‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 45 sur 311 · P., 317 et Suiv · texte numérisé non relu

P., 317 et Suiv

Nous descendons dans le pessimisme avec la rédaction définitive d’Eloa.

Eloa est un poème mystérieux, on ne peut pas dire mystique. Eloa n’est pas un ange ; elle est une femme (1), qui ne sait pas se défendre contre l’homme sensuel et calculateur. Satan n’est pas Satan : ce jeune homme inconnu tient du « bellâtre » (2), du poète et de l’amant.

Ce méchant qu’on accuse est un consolateur.

Au troisième chant, le caractère humain de Satan s’accentue, jusqu’à la bizarrerie : n’a-t-il pas joué de la lyre sous les fenêtres. de la bien-aimée (3) ?

Il évoque l’amour et sa simplicité perdue :

« Si je vous connaissais, Ô larmes des humains ! (4).

N’avons-nous pas entendu Moïse tenir un semblable langage ? Satan est, à quelques égards, un autre Moïse, perdu par la sévérité divine et sous Le poids de son propre génie.

Plus noire encore est l’inspiration du Déluge (1824). Que restet-il donc au poète du Trappiste, si les rois s’en vont et si Dieu restesourd ?

II lui reste d'utiliser sa jeunesse — il a vingt-sept ans — en vue d’une action quelconque, dans les limites de la décence et de l'honneur. Comme on l’a fort bien dit : « Cette jeunesse d'Alfred de Vigny, toute pleine d’ardeur contenue, est à peu près le contraire du désespoir (5) ».

L'accueil fait à Æloa, contrastant avec le succès du Trappiste, le déçoit et l’inquiète un peu (6). Par instant, il doute de son

1 AT « De quel air cheminent ces anges | Ce sont femmes du monde dans le ciel «:(DorIsoN).

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