était Eve. » La jalousie s’éveilla. Elle alla trouver Lucifer et lui demanda de la venger. Il y consentit : le premier-né d’Éva devait être un meurtrier (1).

Telle est l’histoire que Lélith raconte à Eloa — qu’elle eût raconté plutôt, — si le poème avait été jamais développé.

Vigny abandonna ce thème — dont le mysticisme voluptueux lui plaisait pourtant, et lui rappelait son passé. Il en revint aux Destinées. En 1861, il classe ses poèmes : celui de 1849 occupe le neuvième et dernier rang (2). En 1862, nouveau classement : cette fois, les Inflexibles sont en tête ;.des réveries, en nombre égal à celui des poèmes, doivent alterner avec eux . La Maison du Berger est la première des réveries ; à la Flûte (poème) correspondra l’'Egalité des Ames, etc. De ces «rêveries », sauf la première, onn’a que des titres, ou des indications pour des titres (3). La même année, il composait un nouveau poème, hors série, les Oracles (4),

1. Inédit* 2. Voici ce classement : La Maison du Berger. — Le Mont des Oliviers. —. La Colère de Samson. — La Flûte. — Wanda {à supprimer). — La Sauvage. — La

‘Bouteille à la Mer. — Les Destinées. Puis il note ‘que la Colère de Samson est à

retrancher et à intercaler dans Le Zuivre Biblique, entre la Füle de Jephuéret la Femme Adultère.

3. Classement du 4 mai 1862 : Prologue : les Destinées, poème. — La Maison du Berger, rêverie. — Le Mont des Oliviers, poème. — Le Désespoir, réverie. — La Colère de Samson, poème. — La Force, réverie. — La Sauvage, poème. — La Civilisation, réverie. — La Flûte, poème. — L'Egalité des âmes, réverie. — Wandapoème. — Le Pouvoir, rêverie. — La Mort du Loup, poème. — Le Courage, réverie, Epilogue : La Bouteille à la mer (Znédit). À la place du Désespoir (rêverie) une variante porteice titre : Znertie de Dieu. Le Prologue eût.groupé en un diptyqueles forces qui écrasent l’homme (Les Destinées) et celles qui l’affranchissent (Lamaison du Berger). Puis d'étape en étape ou d’épreuve en épreuve, l’homme secoue tour à tour le joug : du Mystère (le Mont des Oliviers), de l’Instinct sexuel (La Colère de Samson), du Pouvoir (Wanda). Les premiers poèmes sont les plus sombres ; les derniers, les plus consolants.

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