CHAPITRE II
JÉSUS LE MESSIE I. ACCOMPLISSEMENT DES PROPHliTIES
La première certitude consciente des disciples a été certainement celle de la messianité de Jésus. Il semble que leur seule pensée soit celle-ci : Jésus est le Messie ^ De cette affirmation, toute leur conduite, leur pensée et leurs espé> rances découlent naturellement. Et c'est bien à cette prétention, que tout l'ensemble des circonstances les poussait : les témoiLs de la yie de Jésus qui se trouvaient au milieu d'eux affirmaient que c'était la pensée de Jésus lui-même, que la conduite entière de Jésus la confirmait ; et, d'autre part, la condamnation de Jésus ne pouvait apparaître une cause suffisante de rébellion contre l'autorité religieuse juive, que si en lui on avait repoussé le Messie; au nom du Messie seul on pouvait songer à provoquer une scission, un schisme dans le peuple élu.
Les disciples se trouvent donc appelés en premier lieu à
^ c Toute la théologie de TEglise primitive à son début se réduisait à
cette thèse que Jésus de Nazareth est le Christ G*était les titres de
Jésus à la dignité messianique qu*il s*agissait d*étahlir. » (Reuss.)
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se procurer tout un ensemble de preuves pour défendre leur croyance à la messianité de Jésus et pour la faire accepter. Voici les résultats de ce travail intellectuel. D'une manière générale ils s'efforcent de montrer en Jésus et dans les événements contemporains un accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament. C'est toujours un problème délicat, de relever la relation entre une prévision prophétique ou un type symbolique et des événements historiques qui sont censés les réaliser, et il reste toujours dans l'esprit un doute, parce que le rapprochement pourrait aussi bien être fortuit, accidentel. Mais les disciples n'ont pas choisi cette preuve de leur plein gré, c*était bien ce que l'on attendait en pareille circonstance. Et, d'autre part, leur tâche était facilitée par la docilité à admettre de pareilles comparaisons.
Ainsi, nous voyons Pierre, parlant d'une manière générale et sans entrer dans aucun détail, affirmer que les prophètes ont prédit « les souffrances réservées au Christ et les gloires qui devaient les suivre » (I Pierre, i, 11, 12; Comp., Actes, m, 18) et qu'ils ont à l'avance rendu témoignage « que par la foi en lui on reçoit le pardon de ses péchés » (Actes, x, 43). Mais il ne s'agit pas là seulement d'appréciations générales. On en vient à des faits particuliers : Pierre voit dans les Psaumes la prédiction du sort de Judas et une indication de la conduite àsuivre'pour son remplacement (Actes, i, 16, 20). Dans le prophète Joël il trouve la description anticipée du don de l'Esprit (Actes, ii, 15-21). Il rassemble les citations pour établir que la résurrection de Jésus avait été annoncée, déjà par David lui-même (Actes, ii, 25-36), bien plus que Moïse avait prévu que le prophète de l'avenir dont il entrevoyait la venue ne rencontrerait pas la confiance de tous et qu'une partie du peuple devrait être retranchée pour son incrédulité (Actes, III, 22-23; iv, 11). Pour la communauté entière, le Psalmiste a décrit cette coalition des puissances mondaines qui a abouti à la mort du Messie (Actes, iv, 24-30). Pour le diacre Philippe, le prophète Ësaïe a dépeint à l'avance la destinée de Jésus (Actes, viii, 32-35.)
Nous ne devons pas oublier que les disciples sont des Juifs fidèles, très attachés à leur religion juive et aux traditions des ancêtres et que leur efifort constant est de rester en communion de pensée avec les organes officiels de la religion du peuple, avec les messagers de Dieu. Ils trouvent tout à la fois leur édification personnelle, la confirmation de leurs prétentions et le moyen de les défendre dans la lecture et Tétude des livres sacrés. C'est bien leur devoir direct, et ajoutons que c'est leur point fort, leur grand avantage. Comme en réalité toute Tœuvre de Jésus s'appuie sur la préparation du peuple par la carrière des messagers de Dieu, les disciples doivent trouver de nombreux points de contact, des comparaisons fréquentes et frappantes, de nature à faire réfléchir leurs auditeurs juifs *.
Mais si leur pensée est très préoccupée du rapprochement des événements contemporains avec les prophéties, nous voyons en revanche qu'elle ne se tourne pas encore du côté de la spéculation sur la nature de Jésus. Leur intention n'est point d'attribuer de nouvelles qualités ou de nouveaux titres au Messie, mais simplement de montrer que Jésus est bien réellement le Messie (Actes, x, 38). La notion du Messie, ils l'acceptent de Topinion courante, sans faire porter la discussion sur ce que Jésus en a réalisé, ni sur ce qu'il y a ajouté. C'est bien encore la tendance historique qui arrête sa conception au rôle que Jésus a réellement rempli ici-bas. Jésus a
i C'est méconnaître les conditions historiques et les devoirs immédiats des disciples que de s'enfermer, comme Ghavannes, dans des considérations absolues : « Tous les textes, sans exception, que Ton a cités comme réalisés en la personne de Jésus, n'ont pu lui être appliqués qu'en leur donnant un sens qu'ils n'ont pas dans l'Ancien Testament. On n'a pas reconnu le Messie en Jésus, parce qu'il ressemblait à un portrait que l'on avait trouvé tracé à l'avance dans les Écritures ; mais, au rebours, ayant cru reconnaître le Messie en Jésus, on en a conclu que son portrait devait se retrouver dans l'Ancien Testament, et l'on a interprété ce dernier en conséquence. » Weizsâcker admet que nous avons dans ces prophéties employées comme preuve messianique le plus ancien document de théologie chrétienne.
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été dans sa vie terrestre le Messie juif. On ne demande rien de plus. Pierre déclare seulement qu'il a été <c prédestiné avant la création du monde » (I Pierre, i, 20), ce qui ne peut s'expliquer en Tabsence de toute autre indication, que par la pensée que Dieu avait dès le commencement décrété le salut des pécheurs et l'instrument qu'il emploierait dans ce but*. L'attention des disciples se dirigea seulement sur ce point que Jésus, étant le Messie, devait descendre de David; aussi de nombreux efforts furent faits pour établir complètement son arbre généalogique. Nos évangiles synoptiques nous ont conservé deux documents de cette espèce (Matth., i, 1-17; Luc, III, 23-38), mais il est probable que ce ne sont pas les seuls essais qui aient été tentés. Ils prouvent surtout la solidité de la certitude des disciples.