HAE | F
croix (1) ». Cà et là, cependant une formule ambiguë laisse pressentir, derrière l’amour de la liberté légitime, l'attrait de la liberté elle-même.
O respirons cet air ! C’est l’air de nos aïeux L’air de la liberté qui fait les demi-dieux ! (2).
262) : « Les personnes qui m’en parlaient avec le plus d’enchantement ne prenaient aucun intérêt à l'héroïne cosaquée.. ni, surtout, à l’amoureux refroidi par la découverte fâcheuse du dénouement ». Ainsi l’intérêt du poème eût dû résider dans l'amour d’Héléna et de Mora. Le jeune officier élevé par sa mère au respect de la femme (cf. Mmepe Vicny, Conseils.) avait souffert des violences des alliés (Znédit) Rien d'étonnant à ce que le souvenir d’un de ces viols ait frappé son imagination (première phase). Un peu plus tard, il développe cette idée en un canevas en prose. C’est vers 1819 qu’il conçoit l’amour sous la forme du drame( le Somnambule, la Femme Adultère) l'influence des textes sacrés, puis de Byron ayant succédé à celle des Elégiaques. Or, un « essai fait à dix-neuf ans » ne signifie pas forcément sous sa plume « fait en 1816 » mais plutôt « fait en 1818-1819 », car Vigny, à plusieurs reprises, a dit et même écrit pour son compte personnel qu’il était né en 1799, On lit dans Seroitude qu'il était « un lévite de seize ans » (S., 70) ; le Journal, écrit pour lui-même, lui assigne « dix-sept ans » à la mort de son père en 1816 (J., 119) ce qui reporte toujours sa naissance à 1799. Donc « écrit à dix-neuf ans » peut fort bien signifier pour lui « écrit en 1818-1819 ».
Quel cadre historique choisir ? Il ne peut être question, par décence, de faire intervenir la France ni comme patrie de l’héroïne ni comme patrie des agresseurs, ce qui exclut l’idée d’une action en Espagne ou en Allemagne. L’Angleterre n’a été victime d’aucune invasion ; l’histoire des migrations septentrionales, qui tentera, abondamment, Leconte de Lisle, n’est pas encore connue, bien que Vigny doive s’y intéresser de bonne heure. L’imagination se porte donc vers les pays d'Orient. Il importe que l’abîme des idées et des mœurs soit aussi grand que possible entre a race des victimes et celle des agresseurs. Le duel des Grecs et des Turcs se présente sans effort à l’esprit. À quelle époque ? Rien n'indique que Vigny songe alors à unévénement contemporain. Les souvenirs-sources d'enlèvement ou de viol de peuple à peuple abondent dans l’antiquité classique. C’est pourquoi les noms sont choisis au hasard ; Héléna dérive d'Hélène, Mora est presque un terme géographique « mot mal choisi et au hasard » (J.,226) ce qui s’explique, les noms « de Botzaris, Canaris » étant encore peu connus (deuxième phase de la gestation). Vient la guerre de l’Indépendance grecque. Vigny découvre un intérêt d'actualité dans son histoire amoureuse et se hâte de la transcrire en vers, avec des emprunts multiples de Chénier et de Byron, comme l’a montré M. Estève : expédients d’un vérificateur pressé (troisième phase). Ainsi se trouveraient conciliées : 1° d’une part l’imitation évidente de Byron et la facture d’un style qui trahit la vingtquatrième année plutôt que la dix-neuvième ; 2° d’autre part les affirmations du poète.
4. Les Juifs font, au chant III, l’objet d’une allusion dédaigneuse (P., 308). Le Journal des Débats avait accoutumé l’opinion à tenir les Juifs pour des pillards (cf. Débats, 23 juin 1821) : « Les Juifs, dans l’espoir de s’emparer du commerce, dénoncent tous les gens aisés » (ibid. 20 juillet 1821). « Les Juifs servent d’espoirs et de guides à la populace » (ib., 23 juil. 1821). La pensée de Vigny n’évoluera à l'égard des Juifs qu'après 1830.
Au chant IT, on lit des vers à double sens :
Et Socrate mourant devina Jésus-Christ.
ou encore :
Diomède a brisé sa lance, On n'ose plus frapper les dieux (1).
Aux tyrans s'opposent les « rudes enfants des îles » et leur colère s’exhale en un hymne guerrier.
L’aube de sang viendra, vous verrez qui nous sommes... (2) L’éloge de Riga (3) n’est-il pas celui d’un révolutionnaire qui avait adapté aux Grecs les paroles et le mouvement de la Marseillaise ? Indication très futigive d’ailleurs, et sans conséquence. Les Grecs sont à la mode et trouvent chez les libéraux leurs plus chauds défenseurs : Vigny loue les Grecs en faisant quelques concessions aux libéraux.
- Six mois plus tard, il s’est retourné vers l’autre fraction du public : il donne le Trappiste en octobre 1822 ; c’est un poème de
propagande (4), dont le succès fut vif et quis’enleva rapidement (5).
Le même événement qui avait été pour l'officier une cause d’amertume fut pour le poète une cause de renommée. Ce contraste ouvrit les yeux à Vigny sur sa véritable voie.
La troisième édition du Trappiste est précédée d’une note où Vigny raconte, en style dévot, les tribulations des Trappistes chassés en 1796 de Suisse jusqu’en Espagne où ils trouvèrent asile : « Le peuple-moine baisa la robe des trappistes ». Vigny s’écrie en terminant : « Oh, que n’ai-je acquis un peu de gloire ! J’emploierais
à être utile à ces hommes vénérables le crédit miraculeux qu’elle