VI PRÉFACE
Ce jugement laissa derrière lui toute une traînée de suspicions; et peu à peu, au sujet de MaistreS les points d'interrogation se multiplièrent. L'auteur du Pape et des Soirées, qui prépara l'opinion chrétienne à l'acceptation d'une nouvelle définition dogmatique, avait-il mis à l'école du dogme sa propre pensée? La vie intérieure de cet apologiste participait-elle à la vie même de l'Église ? Cet ultramontain, dans la pratique, observait-il les disciplines catholiques? Maistre, en un mot, pensait-il, priait -il, agissaitil en fils de l'Église? Ou bien ressemblait-il à l'un de ces contreforts qui soutiennent du dehors les murs des basiliques, à l'un de ces zouaves pontificaux qui, dans leur ardeur à faire le coup de feu pour le Pape, espaçaient parfois à l'excès leurs visites au confessionnal et même à l'autel ?
On fouillait cette édition Vitte, qui, aux alentours de 1885, rassembla commodément en quatorze volumes les morceaux épars de la grande œuvre de Maistre, et qui seule fait autorité; et lorsqu'on y auscultait les pulsations religieuses de l'écrivain, on croyait pouvoir, en sécurité, s'abandonner à cette jouissance, de se sentir en
1. Respectant comme un testament le désir qu'exprimait Joseph de Maistre dans une lettre à M. de Syon (Œuvres, XiV, p. 243), nous dirons : Maistre, non : De Maistre.