‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 92 sur 311 · St · texte numérisé non relu

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ces « hommes robustes et rubiconds dont les rues sont pleines » (1), Stello n’est pas un débile. Il se ranime aisément, il se relève, marche à grands pas, se sent un homme d’audace et d’action (2).

Son trait moral dominant est la générosité. Disciple de Rousseau (3), qu'il range parmi les poètes, non parmi les philosophes (4), il croit à la bonté de la nature humaine (5) et à sa perversion par la société. S'il entend ‘raconter une infortune : «Les larmes gonflaient ses paupières, etc. (6) ». Il chante « la pitié sans borne que [lui] inspirent les hommes, [ses] compagnons de misère ». C’est une pensée saint-simonienne. Il passe aisément de la pitié pour les victimes à la colère contre les tourmenteurs. IL y à en lui un satirique (7) et presque un orateur (8).

Nature aristocratique, mais ardente, il fait songer à cette fraction de la noblesse dont Vigny, à la même époque, affirmait la virilité. « Le Faubourg Saint-Germain a d’autres mœurs que celles auxquelles on s'efforce de faire croire la France et les étrangers, ete. (9). » Vigny parlait pour lui-même. Mais, au moment où, par cet éloge, assez impolitique, d’un milieu impopulaire, il risquait d’accréditer sa renommée de « carliste », la peinture qu’il traçait de l’ancien régime trahissait l’affranchissement de son

esprit.

La duchesse de Berry tenta, en juin 1832, de soulever les paysans de la Vendée. « Si quelque chose ne me retenait, dit-il, je ferais un

hymne à la duchesse de Berry (10). »

En effet, à cette heure où le système de Metternich s’ébranle, il

paraît sympathique à la cause des nationalités révoltées (11). Et

ST F « Où se sont envolés vos Diables-Bleus ? » lui dit le Docteur (sS4., 108-110). . Sur le respect de Rousseau, qui lui venait de sa famille, (v. J., 417).

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9. La vicomtesse d’Agoult, qui appartenait au même milieu, en parle avec moins d’indulgence.

11. Le « poème à faire » Le Despote plaint «les Polonais en Sibérie », mais sa date est inconnue, peut-être voisine de celle de Wanda (1847). Vigny a bien traité Mickiewicz et le louera, en 1848, de combattre les Autrichiens (v. ci-dessous, chap. xu, sect. I) ; comme, en 1848, il est moins libéral qu’en 1832, il est probable qu’en ce moment, déjà, la cause des nationalités lui devait paraître belle. Il témoigne du désir de connaître Heine, prussien réfugié en France (1832 Lettres à

dans le premier épisode de Stello, il peint la monarchie légitime française comme un régime d’indolence et de dureté.

Louis XV apparaît d’abord, à Trianon, «tenant un livre et dormant (1) ». Le mépris des lettres chez les Bourbons était, aux yeux de Vigny, un principe, et l’auteur du Trappiste n’a peut-être jamais pardonné au roi de n’avoir pas distingué son talent.

« Les Bourbons des deux branches, dira-t-il après 1848, furent toujours illettrés ou dédaigneux pour les lettres. En France, on affecte toujours le mépris de ce qu’on ignore. On tire de ceci deux avantages, l’un pour la paresse, l’autre pour l’orgueil (2) ».

Ce jouisseur est ironique ; il fronde la religion comme la morale (3). Un maître pourtant sommeille en l’indolent Louis XV : ce maître est égoïste, sec et sans âme. On connaît sa réponse aux sollicitations pour Gilbert (4). Il méprise également les hommes d'étude, tous « faquins » « pétris de la même pâte », tous moins estimables que les musiciens ou les danseurs (5).

Trône dégénéré, autel affaibli : un portrait du clergé est esquissé dans Stella. Triomphant, le clergé eut paru odieux à Vigny (6) ; vaincu et dépouillé, il émeut, comme tout ce qui est faible et vénérable ; il s’incarne naturellement dans un vieillard (7), croyant naïf, prompt à la tendresse et trop pauvre pour faire l’aumône (8) : tableau bizarrement idéalisé de Mgr de Beaumont (9). Plus loin,

Lagrange, 15) ; il se félicite de voir ses anciens camarades contribuer à la délivrance d'Anvers ($S., 145). Il reçoit avec sympathie, en 1838, un Français condamné à la prison par les Autrichiens pour avoir conspiré en Italie, Ph. Andryane (Recueil de Luppé, 33).

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6. Vigny fait alors volontiers figure de théiste. La rédaction primitive d’Anony renfermait, à l’acte II, une violente déclamation anti-religieuse ; « Alfred de Vigny, raconte Dumas, était présent : il me donna quelques bons conseils. J’avais fait d’ Antony un athée ; il me fit éffacer cette nuance du rôle » (Mém., t. VIII, ch. cxcvrnr, cité dans PARIGOT, Le drame d’ Alexandre Dumas, 104),

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9. Vigny a consulté pour le premier épisode de Stello les éditions de Gilbert 1788 et an xr1 ; l’auteur de la préface de l’édition de 1788 n’est favorable ni aux philosophes, ni aux satiriques : il fait, malgré sa sympathie, grief à Gilbert d’avoir « trempé son pinceau dans le fiel de la satire » (ix) ; de même Chatterton s’accusera, en devenant satirique, de céder à la méchanceté (acte III, 1). Mgr de Beaumont n’y est l’objet que d’une brève allusion : « Un prélat qui soulageait sa triste situation » (x1) ; on y apprend que Gilbert mourut non sur un grabal, mais à l'hôtel Dieu, non à vingt-deux ans (33), mais à vingt-neuf. L’épisode de la clef y est raconté avec quelque détail (xij-æuy). La Correspondance Littéraire de la Harpe a fourni à Vigny le détail du costume de Gilbert « en chemise et en redingote »; d’après La Harpe, Mgr de Beaumont l’aurait mal reçu, tout en le patronnant auprès de M. de Vergennes. Il n’est pas question de Louis XV. La con-

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c’est une vieille femme de quatre vingts ans également, labbesse de Montmorency, qui garde un Csourire paisible » devant la mort et pardonne à ses bourreaux (1). Ces deux écclésiastiques appartiennent à la noblesse. Egalement sénile, touchant et faible, apparaît le P. Servus Dei dans lAlmeh, luttant, sans espoir, entre les Bédouins et les Révolutionnaires, sous l’œil apitoyé d’un émigré ; badigeonnant d’ocre la tête d’un Osiris pour lui imposer une auréole (2), ou falsifiant l'Evangile pour lui conserver quelques auditeurs sans foi (3). Le clergé a cessé de vivre d’une vie propre ; il n’est qu’un aspect du vieux monde qu: croule ; en le peignant vénérable, Vigny n’a pas voulu faire acte de catholique ; c’est avec la même pitié qu’il incarnera bientôt le paganisme mourant dans un autre vieillard : Libanius.

Vigny a parlé de la noblesse, dans Siello, avec une évidente sympathie (4) ; mais il n’y faut pas chercher une profession de foi politique (5). La noblesse entrevue au cours du troisième épisode n’est guère que la projection, dans l’histoire, de ses souvenirs de famille, modifiés par des traditions orales dont il s’est montré curieux ; Mme de Montcalm en particulier lui a fourni des détails sur Mie de Coigny (6). Les deux figures nobles peintes avec piété dans Stello sont celles d’un vieillard et d’une femme, attirantes. toutes deux par leur débilité.

M. de Chénier ne ressemble guère au chevalier de Vigny. Il n’a rien de son aptitude à louvoyer (7), rien de sa grâce d'esprit,

versation de Nodier qui, dans sa propre édition de Gilbert, proteste contre la maiveillance de La Harpe, a sans doute entretenu la sympathie de Vigny pour Gilbert. Les vers cités par Stello, p. 56, sont extraits des Plaintes du Malheureux (v. 28-29) ; il n’y a pas de coupure entre : «.. je suis né... »et « père aveugle ».

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