Inédit.. 2. J
3. Si cette allusion élogieuse à l'Empereur est en effet d’un libéral, ce qui suit est d’un royaliste: « Louis XVI est tombé à gauche, et Charles X à droite. C’est toute la différence » (J., 48). La thèse royaliste était que, seules, les concessions avaient perdu Louis XVI. 4. J., 48.
5, « Le 50e de ligne, dit-on, a refusé de faire feu sur le peuple » (J., 48),
BRL SAT 4198; Je 50:
rte
La nuit (du 28 au 29) est pleine d’angoisses (1). Les deux causes sont belles et toutes deux affreuses. « Pauvre peuple, grand peuple, tout guerrier (2)! » Il aime ce peuple, il se doit à sa vieille mère, à sa femme ; le gouvernement lui a refusé toute faveur; il restera donc.
Non. Il prépare « son vieil uniforme ». « Si le roi appelle tous les officiers, j'irai ». Ce cri solitaire contient tout l’honneur féodal. Il est douloureux parce qu’il est lucide. Vigny va servir une cause mauvaise, il le sait, il s’y perdra peut-être : « Mais mon père, quand j'étais encore enfant, me faisait baiser la croix de Saint- Louis sous l'Empire... ». Vigny ne dormit pas cette nuit-là.
Le jour s’est levé, jeudi, le 29.
La carence du roi à fini ses angoisses. [1 y a l’allégresse de la délivrance dans ce mot : « Race de Stuarts | Oh, je garde ma famille ». La pitié renaît en lui. Il la partage entre les «ouvriers
serruriers » d’une « bravoure incomparable » et les « pauvres braves de la garde ». Le soir du 30, pour la première fois, il salue la Révolution de ces mots : « Chassés de partout ; Paris est libre ». Il est de cœur avec les insurgés.
Le 31 est une journée grave et paisible. Il se sent, désormais, affranchi des « gênantes superstitions politiques ». Le conflit du
. Cœur et de l'Esprit s’achève par le triomphe de l'Esprit. « Qui sait
ce que je ferai ? »
RP En cessant, mais sans joie, d’être légitimiste, il n’a pris aucune
sympathie pour la maison d'Orléans. Le trône est « sans appui » (3).
Vigny note avec une joie secrète les embarras du régime naissant.
La légende napoléonienne, brusquement déployée au lendemain
du succès, pénètre indirectement jusqu'à Vigny qui écrit : « Il me paraît impossible que le nouveau roi tienne contre une gloire de général » (4). Mais La Fayette est vieux, et, d’ailleurs, sincèrement républicain (5) : c’est donc à la République que l'avenir semble promis.
Le peuple a fait, par lui-même, toute la Révolution : « Malheur
à qui ne comprendrait pas sa volonté ! (6) » Vigny ne lui ménage
pas son estime : il note, le 7, l’économie qui résulterait de la suppression de la liste civile (7). Mais le peuple peut-il se gouverner ?
1. J.,51 2. J., (1829), 40. 3. 10 août 1830, J., 51. &. 4er août 1830, J. (R. D. M.), 695. 5, Ibid, 697. 6. 1er août, Ibid., 696. 7. Tbud., 697.
Si, le 2 août, Vigny en a admiré le bon ordre, dès le lendemain, il écrit : « Les ouvriers viennent demander de l’argent, le pistolet à la main, dans les maisons (1) ». Très probablement, les objurgations de sa mère, complètement indignée, de sa femme affolée (2), le poussent à embrasser le parti de la résistance. « C’est pour moi un devoir que d’être de la Garde Nationale ».
Il y entre aussitôt, avec un vague plaisir : peut-être à reprendre l'uniforme, à se voir respecté des commerçants maladroits qui composent la garde ; à recevoir des grades, par élection. Il est élu sous-lieutenant (le 3 août), puis capitaine, puis chef de bataillon; le 11, il a organisé sa compagnie ; le 29, 1l est passé en revue par le roi : «J'ai commandé, dit-il, assez militairement (3) ». Il s’adonne à son métier avec une conscience, et au début, une joie manifestes ; il nourrit l’espoir de faire {de {la Garde «un corps sérieux, indépendant des intrigues, pur des deux choses par lesquelles on pouvait l’entamer ou le corrompre : les flatteries dans le palais, les factions dans la rue (4) ».
Mais, bientôt, la Garde lui paraît indigne d’une telle confiance : par son indiscipline (5), sa lâcheté (6), elle se confond, pour lui, avec cette plèbe bourgeoise que Vigny haïra jusqu’en 1848. Il rompra avec elle sans retour, et sans regret, dès qu’aura disparu la menace révolutionnaire (7). « Je quittai la Garde Nationale après le procès des ministres et l'affaire de Saint-Merry : le danger passé, je rentrai chez moi (8) ».
En 1830, le danger se déploie. Le peuple se sent fort et désigne ses victimes : ce sont les six ministres de Charles X signataires des Ordonnances et responsables du sang qui a coulé. Trois sont contumaces (Polignac, Montbel, Chabrol), et trois prisonniers (Peyronnet, Chantelauze, Guernon-Ranville). Vigny avait quelque lien de famille avec Peyronnet (9), sans aucune amitié personnelle,
1. L’aftolement était général dans l'aristocratie (cf. Mme Swetchine, lettre du 23 déc. 1830, dans Farczoux, Mme Swetchine, 339-340.)
2. Son mari craignait pour elle toutes les émotions. En décembre 1830. il l’envoie à la campagne (J. dans R. D. M:,704. 3. J.53. 4. Inédit.
5. 40 août, J., 52. ; 80 sept., R. D. M., 699 ; 10 déc. R. D M., 702.