‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 60 sur 311 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La phase qui s'étend de 1821 à 1825, où Vigny, négligeant sa personnalité véritable, avait essayé de plaire à un public composite,

” s’achevait par un triple succès. Sa vie sentimentale, orageuse, mais

riche, l’avait sauvé de l’ennui. Ses ouvrages balançaient la renommée de ceux d’Hugo. Son mariage paraissait brillant.

Tout ce bonheur n’était qu'apparence. En menant à bonne fin plusieurs de ses ‘intrigues, Vigny s’est gravement trompé sur luimême. Le succès lui est insipide. Déconcerté par le personnage d'emprunt qu’i a revêtu, il va, durant quatre ans souffrir, et se stériliser. Sans un accident politique, douloureux en apparence, sauveur en réalité, sans la Révolution de 1830, cette crise de langueur eût prolongé bien plus avant peut-être ses effets désastreux.

Le mariage ? Lydia l’avait aimé (1), et il en ressentit une vanité qu’il dut prendre, quelque temps, pour de l’amour. Mais l'illusion s’était bien vite éteinte (2) et le jeune gentilhomme put contempler la vulgarité de son erreur. Lydia n’était plus belle ; elle n’était pas riche : la somme réglementaire — une dizaine de mille francs — dut être versée au moment du mariage ; mais le beau-père, Sir Henry M. Bunbury, qui remarié, n’aimait pas sa fille issue d’un premier lit (3), dédaignait son gendre (peut-être d’une haine d’officier anglais pour un officier français), et se borna à recevoir Vigny dans son

1. C’est la tradition transmise, un peu malicieusement, par le salon de Nodier {SÉcxt, Alfred de Vigny et son iemps, 39 ; Dupuy, Le rôle lütéraire, 340, 341).

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