‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 35 sur 78 · LE ROTAUMB DB DIEU REALISE · texte numérisé non relu

LE ROTAUMB DB DIEU REALISE

d'abord de la résurrection de Jésus, puis de la réalisation commencée du règne de Dieu^

m. JACQUES^ LE FBÉaE DU SEIGNEUR

A côté de Pierre nous trouvons Jacques, le frère du Seigneur (Galat., i, 19). Pour lui, nous savons beaucoup moins exactement la marche de ses expériences personnelles. Selon toute probabilité il est, dès son en&nce, élevé dans le respect de la Loi, dans la pratique fervente de la piété juive. Il partage, il est vrai, l'incrédulité de la famille à l'égard de Jésus (Jean, vu, 5; Marc, m, 21) ; mais cette hésitation porte moins sur la dignité de Jésus, que sur les moyens qu'il emploie dans son ministère. Le moment qui décide de sa foi, c'est d'une part la crucifixion; comme tous ceux qui hésitent encore, il se trouve, dans cette difficile alternative, de se ranger parmi les disciples ou parmi les bourreaux. A ce sujet, il devient impossible à la famille de Jésus, à cause de l'affection qu'elle lui porte, de faire cause commune avec ses accusateurs ; il faut qu'elle prenne parti pour les disciples fidèles. D'autre part, l'apparition de Jésus ressuscité (I Cor., XV, 7) semble l'approbation directe accordée de Dieu à ce changement de dispositions à l'égard de son frère (Actes, 1, 14).

*■ Beyschlag résume la conception du christianisme d'après Pierre en une phrase : « Das Heil in Ghristo ist gnadenyolle gôttliche Mittheilung einer heiligenden Hoffiiung. » Cette formule est bien exacte et complète. Mais c'est bien plutôt l'expression de l'expérience commune des disciples, une manière de comprendre et d'exposer la réalisation dans leur communauté du royaume de Dieu, que le reflet des destinées spéciales de Pierre. La personnalité de Pierre, qui apparaît si importante, si prépondérante dans son activité historique, s'efface presque complètement au point de Tue de la pensée devant Pexpression de la conviction commune des disciples.

Le développement se fait donc en Jacques, sans crise, sans secousse ; il part de la piété juive la plus complète et la plus décidée, il voit dans la persécution des chefs religieux de la nation contre son frère Jésus une manifestation particulièrement odieuse de la tyrannie des grands contre les petits, de l'oppression des riches sur les humbles * ; il proteste contre cette criante iniquité, et regarde la confiance en Jésus comme un élément de la religion juive, que seule la jalousie de la classe dirigeante empêche d'arriver à sa vraie valeur; il regarde Tapparition de Jésus ressuscité comme la preuve qu'il n'a aucun tort à se reprocher, qu'il a suivi en tout la ligne droite, qu'il s'est bien conduit avec sincérité ; il considère l'adhésion à Jésus comme le couronnement de la piété juive.

Voilà bien l'expérience personnelle de Jacques, et c'est elle qui inspire la lettre qu'il nous a laissée. Mais elle ne fait pas la base d'un système théologique, elle est seulement la condition d'une existence simple et droite. Et elle se trouve, somme toute, identique à l'expérience totale collective du cercle apostolique ; ou plutôt c'est cette expérience du cercle apostolique du règne de Dieu réalisé, appliquée à un de ses membres particuliers ^.

Ainsi nous voyons qu'il y a bien dans le cercle apostolique

^ Nous ne croyons pas que Renan soit dans le vrai en voyant dans la pauvreté un principe chrétien, « La pauvreté resta un idéal dont la vraie lignée de Jésus ne se détacha plus. Ne rien posséder fut le véritable état ovangélique ; la mendicité devint une vertu, un état saint. » Ce sont plutôt les circonstances, le fait que la famiUe de Jésus et ses premiers disciples étaient pauvres, et cet autre fait que les bourreaux et les persécuteurs appartenaient à la classe riche, qui produisirent cette impression, d'ail> leurs assez vite changée en conviction, de la supériorité de la pauvreté. « Quand Jacques fait le portrait du riche orgueilleux et oppresseur, il est bien difficile de ne pas songer à ces familles sacerdotales, à ces sadducéens, à ces descendants de Hannah, qui avaient fait périr Jésus et qui feront périr Jacques lui-même. » (Sabatier, Encyclopédie,)

* Rappelons Topinion de Renan que rien ne justifie : « Si Jésus est le vrai fondateur du christianisme, Jacques en fut le plus dangereux ennemi ; il faillit tout perdre par son esprit étroit. »

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