‹ La pensée religieuse dans le Nouveau TestamentChapitre 38 sur 78 · II. MIRACLBS · texte numérisé non relu

II. MIRACLBS

A côté de l'accomplissement des prophéties on s'attendrait à voir figurer les miracles. En réalité, ils jouent au début un rôle très secondaire. Ils sont cités par Pierre comme un sceau de Dieu mis sur la personne et l'œuvre de Jésus (Actes, II, 22). Ses guérisons sont relevées comme un signe évident du secours constant que Dieu lui accordait (Actes, x, 38). Mais on comprend fort bien qu'il fût inutile d'insister sur cette preuve de messianité auprès de gens que la vue des miracles eux-mêmes et le récit de ceux qui en avaient été les objets et les témoins n'avaient pas convaincus. De plus, les apôtres déployant une puissance miraculeuse (Actes, m, 1-10,

^ Rien qui dépasse la notion d*un homme, même dans la désignation de Jésus comme fils de Dieu, qui ne signifie autre chose que le messager choisi de Dieu. Nous n^avons pas la moindre trace d'une théologie, selon laquelle Jésus aurait été, avant sa vie humaine, l'homme céleste ou un être divin (Weizsâcker).

IX, 33-43), le miracle ae pouvait pas être donné comme une preuve péremptoire de messianité.

Mais il y a aussi une raison plus profonde, c'est Tintelli gence que les disciples possèdent des conditions morales et de la valeur des miracles, qui les rend capables à leur tour de reproduire les actes de puissance de leur Maître. Aussi ils ne peuvent pas présenter comme des prodiges et des preuves de pouvoir exceptionnel ce qui n'est que la grandeur morale de Jésus et sa relation intime et familière avec Dieu. Us doivent cependant parler des miracles, mais ils le font uniquement pour affirmer que ce signe de la protection divine n'a pas fait défaut au Messie.

Plus tard, quand vient le moment où se rédigent les récits de la vie de Jésus, les miracles prennent au contraire une grande importance et on y insiste de plus en plus, mais en leur donnant un caractère magique, en cherchant à susciter rétonnement et l'efiFroi devant cette puissance prodigieuse, et en les matérialisant, en donnant toute l'importance aux détails visibles, au processus sensible. De plus en plus les conditions morales, les explications spirituelles sont laissées dans l'ombre et le miracle devient fait anormal et contre-naturel K C'est la tendance de la génération suivante, mais non encore du cercle apostolique.

On s'attacha en particulier à la tradition de la naissance miraculeuse de Jésus. Il est certain que les récits relatifs à l'enfance de Jésus ne faisaient pas partie du fond commun de l'enseignement apostolique, tel qu'on le retrouvait un peu partout. La preuve évidente en est donnée par leur absence dans l'Évangile de Marc, et, d'autre part, dans la différence

*■ a II y a eu progression, surtout dans le sens de la matérialisation des conceptions, dans la manière dont on représentait ce qui concernait le Messie Jésus et les preuves de sa dignité. » (Ghavanhes.) a Lorsque Luc écrivit son Evangile, le fait évangélique, dans sa simplicité, ne satisfaisait déjà plus les chrétiens avides de merveilleux, comme la foule ignorante, et fort désireux de relever la gloire du fondateur de leur religion. » (Haag.)

des deux narrations de Matthieu et de Luc (Matth., i etii; Luc, I, II, 1-40), qui non seulement n'ont aucun trait commun, mais qui accusent Tignorance chez un auteur des faits que l'autre rapporte.

Il est toujours permis de rechercher et d'exposer avec une grande vraisemblance sous quelles préoccupations apologétiques et dogmatiques l'idée de la naissance miraculeuse a pu se former *. Et on arrive ainsi à établir scientifiquement pour quelles raisons la réflexion chrétienne s'est portée sur ce sujet, et comment ce qui au début de la prédication apostolique occupait une place très modeste en est venu à prendre une importance prépondérante. Mais la question se posera toujours invinciblement : le fait lui-même n'est-il pas vrai? Nous croyons que de tout temps le disciple qui a retiré de la contemplation de Jésus cette impression profonde et inébranlable que ce n'est pas là le produit nécessaire du développement normal de l'humanité, a trouvé dans son cœur et dans sa conscience la réponse décisive. Si Jésus n'est pas le produit de l'humanité, nous avons dans le miracle de sa naissance non pas une rupture des lois naturelles, mais la mise en œuvre d'une loi supérieure.

Mais dans notre siècle nous pouvons donner, grâce au développement des sciences, une formule plus précise et plus péremptoire de cette impression des disciples.

Nous savons que la loi d'hérédité s'applique au domaine moral comme à l'ordre physiologique. Nous pouvons donc déclarer hardiment qu'il ne naît pas un seul enfant qui échappe à l'influence du péché. Nous nous trouvons avec Jésus en présence de ce dilemme : ou nier sa sainteté parfaite, ou nier l'hérédité' morale. Si l'hérédité morale est un fait solidement établi par l'expérience, il est impossible que Jésus ait été absolument saint, il n'a été que meilleur que les autres hommes ; si la sainteté de Jésus est un fait établi par

^ Voir à ce sujet Tétude de Beyscblag, plaa complète et plus juste que celle de Lobstein.

238 LfL CONGBPTION HISTORIQUE DU CHRISTIANISME

l'étude morale, il est impossible d'admettre la loi d'hérédité sans exception. On ne peut échapper à ces conclusions qu'en admettant pour Jésus un mode particulier de naissance qui le soustrait à l'influence de l'hérédité morale. Mais il n'est pas besoin de rien imaginer pour cela, les récits du premier siècle nous rapportent le souvenir d'un événement qui satisfait absolument à ces exigences de la pensée moderne, dont on ne se doutait guère au moment où ils furent écrits.

Le fait en question est de nature trop délicate pour avoir été livré aux commentaires des incrédules, des adversaires; il n'a jamais servi à appuyer les prétentions de Jésus, il a seulement été dévoilé plus tard à ceux qui avaient cru en Jésus, sans se douter de sa naissance miraculeuse. Il faut absolument en revenir aux procédés de Jésus et répudier la méthode de ses apologistes, qui ont attaché une valeur probante à la naissance miraculeuse. Mais il faut bien remarquer que les pensées religieuses se matérialisent; ainsi la naissance miraculeuse va donner au titre de Fils de Dieu que la tradition attribue à Jésus cette interprétation grossière de la conception surnaturelle (Luc, i, 35).

On s'attacha aussi de bonne heure aux événements de l'enfance pour en écarter tout ce qui serait le cours naturel des choses et pour y montrer une intervention magique perpétuelle de Dieu. Les parents de Jésus sont réduits à l'état d'instruments passifs^ incapables de réflexion et de décision, qui attendent toujours des révélations de Dieu (Matth., ii). C'est l'expression naïve et matérialisée de cette grande vérité de la protection morale de Dieu qui enveloppait l'enfant dès son bas âge, et dont les instruments furent certainement Joseph et Marie à qui Dieu l'avait confié, en les choisissant comme les plus capables de veiller matériellement et moralement sur lui^

* Rappelons ropinion de Renan : « Il arriva pour Jésus comme pour tous les grands hommes. On ne sait rien de leur enfance par la raison fort simple qu'on ne prévoit jamais la célébrité future d'un enfant ; on y

Il est pourtant un miracle qui, dès le début, parait une preuve décisive et sur lequel les apôtres appuient avec insistance, c'est un miracle dont Jésus a été l'objet, sa résurrection^. Elle est affirmée comme un fait dont les apôtres ont été témoins, par Pierre, qui en fait la base de son argumentation (Actes, II, 24, 32, m, 15, iv, 10, 33, v, 30, 32; I Pierre, i, 3, 21). Chez Corneille, Pierre déclare non seulement que le Ressuscité a été vu, mais qu'il a mangé et bu avec les apôtres (Actes, x, 40, 41). On rapporte que pendant quarante jours Jésus a donné à ses disciples les preuves de sa résurrection (Actes, i, 3, 22). On en est si persuadé qu'on cherche par des combinaisons de passages à en trouver la prédiction dans l'Ancien Testament (Actes, ir, 25-36). Ce n'est pas trop s'avancer que d'affirmer que c'est là la preuve par excellence fournie par le cercle apostolique en faveur de la messianité de Jésus*. C'est bien l'événement capital qui, au moment où leur confiance était profondément ébranlée, a ranimé toute leur conviction, celui par conséquent auquel ils reviendront dans toutes les attaques et contre toutes les objections. C'est bien aussi un fait si grave qu'il doit porter le trouble dans l'âme des adversaires et des indécis. Que pouvait signifier la résurrection constatée de celui qui avait

supplée par des anecdotes conçues après coup. Cette exquise pastorale, tracée d'un contour léger au fronton du christianisme, tout cela est bien Tœuvre de Luc. On n^inyenta jamais plus douce cantilène pour endormir les douleurs de la pauTre humanité. » Chavannes est encore plus radical : a Faut-il me justifier de n'accorder aucun crédit historique aux^ légendes de la nativité qui se contredisent catégoriquement entre elles, qui se contredisent en elles-mêmes et qui contredisent les écrits où elles figurent? »

* (c Le premier témoignage apostolique voit la preuve décisive de la messianité du Christ dans sa résurrection. De ce témoignage primitif, la figure du Messie se détache lumineuse avec la couronne de sa divinité. » (De Pressensé.) Nous avons vu que ce n*est pas précisément exact. Voici qui . est plus juste. « A quelque hauteur qu'il soit placé par eux, sa relation avec le Père n'est pas définie, aucune notion métaphysique ne se dégage de sa glorification, i» (De Pressensé.)

^ « L'Eglise chrétienne a été fondée par l'affirmation de la résurrection de son chef. » (Ë. Naville.)

été condamné comme blasphémateur et comme imposteur? N'était-ce pas une intervention de Dieu en sa faveur, lui donnant hautement raison, réduisant à néant les accusations de ses ennemis? Aussi, de même qu'on peut dire que la première conviction du cercle apostolique a été la messianité de Jésus, on peut ajouter que leur vraie raison d'y croire a été la résurrection.

Nous le voyons, le cercle apostolique ne fait pas grands frais d'imagination ou de logique pour trouver les sujets de ses préoccupations intellectuelles ; ce sont les circonstances historiques qui les fournissent. Ils se trouvent en présence des prophéties messianiques qui leur imposent la tâche de montrer dans la vie de Jésus leur accomplissement. Cette vie de Jésus leur fournit la preuve non pas des miracles, mais du miracle par excellence pour eux, de l'intervention suprême de Dieu en faveur de Jésus, la résurrection. Mais c'est encore l'histoire qui leur fournit un nouveau sujet d'études, la mort de Jésus.

m. MORT DE JÉSUS

Pour bien démontrée qu'on tînt la résurrection de Jésus, un problème très grave n'en subsistait pas moins, à propos de sa mort. La résurrection n'effaçait pas complètement pour le Juif incrédule la tache de la croix, du supplice. Il fallait donc que le cercle apostolique s'efforçât d'expliquer et de justifier la mort ignominieuse du Messie. Le disciple de Jésus était certain que cet événement n'avait pas été comme une défaite de Jésus et de Dieu, un accident inattendu, imprévu, désorganisant les plans de Dieu (Actes, ii, 23, iv, 28). Il affirmait au contraire énergiquement que la mort de Jésus entrait dans le dessein de Dieu ^ Mais de quelle manière? Dans quel

^ Il faut remarquer que dans la première prédication chrétienne, dans tous les discours de cette première périodes rapporté par les Actes, il n'y

but? Les disciples ne se préoccupent pas ici d'établir une théorie complète, appuyée sur les événements et sur les résultats moraux qui en découlent. Ils cherchent seulement selon leurs habitudes de pensée et selon les nécessités de leur situation,, dans les coutumes et révélations religieuses juives, un type prophétique de la mort du Messie. Nous allons les suivre pas à pas .

Du moment où il s'agissait des souffrances et de la mort de Jésus, un chapitre des livres sacrés s'offrait de suite, s'imposait à l'attention des disciples, le LIIPd'Esaïe (Actes, viii, 32-35^). La description des souffrances du serviteur de l'Eternel s'appliquait trop bien et en termes trop élevés et trop touchants pour que le rapport ne fût pas relevé. Or, dans ce chapitre, le serviteur de l'Éternel est comparé à un agneau, à une brebis muette, à cause de sa douceur, à cause de l'absence de toute résistance de sa part au mal qu'on veut lui faire (I Pierre, ii, 21-23); mais, qu'on le remarque bien, il s'agit d'un agneau qu'on va égorger à la boucherie, d'une brebis qu'on va tondre. Philippe s'adressant à l'eunuque de Candace, Pierre dans son épître, établissant un rapprochement entre Jésus et un agneau, entendent mettre ici en relief seulement la patience et la résignation de Jésus.

Mais dans un autre passage où il parle des effets moraux

^^ la mort de Jésus, où il affirme que ce fait extraordinaire

^ cette puissance d'arracher à l'empire du péché, sans cher-

^ller à l'expliquer, où il se contente de ce fait d'expérience

Çl/ff ^^t événement affranchit de la vie pécheresse, héritée des

&P^? iiti mot qui soit même de loin une allusion à l'expiation par la mort ac ^sn^ jj gg^ g^ moins vraisemblable, pour ne pas dire certain, que cette pens^o ^gj absolument étrangère aux disciples et que l'Eglise chrétienne ^^ ^*'itue sur une autre base. Voir à ce sujet Beyschlag, qui a pleine- "'f ^^^ison contre Weiss.

^^schlag montre très clairement l'importance de ce rapprochement

*n îis 1 ~^^^ ^^ ^^ serviteur de TEternel pour la prédication des disciples.

, . ^^ discours, des Actes des Apôtres (première partie), Jésus n'est

i*r^^, désigné comme Otbc, mais comme itx\; 6eoO. Jésus se trouvait avoir

^ ^ Cette prophétie messianique plus parfaitement qu'aucune autre.

ancêtres, sans indiquer le mode de cette délivrance, Pierre compare Jésus à un agneau sans défaut et sans tache (IPierre, I, 19); il passe de l'idée de l'agneau de boucherie à l'idée analogue de l'agneau de sacrifice, par ce terme moyen de la pureté de Jésus, de sa sainteté parfaite. A cause des souffrances.subies sans murmure et sans révolte, Jésus est comparable à un agneau, à cause de sa sainteté immaculée, Jésus est comparable à un agneau sans défaut et sans tache, à cause de son sang répandu, Jésus est comparable à un agneau sacrifié sur l'autel. Nous avons ici la progression marquée dans les images.

Il y a encore un pas à faire, et Pierre franchit cette nouvelle étape. L'efiFet produit parla mort de Jésus a été, est toujours la séparation au sein de la nation juive des individus bien disposés, qui s'adjoignent au cercle apostolique pour éviter la conséquence du crime de la nation, pour chercher dans cette communauté la purification de ce péché national et deleurs péchés personnels. Ainsi l'eflFet qu'un Juif attend de l'aspersion du sang des victimes se trouve ici produit par la mort de Jésus. Son sang versé sert donc à une sorte d'aspersion (I Pierre, i, 2). Voilà l'analogie établie jusqu'au bout entre Jésus et un agneau sacrifié. Le type prophétique de la mort de Jésus est donc trouvé dans les sacrifices de l'ancienne aUiance et particulièrement dans les sacrifices pour le péché.

Mais sous cette image fort belle, ainsi progressivement dessinée, quelles sont les réalités morales que le cercle apos tolique entrevoit. Au premier rang avec une clarté parfaite, Pierre indique la délivrance de l'empire du péché sur l'existence terrestre comme la conséquence directe de la mort de Jésus (I Pierre ii, 24, i, 18-19), et c'est d'autant plus remarquable qu'il ne cherche pas à l'expliquer, il se contente de le constater. Ainsi Pierre affirme que la mort de Jésus a une double relation avec nos péchés; à cause de nos péchés antérieurs, Jésus est mort, et en outre la mort de Jésus nous délivre de nos péchés futurs. Mais ce sont des constatations et non des explications. Nous en sommes encore à ce point

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où rcxpèrience chrétienne s'affirme, mais ne trouve pas et ne cherche pas même son interprétation. Le cercle apostolique voyait clairement une relation entre nos péchés, notre état de péché et la mort de Jésus; c'est un instinct de conscience qui le guide là, mais la détermination exacte de cette relation lui échappe. Le cercle apostolique constate évidemment un rapport entre la mort de Jésus ; et la délivrance de l'empire du péché pour ses disciples, mais le mode de cet affranchissement ne se présente pas à ses investigations. Y aurait- il en outre une perception vague au moins d'une interprétation métaphysique, d'une relation entre cette mort et Dieu ? Aucune, pas la moindre trace, pas un mot qui le laisse supposer.

Mais nous trouvons encore d'autres tentatives sinon d'explication, du moins d'application de la mort de Jésus. Dans une autre direction de pensée, on attribue à la mort de Jésus une valeur symbolique, comme représentant la rupture complète avec le péché que ses disciples doivent réaliser dans leur propre vie. C'est ainsi que Pierre voitdans les souffrances de Christ un exemple laissé à ses disciples ([Pierre, ii, 21), et qu'il affirme que l'homme qui a souffert en la chair a rompu avec le péché (IPierre,rv, 1-2). Il semble que Pierre ait cette idée qu'à cause de nos péchés nous soyons nécessairement appelés à souffrir dans notre corps, dans notre existence terrestre, et que cette funeste conséquence soit de nature à nous dégoûter, nous détourner du péché. Mais alors comme Jésus a souffert en sa chair, et que ce ne peut être à cause de ses propres péchés puisqu'il est saint, c'est donc à cause de nos péchés, et ce qu'il a porté en sa chair, ce sont nos péchés à nous (I Pierre, II, 24), C'est peut-être de cette façon que s'est formée l'idée de Jésus portant nos péchés en son corps sur la croix. Ailleurs il semble que sa mort et sa résurrection soient destinées à nous ouvrir accès auprès de Dieu (I Pierre, m, 18). C'est encore l'expression simple de l'expérience chrétienne. Le disciple du Crucifié et du Ressuscité se trouve avoir libre accès auprès de Dieu. Comment s'établit la relation entre ces faits distincts, c'est ce que l'apôtre ne cherche pas. Enfin c'est

peut-être encore à une tentative d'explication de la mort de Jésus que nous devons les passages qui concernent les relations de Jésus avec les morts (I Pierre m, 19-20, iv, 6). Il fallait que l'Evangile fût aussi porté au séjour des morts et pour cela Jésus a dû passer lui-même par la mort *. Ici la mort est la condition nécessaire pour que Jésus prenne la forme d'existence qui lui permet de prêcher aux morts.

C'est le lieu de rappeler la tendance purement historique du cercle apostolique. Il cherche l'explication du fait embarrassant de la mort de Jésus dans toutes les directions historiques possibles : type prophétique dans le passé, . résultats moraux, effets directs dans le présent, condition humaine habituelle de la souffrance charnelle conséquence du péché, effets religieux excellents pour les disciples, rapports possibles avec les esprits des morts. Mais ce que le cercle apostolique ne cherche pas, c'est une doctrine métaphysique. En résumé nous devons conclure qu'il n'y a pas dans le cercle aposto lique de théorie explicative nettement formulée, touchant la mort de Jésus, mais qu'on a recours encore à toutes les interprétations possibles pour faire accepter aux Juifs incrédules la monstruosité de la mort ignominieuse du Messie, et qu'on s'en tient encore dans ces explications aux impressions directes de la mort de Jésus, à son influence sur les âmes, ou à des hypothèses très simples, mais qu'on ne sacrifie pas encore au besoin d'une théorie logique embrassant et coordonnant tout ^.

i Beyschlag établit très clairement (contre Weiss) que la prédication de Jésus aux morts doit être un fait qui se passe entre le moment de la mort et celui de la résurrection corporelle ; que la mention spéciale faite par Pierre des contemporains de Noé provient de cette pensée que ce sont là les hommes les plus coupablei^ que Thistoire ait connus et que le déluge est un prototype du jugement de Dieu sur Thumanité pécJieresse; que Pierre en parle comme preuve évidente que la souffrance subie avec résignation aboutit à un résultat excellent. De toute cette démonstration si bien conduite» ne ressort-il pas que ce serait une explication sufdsante de la mort de Jésus ?

'^Nous croyons Topinion de Weizsâcker insuffisante. « Le but de la mort de Jésus était de produire la scission complète entre les disciples du

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