J. dans R, D, M
voyage de présentation, en 1825 (1) — après quoi les relations furent rompues pour toujours.
Pendant quelques années seulement, Vigny, installé rue de Miromesnil, a pu faire figure de gentilhomme dont le blason s’est redoré ; mais, dès 1831, il devra écrire : « Naître sans fortune est le plus grand des maux (2) ». Le mariage ne peut même pas lui assurer la perpétuité de sa lignée. Le dernier mâle des Baraudin est tombé à Quiberon; Vigny est le dernier homme de sa race. Or,en 1827, ses espérances de paternité sont trompées (3) ; en 1829, c’est une nouvelle déception, cette fois irrémédiable (4). Vigny n’a jamais dit tout haut, par un sentiment bien naturel, ce qu’il a souffert de ne pouvoir léguer son nom à un enfant, mais il faudra que bien des annéespassent pour qu’en vieillissant le poète de l’Esprit Pur puisse tirer de cette banqueroute un motif de lugubre orgueil.
Enfin, ce mariage sans amour, ce mariage sans argent, ce mariage sans enfants, est une « chaîne », un « collier » sans gloire qui lie le poète et cherche à briser la vie de son corps et de son cœur. Vigny, de très bonne heure, sera infidèle à sa femme (5), sans trouver dans l’adultère la sérénité ni la plénitude. Puissant motif de remords et de pessimisme.
Le «monde», il est vrai, lui semble ouvert. De 1826 à 1830, on le voit dans les salons : chez Mme d’Agoult (6), chez Mme du Cayla (7), Mme de Montcalm (8), Mme de Maillé (9), Mme de Craon (10), Mme de Lagrange (11), les d'Orglandes (12) etc. Il aime le Faubourg Saint-Germain pour sa retenue et son grand air ; il est le seul poète en renom qui appartienne à la noblesse légitime ; il en reçoit de grands égards auxquels il répond avec sa politesse cérémonieuse et sans chaleur ; mais dix ans de vie militaire et de méditation philosophique ont brisé le lien primitif qui l’unissait à la société mondaine ; le Journal reçoit bientôt la trace de ses menus dégoûts (13).
L’amour pourrait le consoler de cette banalité conventionnelle ;
AISÉCHÉ, 0. 1084.002. J.N57. 008 NCorr., il, 26. "£ Corr., L'37:
5. Il le sera dès 1829, ou même avant, si les vers cités par M. Baldensperger (., 36) et que nous indiquons plus loin sont, comme il semble, des vers d’amour. Certains indices permettent de croire qu’il n’a même pas interrompu ses liaisons antérieures au mariage, Mais, aux environs de 14830, sa sensibilité est sans objet,