LaronD, À. de V. en Béarn, passim
7. Dupuy, Jeunesse..246. Vigny a faït un récit de ces troubles (Corr., T, 13-20), à Jules de Rességnier, puis à Aug. Soulié. Les deux premières lettres (40 juil., 10 août 1824) respirent un grand mépris des autorités civiles et une certaine terreur des attentats dirigés contre les officiers. Dans une troisième lettre (28 août) il à oublié les brimades infligées aux officiers : « Les: halles, dit-il, se sont armés de pierres et ont lchement écrasé quelques soldats isolés ». (Corr., E, 20). IFest certain qu'il ne souffrit aucun dommage personnel ; les soldats, eux-mêmes, prouvèrent peu après (ef. LAFOND, 0. L.) qu’ils ne gardaient pas raneune à la ville.
C'est par une amitié d'enfance (celle d'Emile Deschamps), que Vigny était entré en relations (en 1820) avec Soumet et Victor Hugo. Il donne au Conservateur Littéraire, en décembre 1820, ses premiers vers : le Bal. En mars 1821, il a lu à Hugo Symétha, qui paraîtra l'année suivante. Hugo s'occupe de deux poèmes dont le titre laisse deviner l'inspiration politique : l'Ode sur les troubles actuels de l Europe et le Convoi de l'Emigré (1) ; deux pièces destinées, dans la pensée de l’auteur, aux Jeux floraux. Enfin, en mars 1822, paraissaient, chez Pélicier, sans nom d'auteur, les Poèmes. La Préface disait : « Peu d’entre mes ouvrages se rattacheront à des intérêts politiques (2). »
Tous, en effet, étaient des poèmes d'amour ; même Aéléna (3). Dans la mesure où l’on y peut chercher une inspiration politique, doit-on en croire la préface où Vigny dit : « Défenseur de toute légitimité, je nie et je combats celle du pouvoir ottoman » ? Sans doute, il est fait allusion aux «bras protecteurs de léternelle
1. Dupuy, Jeunesse... 231. Rien ne prouve, il est vrai, qu’elles soient de Vigny.
2. P., 3886. Attitude, on le sait, assez fréquente chez les ultras. « On a dit, écrivait Bonald, que les Turcs étaient campés en Europe ; et cette expression rend, avec assez de justesse, l’état de ce peuple armé au milieu de peuples sans armes. C’est là occuper militairement un pays, mais ce n’est pas le posséder en souverain légitime, » (Débats, 20 sept. 1821).
3. Le problème de la date d’Héléna a été traité, contradictoirement par M. E. Dupuy (dans À. A. L., 1903, p. 373) et par M. Estève (Héléna, édition critique, 1907). M. Dupuy a contesté l’assertion de Sainte-Beuve : « le poème d’Héléna… ne saurait être antérieur à 1821 » (article dans R. D. M., 1864) M. Estève a répondu. Son argumentation est pertinente, sans que la thèse de Sainte-Beuve en reçoive une évidente confirmation. Rappelons-nous, en effet, le procédé de composition familièr à Vigny. Il conçoit toujours un poème sous forme d’un canevas en prose, souvent très différent de ce que sera la rédaction dernière, puis, il remanie ce canevas, l’enrichit de vers, sertis dans la prose, enfin le transcrit en vers et, Souvent avec hâte, trop de hâte peut-être. La conception et la rédaction d’un poème étant ainsi répanduessur plusieurs années, ilestégalementlégitime d’assigner comme date au poème, soit le début, soit la fin de cette période de gestation. Pour 1es Poèmes Philosophiques, Vigny a généralement choisi la fin (ex : les Destinées, l'Esprit Pur) quelquefois même une date très postérieure à la rédaction effective (cinq ans pour la Mort du Loup, six ans pour la Bouteille à la Mer) : à cette époque, il produit peu, et cherche, en postdatant ses pièces, à donner l’impression que sa verve est récente, Au contraire, dans les’premiers Poèmes, il a avantage à choisir la date initiale pour confirmer l’idée de sa précocité, Faut-il donc croire qu’il à simplement antidaté Héléna de cinq ans ? Relisons le texte du Journal (J., 261-