‹ La pensée religieuse de Joseph de Maistre; d'après des documents inéditsChapitre 99 sur 101 · Cours de philosophie positive, VI, p, 348, n · texte numérisé non relu

Cours de philosophie positive, VI, p, 348, n

toxte rend usscz ilifltcilo do décider. Mai« si Ton optait pour le second sens, ce que noue tavoni aujourd'hui de la pratique religieuse de Fauteur du /'//^ ' luilileroit contre une telle affirmation. Quant aux jugements portés par Ck>mte sur U dialectique religieuse de Maistre, peut-on dire que la c renonciation à l'appareil lliéologique > dénote yn manque de sécurité spirituelle, un manque de confiance dans la valeur même de U doctrine?

Maistre, observons-le, est très expert en théologie; il estime la scolastique, cite fréquemment suint Thomas *. Que la théologie lui fournisse des ai'guments en faveur de l'origine divine de la priiTiauté pontificale, il ne l'ignore pas; mais ce qui lui importe, c'est de remontrer à son siècle que l'expérience politique et sociale milite elle-même pour la constitution de l'Église telle qu'elle est , et que le fondateur de cette société religieuse — en l'espèce, le Christ — l'a constituée, en Caît, d'après certaines maximes et sur certaines assises requises par le besoin vital de l'ensemble des sociétés humaines. Et pareillement l'auteur des Soirées — on s'en rend compte par quelques pages de VEciaircissemeni sur les Sacrifices —

i. ViMi « i-w- î»sus, p. 94-99.

2. Maislrc, (JEuvres, ëd, ViUc, IV, p. 13. 113. tl5, IIS, ItS.

sait fort bien que pour faire accepter la souffrance tumaine on pourrait tirer d'émouvants arguments des souffrances du Christ et de cette sorte de vocation qui appelle les justes, membres de l'Eglise, à prolonger ces souffrances comme l'Eglise prolonge la vie même du Christ* : mais il veut simplement étudier en sociologue le trantran du monde, consulter à ce sujet l'universelle sagesse humaine, reflet plus ou moins pâli de la vérité divine, discerner les lois de Dieu et l'application de ces lois, et laisser entrevoir au lecteur que dans les doctrines catholiques — sacrifice eucharistique, indulgences — les idées universelles de rachat, d'immolation, de réversibilité, trouvent une suprême consécration.

Dix-huit siècles durant, on avait dit : le Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde, et le Verbe qui parla sur la Montagne, et le Verbe qui dans l'Eucharistie converse avec le fidèle, sont un seul et même Verbe ; et lorsque sur la Montagne il fait aux hommes l'aumône de sa doctrine morale, lorsqu'il leur fait, dans l'hostie, l'aumône de son mystique colloque, ce sont là des grâces qui ne suppriment pas la nature, mais qui la parachèvent.

1. Voir P. Longhayo, Dîx-neuvièfne siècle. Esquisses lit té' rofies cl morales, p. 215-216 (Paris, Rctaux, 1900).

lire à ion tuur yfut nous nmcnorn <iir«* |k Dieu créatear de (}ui vient tout pouvoir, le lieu créateur à qui remontent, quoi qu'en ait dit Rousseau, la mystérieuse constitution dee tociétés, et, quoi qu en ait dit Condillac, la mystérieuse donation des langues et la mystérieuse innéité des idées, et le Dieu ordonnateur qui, dans la société religieuse, constitue rinfaillibilité papale, sont un seul et même Dieu ; la Provid<înce justicière qui de tout temps exigea le sang ccmme rachat du péché, et la Providence miséricordieuse qui, pour ce rachat, un jour, une fois pour toutes, accepta le sang de l'IIomme-Dieu, Sont une seule et même Providence ; et bien que cette descente rédemptrice de THomme-Dieu, cette prolongation de THomme-Dieu dans le sacrement de lautel, et cette prolongation de riIomme-Dieu dans l'Église, soient des grâces gratuitement faites à la société humaine, et qui auraient pu ne pas lui être faites, elles sont en harmonie avec les lois générales de notre humanité, avec les besoins humains dont témoignent les institutions humaines, avec la soif humaine que les traditions attestent'.

1. Harmonie qui d'ailleurs o'a Dullemcol ellomémr ao earaetèro de nécessiU^ ; car Maistrc, tout lo premier, m tb^lofiea très averti, écrit quelque part (CEwrrei, IV, p. 218) : t La rêvé-

218 LA PENSÉE RELIGiSUSE DE JOSEPH DE MAISTRE

Le christianisme est absurde, avait dit le XV m" siècle. Maistre le réinstaure, d'un geste décisif, dans cette société que le xviii* siècle avait laissée sans doctrine et sans assises, sans espérance et sans moralité; et Maistre montre qu'il est d'accord avec toute l'expérience terrestre que les morts ont léguée et que les vivants pro longent, avec toutes les intuitions du passé sur Tau .delà.

Appartenait-il au positivisme, à cette doctrine qui se présentait comme une systématisation de Texpérience, d'inculper d'inconséquence, et de timidité, et de manque de confiance dans la solidité du CredOt une pensée religieuse soucieuse d'être « neuve » sans être « nouvelle* », et qui recherchait, en deçà même des harmonies entre la révélation et la raison, d'autres harmonies, plus empiriquement palpables, entre la révélation et l'expérience historique et sociale, entre le dogme chrétien et les lois fondamentales du monde spirituel, entre la constitution de l'Église et les lois fondamentales de la société, entre la < surnature > et la nature ?

lation, d'accord, quoique sans nécessite, avec les spéculations les plus solides de la psychologie, et môme avec les traditions plus ou moins obscures de toutes les nations. » 1. Maistre, ŒuvreSy II, p. 106, n. 1.

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