MaigU^ à Barol (lettre publiée pu* Clément &• PaiU«ll
op. cit., p. 225).
€ Il fallait à Joseph le tumulte des capitales et le choc des esprits, quand il me suffisait à moi d'un brin d'herbe. Le génie de Joseph s'élançait vers les espaces célestes pour planer d'en haut sur la pauvre humanité, tandis que je demeurais terre à terre auprès d'elle ^»
Mais Joseph, en cette année 1785 où il confiait à Barol ses malaises, était condamné à « demeurer terre à terre » auprès de la pauvre humanité savoisienne, cadre restreint dont il se sentait écrasé ; et tant bien que mal il se consolait en disant à son ami : « Tiraillé d'un côté par la philosophie et de Tautre par les lois, je crois que je m échapperai par la diagonale ». Il ne pressentait pas, certes, ce que serait cette diagonale, et qu'elle lui serait tracée, coûte que coûte, par un événement qui s'appellerait la Révolution française.
La Révolution française, ce fut la destruction de sa vie, mais aussi la fécondation. Son âme fut mise à Té preuve par toute une série de catastrophes : le plaidoyer pour la Providence, asséné jadis à sa petite sœur Jeannette, garantissait que sa religion saurait y faire face. Déraciné de ce point de l'espace où sa naissance et sa profession l'avaient ^wé^ Maistre, par une magnifique maî-
1. Préface de Réaume aux Œuvres inédites de Xavier de Maistre, p. LXVI (Paris, Lemerre, 1877;.
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sur II ne, conquerra cette grâce, de no
plus môuiL L rutiruttuché ii un point du temps ; l>ar un nouveau geste d'émigré, il brisera cette dernière attache*. Plus il soufTrira personnellement de cette prodigieuse succession d'événements dont il sera lu victime, plus il faudra, pour réussir à les comprendre un peu, planer audesiius d'eux et au-dessus de ses propres déchirements, se détacher tout à la fois du temps et de soi-même, laisser i\ Dieu le soin du lendemain en disunt philosophiquement : t L'homme ne vit jamais demain, il ne vit qu'aujourd'hui* >, et puis prendre élan, tout allégé, vers des cimes d'éternité, qui lui paraîtront éclairer de quelques lueurs tant d'obscures nouveautés.
Ces lueurs ne valaient-elles pas la peine d'être achetées par des malheurs personnels? Maistre était le Pococuranté* qui ne voulait pas gagner des fluxions de poitrine en courant après la fortune, cette gueuse ^ ; qui, dès 1706, c tout paraissant perdu » pour lui, fera graver autour do ses armoiries, portant des fleurs de soucis, la devise :
1 Œuvres, IV. p. 124: « Il faut savoir sortir de tot-mèma tl Nyer assez haut pour voir le moode, au lieu et M voir u uo point. >