Srjstème de politique positive, 1. i
Le catholicisme en général, cl Maislre en particulier, devenaient pour Comte les fourriers du positivisme : devant la philosophie nouvelle ils avaient aplani la route en la désencombrant des constructions édifiées par le xviii* siècle. Entre positivistes et catholiques, également hostiles aux protestants, aux sceptiques, aux déistes, comme à des c brouillons incurables t, Comte voulait qu'une alliance s'établit, et que tous ceux qui croyaient en Dieu se lissent catholiques, et que tous ceux qui n'y croyaient pas se tissent positivistes. Tel était le plan qu'il esquissait dès 1825 dans trois conversations avec Lamennais; qu'il reprenait en 1841 dans son Cours de philosophie positive: sur lequel il revenait avec insistance dans ses lettres à Stuart Mill, dans ses lettres aux Américains Henry Ëdger et John Metcalf, dans
son Appel de 1853 aux conservateurs^; et pour lequel il fît un jour solliciter le concours actif du général des « Ignaciejis », — ainsi Comte appelait-il les Jésuites lorsqu'il voulait se servir d'eux. Puisque ces Ignaciens avaient compris qu'à la tête de l'humanité il fallait un pouvoir spirituel, pourquoi ne pas les faire collaborera l'installation du pouvoir spirituel, conforme aux besoins de l'âge moderne, que le positivisme voulait installer, et qui serait pour les siècles futurs ce qu'avait été le Pape pour le moyen-âge ? L'envoyé de Comte à Rome constata, non sans déception, que l'assistant du général des Jésuites demeurait froid ; et le rêve que caressait Auguste Comte de faire transférer à Paris le Gesù pour se l'associer dans la gérance spirituelle de l'univers dut être abandonné*.
Cependant Comte disparaissait; la chapelle positiviste survivait, mais nul pouvoir spirituel n'y prenait élan.
1. Cours de philosophie positive, V, p. 231, n. 1. — Lettres d'Auguste Comte à Henry Dix Ilutton, p. 92 (Dublin, 1890). — Lettres d'Auguste Comte à Henry Edger et John Metcalf, p. 23, 61, 74, 77, 81 (Apostolat positiviste, 1889). — Lettres d'Auguste Comte à Stuart Mill, p. 323-324.
2. Georges Dumas, Revue de Paris, 1" octobre 1898, p. 557- 568. Voir aussi, sur le concours attendu dos Jésuites d'Amérique et sur le service que pourraient rendre les Jésuites en « dirigeant la transition vers l'adoration positiviste par le
Et par un piquant ron versement do« rôlcn. un constatait, cinquante ans plus tard» que dans la prcmiôro moitié du xix' siècle Ck>mtc avait prétendu concerter l'utilisation du catholicisme par le positivisme, et que tout au contraire, au début du XX* siècle, la renaissance catholique se flattait d'utiliser le positivisme comme auxiliaire et comme précurseur, c Sur les chemins de la croyance >, Ferdinand Brunetière prévoyait trob étipes, dont la seconde consisterait à dissiper oa ;\ diminuer les difficultés de croire, et la troisième a (Hablir la transcendance du christianisme; mais tout d'abord, au cours d'une première étape — la seule, hélas! qu'il ait eu le temps de parcourir — Brunetière c utilisait i le positivisme de Comte, pour établir que la morale avait besoin d'une religion, et que cette religion devait être sociale et fondée sur l'affirmation du surnaturel, et (|u'historiquement le catholicisme répondait à ces exigences. La philosophie positiviste avait autrefois prétendu s'assimiler le catholicisme, et voilà }ue l'apologétique catholique s'assimilait le positivisme*.
culte de la Viorgo », d>2traordinair«« réflezioat de CoiDt« < les Ut très à Henry Edger, p. 23 ol 76-T7.
1. Ferdinand Brunotioro, Sur ie» chemins de la rutHisation du posilirisme, p. 21-22 (P«rtS, P«ITin IfIS'. Simultanéincnt sufGt-il de nooiraer M. MaaiTM et M. Léoo d*^
Belle revanche posthume pour Maistre ! Elle le vengeait des formules dédaigneuses que çà et là, parmi beaucoup d'hommages, Comte lui avait iniligées, car si Comte convenait que Maistre avait été un excellent théoricien du pouvoir spirituel, le fondateur du positivisme ne prévoyait assurément pas que la papauté même du xix^ siècle eût un jour l'occasion glorieuse de justifier cette théorie, et d'en bénéficier. Maistre lui paraissait irrationnel, incohérent, violent, dans ses appréciations des siècles de l'histoire moderne * ; irrationnel, aussi, dans sa prétention de vouloir « transporter directement ses considérations aux sociétés modernes* ». Mais si depuis cent ans les considérations de Maistre sur le rôle social du pouvoir spirituel ont été, une fois au moins, effectivement réalisées, ce ne fut pas, assurément, par la chapelle positiviste, mais bien par la papauté de Léon XIII, le jour où, planant par-dessus les conflits sociaux, elle publia l'encyclique sur la condition des ouvriers. Maistre avait-il donc commis le délit d'archaïsme et d'ana-
Monlesquiou pour établir que l'essai de résurrection de certaines doctrines politiques que Comte eiit qualifiées de « rétrogrades » exploite les données critiques de la philosophie positiviste.