Œuvres f VII, p
1 792-1 8ii 87
• »nstanco, mais en philosophe export h s'asseoir iir les cimes de l'histoire, il étnit fatal que le lao- Lcagn qu'il avait tenu sur la Hévulution française au peuple (lo Savoie lui fît l'effft d'ôtre trop terre i terre, ot de ne donner de cet effrayant phénomène m'uno image rétrécie, étriquée, et presque coupable de trop laisser dans l'omhre les arrière-plans <li\ina. Pin février 1798, moins de cinq ans après la publication des Lettres, on lit dans le joamal iiUidit où Maistre, depuis 1790, notait les évéaeiiu nts de sa vie :
<: J'ai brûlé lejnanuscrit de mes Lettres tavoitienneM^ (imposées à une époque où Je n'avais pas la moindre illumination sur la Révolution française ou, pour mi Mix dire, européenne. Malgré les vues droites qui les ont dictées, je les ai prises en aversion comme le fruit de l'ignorance', i
1. Journal inédit, février 1798. Aa dameiiimat, Je M tait trop
si Maistre eût écrit, en 1798, cette phrase des Leltrtê mvo*-
l'uues : « Pourquoi ne pouvait-on découvrir, apr«>t toiiaote
Kcles, des vérités nouvelles dans la politique comme oo
t) découvre dans la physique ou les mathématiques » 7
liEuvres, VII. p. 64). Et certainement il dut se reprocher ssiW
vile d'avoir un peu manqué de vigueur, dans ces Lettrt$, pour
« t^ndaraner le « droit et l'insurrection » {VI I, p. 60), et d'avoir paru
I (a< à Rousseau un reste de concession eo déclarant « que tooa
!• s gouvernements sont le résultat de la convention tacite daa
hommes réunis > (VII. p. 154). Enfin une phrase de U troi-
sième Lettrt : « Vous no deves point aimer votre souverain
parce qu'il est infaillible, car il ne l'est pas » (VII. p. 156),
tiovait tôt ou tard choquer Maistre comme une atteinte à ce
postulat d'infaillibilité sur lequel lui pereltra
souveraineté.
h* « illumination », pour reprendre le mot de Maistre, s'accomplit dans Tété de 1794. La marquise de Costa venait de perdre son fils, lieutenant au corps des grenadiers royaux. Maistre adressait à cette mère un un Discours de consolation^ dont beaucoup d'exemplaires — le Journal nous en est témoin — furent distribués à ses amis et aux libraires ; et dans ce discours on lisait :
«Il faut avoir le courage de l'avouer, Madame : longtemps nous n'avons point compris la Révolution dont nous sommes les témoins; longtemps nous l'avons prise pour un événement. Nous étions dans l'erreur ; c'est une époque; et malheur aux générations qui assistent aux époques du monde! Heureux mille fois les hommes qui ne sont apptîlés à contempler que dans l'histoire les grandes révolutions!... Heureux les hommes qui passent sur la terre dans un de ces moments de repos qui servent d'intervalles aux convulsions d'une nature condamnée et souffrante! »
Maistre se voyait destiné à vivre désormais parmi les convulsions. Mais il ne récriminait pas :
« Sous l'empire de l'Être très bon et très grand, déclarait-il, tous les maux dont nous sommes les
1. Sur la mort du jeune Eugène Costa, voir Marquis Costa de Beauregard. Un homme d'autrefois, p. 219-244 ^Paris, Pion, 1877).
témoins et les victimes ne peuvent Mro '■.■•- -^
lo justice, ou <lo8 moyens (if» rc^Kénc^rali i
iM^cessaires. N'est-ce pas lui qui a dit, par ia iiouciie l'un de ses envoyés : je vous aime d'un amour • ternel? Cette parole doit nous servir de solution •^nérale pour toutes les énigmes qui pourraient ( andaliser notre ignorance. Attachés à un point de I espace et du temps, nous avons la manie de rapporter tout à ce point ; nous sommes à la fois ridicules <'t coupables ^»
(les deux textes décisifs, qui pourraient servir d'exergues, le premier aux prochaines Considérafioits sur la Francet le second aux lointaines Soirées de Saint-Pétersbourg t témoignent que Maistre, dès 1794, insérait la Révolution française dans le plan divin, et qu'il adhérait à toutes les rigueurs de ce plan, comme à tous ses mystères. Saint-Martin, en 1795, dans sa Lettre à un ami, (lira de la Révolution qu'elle est c un événement surnaturel et universel > ; et Adolphe Franck, de
écrier plus tard : Voilà où Maistre a puisé la doctrine de ses Considérations ! Mais cette doctrine, elle pointe déjà dans le Discours à Madame
\. CEuvres, Vil, p. 273-275. — Voir, daos le même ordre t idées, ftu sujet du fonctionnement de la Justice divine, le iineux morceau anonyme : Tmon rfunj une nuit dm mois de t'ii, publié en 17'.*4 dans le Journal littémirt de Lanêanne, et lue M. Baldensporger reproduit daos la Aeme de Httfroiurt ompane, janvier-mars 1921, p. 14S-t50, eomme éUot ime page inédite de Maistre.
de Costa, antérieur d'un an à Técrit de de Saint- Martin. Et le manuscrit de Maistre : Etude sur la souveraineté, qui remonte à 1794, précède de trois ans l'Eclair sur l'association humaine, où Saint- Martin expliquera que la souveraineté des peuples est leur impuissance, et qu'elle consiste à laisser faire la Providence. Le penseur catholique et l'illuminé philosophe n'avaient point à se faire l'un à l'autre des emprunts : une certaine atmosphère commune continuait de les imprégner, à travers laquelle ils observaient ciel et terre, et la communauté du prisme amenait l'analogie des conclusions.
Une époque donc commençait : c'est en plongeant son regard dans les conseils de l'Eternel que Maistre interprétait les cinq dernières années vécues par l'humanité. Elles n'étaient pas un accident : elles étaient un prologue, une préparation, le sanguinaire avènement de quelque chose d'inconnu, de lointain. A l'arrière-plan de l'attentat commis par l'Homme révolutionnaire contre Dieu son souverain, Maistre pressentait peu à peu des fins providentielles, inconnues de cet Homme, et pour lesquelles, sans le vouloir, cet Homme travaillait ; et le caractère « satanique » de la Révolution n'en excluait nullement la prédestination divine, puisque Dieu, pour une échéance incer-
nëi faisait de Satan de Satan vaincu
<1 avance — son involontaire collaborateur. 11 est libre» ce Satan, et riloinme aussi est libre; et • •>[)(;ndant le Dieu de Maistrc demeure le Toutruinsant, et connaît et concerte les fins suprêmes que réalisera» sans le savoir» l'humaine folie. Miiiitre, dès 1793, avait écrit à M- de Costa :
€ La sottise ot la scélératesse humaine sont deux iiiuiionscs aveugles dont Madame la Providence se
vi pour arriver à ses Ans, comme l'artiste se sert d ui outil pour exécuter ses ouvrages. La lime saitelle qu'elle fait une clef? Tous les personnages exécrables ou risibles qui s'agitent dans ce moment sur la scène du monde sont des limes. Quand l'ouvrage sera fait, nous nous prosternerons pour le recevoir des mains du grand Ouvrier*. »
Dans les Considérations , qui se seraient intitulées» si l'éditeur n'eût pas t craint de scandaliser le XV m* siècle* »» Considérations religieuses sur la France, Maistrc diagnostiquera : t Si la Providence efface, c'est sans doute pour écrire. » Bos- 8uet» dans le passé» avait aussi montré la Provi-
V dence < effaçant » les Empires, et puis écrivant;
l et cette écriture de la Providence, c'était l'Évan-
t 1. OBuvrts, IX. p. 37.
^ 2. Ce détail a été révélé par une lettre de Ifeittre à d'Avermy,
qu'a publiée M. Ernett Daudet {Joêtph 49 Muiêtrt H k cemitf
de B laças, p. 21-22}.
gile s'inscrivant dans les âmes des gentils, et le monogramme du Christ se dessinant sur les drapeaux de Constantin. Maistre osera davantage : après ce « délire indéfinissable et surnaturel qui s'était emparé de l'Assemblée à l'époque du jugement de Louis XVI », il entreprendra, lui, dans les Considérations f et puis dans sa Correspondance, si fourmillante d'idées, si prodigieuse de vie, une sorte d'histoire contemporaine de la Providence, une histoire qui consistera à montrer comment les efforts des hommes « pour atteindre un objet » — en l'espèce, « la destruction du christianisme et de la monarchie » — sont précisément « les moyens » qu'emploie la Providence <( pour les en éloigner*. »
De journée en journée, Maistre avait vu la Providence punir tous les révolutionnaires « comme un tribunal humain, en faisant tomber les têtes des grands coupables sous les coups de leurs complices* »; il l'avait vue, par le bras criminel de ces révolutionnaires qu'à leur tour l'expiation guettait, châtier un sacerdoce qui avait besoin d'être « régénéré », et châtier la « dégradation morale de la noblesse". » « Il est doux,
\. Œuvres, I, p. 24; I, p. 143 ; I, p. 117