OFif.r/r.s-, VIII. p. 329; V, p
1774-! 792 Nk
l'Homme de désir. Qu'est l'homme? demandaitil; et que doit Atro l'homme? Il répondait» lyri- ({iioment éloquent : L homme est un désir de DieUi qui veut intiltrer en lui une sève merveill(M)so, ot l'homme doit Atrc un homme de désir, par SDii assiduité m()mc à développer en soi les propriétés divines.
\insi devaient tomber les obstacles suprêmes onsQ deux natures semblables, entre deux exis- I onces aspirant h l'union, entre l'homme et Dieu ; ainsi devait se pacifier cette soif de vie supérieure qui devait sortir, pour l'homme, du sein de la mort.
Thérèse de Maistro, un peu déconcertée, trouvait ce prophète < tantôt sublime, tantôt hérétique, tantôt absurde » ; mais Joseph n accordait que le premier point.
<( Ce point-là no soulTro point de difflculté. Je te nie formellemont le second, et je m'engage à soutenir son orthodoxie sur tous les chefs, même sur celui de TAssemblée nationale, qu'il condamne clairement. Sur le troisième point, je n*ai rien à te dire, ou, si tu veux, je te dirai qu'il est très certain qu'avec une règle de trois on ne peut pas faire un ange, pas même une huitre, ou un savant du café de Blanc; ainsi le prophète est fou s'il a voulu dire ce que tu as cru ; mais s'il a voulu dire autre chose, ma foi ! qu'il s'explique, c'est son afTaire. En attendant, ma très
fS LA PENSÉE RELIGIEUSE DE JOSEPH DE MAISTRE
chère, tu peux sans inconvénient entreprendre une seconde lecture K »
Bref, Maistre, en 1790, délivrait quittance à l'orthodoxie de Saint-Martin, faisait crédit à son prophétisme, et proclamait sa sublimité. En 1797, copiant dans les Mélanges A certaines accusations de TEudiste Le Franc contre Saint-Martin, il ajoutera : « Rien n'est plus digne du fou rire inextinguible » ; et transcrivant dans les Mélanges B une citation du philosophe, il la fera suivre de ces mots : « Morceau écrit avec beaucoup de mesure et d'intelligence. »
Les loges dites martinistes et les écrits de Saint-Martin furent pour Maistre, à certains égards, une école. Une école qui avait su conquérir son imagination, et dont sa conscience même, d'ailleurs, demeurait libérée. Qu'on songe au rationalisme assez froid, assez terne, dépourvu de toutes vues sur l'au-delà, dont essayaient de se satisfaire les adeptes du philosophisme. Même enchaînés encore à quelques pratiques religieuses par des liens de famille ou de tradition, le christianisme leur faisait désormais l'effet de quelque chose de mortel; sur ses ruines, l'Homme enfin
1. Œuvres, IX, p. 8-9. Le café de Blanc était ud grand café do Chambéry^
•'^niuit, s'assurunt lui-mchiu', avec uno fatuité iiverainc, de la marche iiululinic du progrès. Le Dieu qui depuis laGenèsejusqu'&saint Augustin et depuis saint Augustin jusqu'à* Bossuet avait I <'gné sur l'histoire universelle, était secoué de MOU trône séculaire, traduit en jugement par la souiTrance humaine, et d'avance condamné; et (IX mêmes qui ne contestaient pas la réalité de Il (Hre contestaient la valeur de son gouver- Minent. Voih\ les idées qu'oiïrait au Cham- In'vy de l'époque le philosophisme immigré de l'aris.
Mais dans les loges martinistes, Maistre entendait parler, — nous le savons par lui-môme, — l un « christianisme réel, ascendant », qui était une véritable initiation >, qui avait été t connu (les chrétiens primitifs », qui était c accessible, encore, aux adeptes de bonne volonté », et qui « révélait et pouvait révéler encore do grandes 'merveilles, et non seulement nous dévoiler les i crets de la nature, mais nous mettre môme en (ommunication avec les esprits », et qui peut-être, — c'était l'opinion de certains piétistes, — unifierait bientôt les diverses communions sous un chef qui résiderait i\ Jérusalem. Maistre entendait Saint-Martin et ses disciples c envisager comme plus ou moins prochaine une troisième explosion
de la toute-puissante bonté en faveur du genre humaine »
Les philosophes sonnaient le glas du christianisme, et les martinistes auguraient certains renouveaux ; ceux-là niaient le surnaturel, et ceux-ci cherchaient au contraire les « connaissances surnaturelles » comme le « grand but de leurs travaux et de leurs espérances » ; les premiers incriminaient la Providence, et les seconds, avec un enthousiasme fervent, se faisaient les fourriers et les annonciateurs de son prochain coup d'Etat ; les uns « expliquaient » la Bible à la façon de Voltaire, et les autres se flattaient de la « trouver en nature dans eux-mêmes » et la respectaient comme Texpression même de « l'état où se sentait leur âme quand elle cédait aux inspirations du sens moral » ; les philosophes se gaussaient, avec leur aïeul Bayle, des incurables contradictions entre les religions diverses ; et les martinistes préféraient saluer, de loin, « je ne sais quelle grande unité vers laquelle on marchait à grands pas. »
Les martinistes maintenaient Dieu sur son trône, non comme un roi fainéant, mais comme le conducteur de l'histoire. Ils s'évadaient de cette