Cf. GrrAUD, À. de V. et Chateaubriand, R. U
7. « Moi je vais déjeuner et puis lire la Bible » (Correspondance, Ed. SARELLA- RIDÈS, p. 3).
ne semble guère y avoir cherché qu'une excuse à la volupté (1). Officier, il se plait davantage aux tableaux durs et guerriers de la Bible ; il établit un vague rapprochement entre Moïse et les chefs militaires, entre l’ordre donné aux soldats et la Loi donnée aux Hébreux ; il cherche et trouve dans la Bible la justification de Pépée. « Je cherchais ainsi, écrira-t-il vingt ans plus tard, à capituler avec les monstrueuses résignations de l'obéissance passive, en considérant à quelle source divine elle remontait (2) ».
Il est un penseur puissant, en pleine production à cette époque — Ballanche —, pour qui Vigny na jamais caché son estime ; (3), Ballanche avait publié Antigone en 1814, et posé dans cette œuvre, de façon originale, le problème de la Destinée ; Vigny l'a méditée, assurément ; mais à quelle date (4) ? La seconde grande œuvre de Ballanche est l'Æssai sur les Institutions Sociales publié en 1818, mais rien ne permet de dire si Vigny en a eu connaissance dès cette époque.
Tout pénétré de tradition catholique et fervent de la monarchie légitime, Ballanche est issu du cercle d’esprits que Vigny respecte depuis l’enfance ; lui aussi est nourri de la Bible ; derrière la Bible, c’est tout l'Orient qu'il entrevoit au moment où Vigny va recevoir quelque teinture d’ orientalisme (5). « Il faut que l'esprit humain, dit Ballanche, puisse contempler à la fois et la magnifique Cosmogonie de Moïse et la haute métaphysique des gymnosophistes de l'Inde (6). » Cet homme de traditions, mais qui à vu la Révolution
et l'Empire, est sans illusion sur la Restauration d'hier. « Nous sommes arrivés, dit-il, à un âge critique pour l'esprit humain, à une époque de fin et de renouvellement. La Société ne repose plus sur les mêmes bases, et les peuples ont besoin d'institutions qui soient en rapport avec leur destinée future. Nous sommes $emblables aux Israélites dans le désert (7) ». S'il rapproche Bossuet d'Isaïe et de Jérémie, c’est pour les voir entrer ensemble « dans la nuit des traditions antiques » (8). Cet étrange conservateur à confiance pourtant dans la vie, dans l'éternité du christianisme
. La Femme adultère.