‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 44 sur 311 · A. GC. Mauxorn, 27 déc. 1838, Corr. I · texte numérisé non relu

A. GC. Mauxorn, 27 déc. 1838, Corr. I

Il a subi les premières épreuves sentimentales : J’ai vu l'amour s’éteindre et l’amitié tarir.

Ne connaïit-il pas, déjà, la tristesse des âmes qui ont perdu le réconfort religieux ?

Hélas ! Je sais aussi tous les secrets des cieux.

Plus encore, Moïse semble l'interprète de la caste où est né Vigny. En Moïse, il y a l’homme de race choisi par le roi pour accomplir ses impérieuses volontés, puis dédaigné par le prince, et qui languit sans récompense. L’heure de la retraite a sonné :

J’ai conduit votre peuple où vous l’avez voulu.

Ce vieux soldat de Dieu, esclave d’une tâche dont il ne recueillera pas les profits, n’est pas très différent du Trappiste qui combat pour un roi sans gratitude. Moïse serait ainsi, à quelques égards; une transposition dans le cadre biblique, du problème politique posé par le Trappiste à la noblesse royaliste.

Dans les mêmes années (de 1819 à 1824), Vigny projette d’exprimer sa pensée religieuse dans les Mystères, œuvre ambitieuse laissée inachevée.

Le Jugement Dernier, le plus ancien de ces essais, est une ébauche, sinon optimiste, du moins confiante de la justice dans Dieu. Elle semble témoigner d’une foi assez sûre d’elle-même (1). Très différent apparait Satan Sauvé (2), entrepris ensuite (1822-1823) et poursuivi en même temps qu’'Æloa (1823). Un des feuillets du brouillon porte cette indication significative : « Relire le Caïn de lord Byron ».

Satan exprime, sans ménagement, ce que Vigny pense tout bas : l’ennui que la société monarchique et religieuse fait peser sur les esprits indépendants.

« © quels ennuis profonds habitent dans les cieux ! etc. (3) »

La consolation unique est dans l’amour secret : « O si tu savais quels charmes renferme une douleur partagée, etc. (4) ».

Satan a donc dressé son réquisitoire contre Dieu, mais Dieu l'emporte encore : il pardonne à l’ange déchu pour avoir aimé Eloa.

4. Nous n’en possédons, il est vrai, que de « vagues linéaments » (cf. P., éd. Baldensperger, 314).

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