LA PRATIQUE RELIGIEUSE DE MAISTRE ÉMIGRÉ
Mais ces amertumes trouvaient un autre apaisement dans sa pratique religieuse. Ceux-là mêmes qui se refuseraient à sentir que les pages des Soirées de Saint-Pétersbourg sur la prière émanent d'une âme qui priait *, doivent désormais s'incliner devant les textes décisifs du Journal inédit.
« J'apprends que mon fils est arrivé sain et sauf à Genève, y lisons-nous à la date du 9 mai 1793 : j'en rends de vives et humbles actions de grâces à Dieu. » A certaines étapes de ses déplacements,
— 13 juillet 1794, 17 mai 1798, 1- janvier 1799,
— Maistre note les endroits où il entendit la
1. OButres, IV, p. 201-203, 211-214, 300-314, et spcîcialement p. 313, n. 1, et V, p. 40-46.
iiicbbc. La première confession de son fils (42 février 1797), la première communion do sa iillc et de son fils (21 décembre 1798, 25 mars 1801), lui paraissent d'assez notables événements pour qu'en son Journal il les mentionne. De temps h autre, dans les pages consacrées an séjour en Russie, de mystérieuses petites croix s'ajoutent h la mention de certaines fêtes : elles commémorent vraisemblablement des communions. Xavier de Maistre, à son arrivée à Pétcrsbourg, fut tellement prêché et pressé par Joseph, (ju'il finit par grouper sur une grande feuille de papier, c en têtes de colonnes », comme il disait, ses péchés fondamentaux et par s'en aller h confess*3, après de longues années de négligence * : nii ne traitait pas les sacrements à la légère chez I. s Maistre.
Sur la première ci sur la dernière ft^les de l*Aques que célébra Maistre en Russie, celle de 1 S04 et celle de 1810, nous avons deux textes bien ( iirieux. En 1804, il consigne au Journal :
Jour do PAques dans ce pays : j*ai communié de la main du général dos Jésuilos. Qui m*eût prédit cela
il y a vinirl ans m'aurait un pou surpris.
1. Voir à ce suj" i dans HrrlhitT. op. cit., p. 9S-97, le curieux oit de l'huiuoristi gi n. v ms Potit-SeoD; et, sur W% seonnioDl» iigieux de Xavier, op. cit., p. 49.
En 18i6, le voilà mis en demeure de choisir, pour le matin de Pâques, entre Sa Majesté Dieu, dont sa conscience avait préparé l'audience, et Sa Majesté le Tsar, qui l'appelait à une revue. Allaitil se décommander d'un rendez-vous avec Dieu, le Tsar ordonnant d'être présent ailleurs? Voici dans quels termes Maistre lit connaître son option :
Le ministre de Sardaigne, qui ne pouvait prévoir l'honneur qui lui est annoncé par le billet de Son Excellence M. le grand-maître des cérémonies, écrit aujourd'hui, se trouve avoir tout disposé pour remplir demain (jour de Pâques) des devoirs qui ne sauraient s'accorder avec le plus grand plaisir dont il puisse jouir dans cette capitale, — celui de voir Sa Majesté impériale à la tête de ses braves, fidèles et brillantes troupes.
11 prie donc Son Excellence M. le grand-maitre des cérémonies, de vouloir bien sh charger de ses excuses, et il attend de la religieuse bonté de Sa Majesté Impériale qu'elle daignera les agréer '.
Ainsi s'encadre entre deux témoignages de dévotion pascale le séjour de Maistre à la Cour de Russie. Il était le contemporain de cette religiosité romantique dont nous avons dans VAllemagne de M"' de Staël une description si vivante, et qui, plus éprise de sons que de vérités, croyait,