‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 80 sur 311 · Ibid · texte numérisé non relu

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traine l'intrigue. Il incarne la fraction saine du peuple, aussi éloignée des puissants que des agitateurs (1).

Ce peuple est religieux, ou du moins ami des traditions ; il respecte la vie humaine (2); s’il est discipliné (3), il aime à savoir où on le mène, et il oppose aux tromperies du conseiller Déageant cette ferme bonhomie moqueuse que notait déjà, chez Guillaume Leroux, mais avec une nuance d’effroi, l’auteur de Cing-Mars. Picard n’a aucun intérêt, ni à soutenir l’insolente richesse de Concini (4), ni à la renverser au prix du sang de son

fils (5) ; il ne se mêle qu’à regret aux révolutions ; il sent, mais

trop tard, qu’il a été la dupe de sa docilité. Son : « Et nous ? », qui termine la pièce, en tire la double moralité. Dans l’histoire, il signifie que, puisque le peuple est injustement éloigné des dépouilles, il saura, un jour, faire payer aux nobles ou au roi leur ingratitude ; 1793 sera la revanche de 1614. Déjà, la Maréchale l’avait prédit aux courtisans : « Vous avez mêlé le peuple à vos affaires : il vous mênera loin ! (6) ». Le mot a aussi un sens actuel : 1830 a été l'œuvre des ouvriers (7), non des bourgeois, qui les avaient « lâchés » (8) contre Charles X : exclus du Pouvoir par la monarchie de juillet, ils vont chercher leur revanche les armes à la main.

Ce dernier mot, peu fait pour la scène, (9) est un des plus justes

4. I, sc. 4. Le passage à travers la garde nationale, malgré ses déceptions lui avait révélé la fréquence de ce type moyen, et il écrivait le 23 décembre 1830 : « Je pourrais faire un livre intitulé : Histoire de la majorité neutre et sceptique. L'idée mère serait que c’est une majorité grave, saine, laborieuse, qui, en tout temps a sauvé la nation et l’a poussée au progrès. » (J., dans R. D. M., 705).

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7. Vigny avait remarqué, pendant la bataille, la bravoure des ouvriers ser. ruriers (J., 50) et il a fait Picard chef des serruriers.

8. « Ternaux, le premier, remarque Vigny, a lâché ses ouvriers. » (3 août, R. D. M., 697).

9. La critique fut partagée. Le National disait : « On ne saurait nier que partout s’y montrent... cette habileté d’artiste, cette puissance de réflexion qui. savent marquer chacun du signe qui lui convient. C’est ce qu’on ne trouve guère dans les productions du jour boursouflées et périssables », L’Avenir écrivit (Anonyme) : «Certes, il y a bien des défauts à retrouver dans cette pièce. La couleur y est seule fidèlement historique (sic) ; les deux premiers actes sont faibles et languissants ; il y a des longueurs et du faux dans le cinquième. L’auteur ne semble pas heureux dans la terminaison de ses actes. Mais. le troisième acte est superbe et les autres abondent en belles scènes » (L’ Avenir, 28 juin 1831).

Le Moniteur reconnaît«d ans plusieurs parties, l'empreinte d’untalent vigoureux. La scène qui termine le premier acte a paru d’un effet théâtral bien entendu. Le

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