‹ La pensée religieuse de Joseph de Maistre; d'après des documents inéditsChapitre 17 sur 101 · MAISTRB ET LE C PHILOSOPHE INCONNU > MARTINISME BT PHILOSOPHISME · texte numérisé non relu

MAISTRB ET LE C PHILOSOPHE INCONNU > MARTINISME BT PHILOSOPHISME

Vers cette même époque, passant des loges aux Ions et des scdons aux loges, Claude de Saint- Martin, le € philosophe inconnu », se flattait de ramener l'esprit de l'homme, par une voie natu- I (lie, aux choses surnaturelles. Si familières que lui fussent les rêveries de Martinez Pasqualis, il so montrait plein de suspicions pour ces c phénomènes sensibles >, et c'est à l'écart d'une telle théurgio que se déroulaient ses spéculations*. Saint-Martin considérait que le moiid*^ n'était

\. Sur l«'s rapports do SaiDt-Martio arec le < niartint^xisme ».

ir la longue notice historique qui accompagne la publication Mititul^e : Les enseignements secrrts de Martine» de Poêqmaiiy, par Frani von Baader (Paris, Chacornac, 1900).

pas du même âge que lui, mais que Dieu lui avait donné dispense pour l'habiter ; heureux de souligner l'anachronisme qui en logeant son âme dans un pareil siècle l'avait contrainte d'être une esseulée, il se qualifiait « le Robinson de la spiritualité >. Mais ce Robinson courait l'Europe, il se mêlait à la société humaine, en quête de « petits poulets qui vinssent de temps à autre lui demander la becquée » ; il lui advenait de s'intituler, avec une conquérante emphase, « le Jérémie de l'universalité ». Un des « petits poulets » de Saint- Martin s'appela Maistre.

Saint-Martin séjournait parfois à Lyon; et bien qu'il déclarât « éprouver, à ses séjours dans cette ville, un repoussement dans l'ordre spirituel », ses attaches avec Willermoz et la maçonnerie lyonnaise ne devaient être formellement rompues qu'en 1790. C'est à Lyon que s'était imprimé, en 1777, son livre : Des Erreurs et de la Vérité, manifeste enflammé contre le matérialisme de l'époque. Les longues familiarités de Maistre avec la pensée de Saint-Martin s'inaugurèrent probablement durant sa pérégrination lyonnaise. Un peu plus tard, il le vit en personne, au moment où celui-ci traversait la Savoie pour se rendre 'en Italie : ils passèrent ensemble une journée. Il le trouva « de moeurs fort douces cl infiniment

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, sans « rien d cxtraoi ilinaire dans ëes anièros et dans sa conversation* ». Quant \ Saint-Martin, il disait de son interlocuteur : « C'est une excellente terre, mais qui n'a pas reçu le premier coup do bêche ». Maistre, qui connut «' propos, le racontera en 1810 à l'un de ses orrespondants, et ajoutera : < Le bon Saint- ^lartin a eu la pensée de se souvenir de moi et de m'envoyer des compliments de loin*. •

Que voulait dire Saint-Martin, lorsqu'il parlait ilo ce chevalier profès comme d'une friche mal hùchée? J'imaginerais volontiers que dans cette < excellente terre » il avait senti les fortes racines ratiioliques et regretté qu'un coup de bêche ne Us eût pas dispersées. Car Saint-Martin, qui, lorsqu'il voulait être respectueux, définissait le catholicisme c la voie d'épreuves et de travail pour arriver au christianisme i, instituait volontiers des réquisitoires contre cette Église coupable d'avoir inoculé des vices au corps social, contre ce clergé qui avait prétendu remplacer la Provi- (icnce, et pressentait avec joie l'heure prochaine où € les docteurs purement traditionnels per-

1. Mémoire inédit à Vignot des Elolet — Cette rencontre i'^it se placer sans dout*) en 1787, date du second séjour de lint-Martin en Italie. (Matter. Saint-Martin, le philotoph€ connu, p. 139. Paris, 1864).

a. OBuprts, XIII, p. 331^t

(Iraient leur crédit », et où la religion « ne serait plus susceptible d'être infectée par le trafic du prêtre et par l'haleine de l'imposture ». Il y avait chez ce mystique autant de virulence contre l'institution cléricale, que chez ces philosophes auxquels il jetait le défi; et cette virulence s'exacerbera lorsque après 1788 il sera devenu le traducteur de Jacob Boehme, le mystique allemand du xv!!** siècle, ennemi passionné du sacerdoce catholique.

Maistre, plus tard, à plusieurs reprises, notera r « antipathie naturelle » des disciples de Martinez Pasqualis et de Saint-Martin « contre l'ordre sacerdotal et contre toute hiérarchie. A cet égard, insistera-t-il, je n'ai jamais vu d'exceptions ; tous regardent les prêtres, sans distinction, comme des officiers au moins inutiles, qui ont oublié le mot d'ordre^ ». Mais sans qu'il adhérât aux passions anticléricales des martinistes ou de Saint- Martin, le charme qu'exerçaient sur lui leurs spéculations religieuses devait survivre, et longuement survivre, aux « travaux » maçonniques de la Sincérité,

Une lettre à sa sœur Thérèse, du 12 juillet 1790, •est significative. Saint-Martin venait de publier

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