‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 107 sur 109 · Voir ci-dossus, p · texte numérisé non relu

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2. Maistre, Œuvres, éd, Vitte, IV, p. 23, 113, 115, 116, 123.

sait fort bien que pour faire accepter la souffrance humaine on pourrait tirer d'émouvants arguments des souffrances du Christ et de cette sorte de vocation qui appelle les justes, membres de l'Église, à prolonger ces souffrances comme l'Église prolonge la vie même du Christ* : mais il veut simplement étudier en sociologue le trantran du monde, consulter à ce sujet l'universelle sagesse humaine, reflet plus ou moins pâli de la vérité divine, discerner les lois de Dieu et l'application de ces lois, et laisser entrevoir au lecteur que dans les doctrines catholiques — sacrifice eucharistique, indulgences — les idées universelles de rachat, d'immolation, de réversibilité, trouvent une suprême consécration.

Dix-huit siècles durant, on avait dit : le Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde, et le Verbe qui parla sur la Montagne, et le Verbe qui dans l'Eucharistie converse avec le fidèle, sont un seul et même Verbe ; et lorsque sur la Montagne il fait aux hommes l'aumône de sa doctrine morale, lorsqu'il leur fait, dans l'hostie, l'aumône de son mystique colloque, ce sont là des grâces qui ne suppriment pas la nature, mais qui la parachèvent.

1. Voir P. Longhaye, Dix-neuvième siècle, Esquisses littéraires et morales, p. 215-21G (Paris, Rctaux, 1900).

Et Maistre à son tour veut nous amener à dire : le Dieu créateur de qui vient tout pouvoir, le Dieu créateur à qui remontent, quoi qu'en ait dit Rousseau, la mystérieuse constitution des sociétés, et, quoi qu'en ait dit Condillac, la mystérieuse donation des langues et la mystérieuse innéité des idées, et le Dieu ordonnateur qui, dans la société religieuse, constitue l'infaillibilité papale, sont un seul et même Dieu ; la Providence justicière qui de tout temps exigea le sang comme rachat du péché, et la Providence miséricordieuse qui, pour ce rachat, un jour, une fois pour toutes, accepta le sang de l'Homme-Dieu, sont une seule et même Providence ; et bien que cette descente rédemptrice de l'Homme-Dieu, cette prolongation de l'Homme-Dieu dans le sacrement de l'autel, et cette prolongation de l'Homme-Dieu dans l'Église, soient des grâces gratuitement faites à la société humaine, et qui auraient pu ne pas lui être faites, elles sont en harmonie avec les lois générales de notre humanité, avec les besoins humains dont témoignent les institutions humaines, avec la soif humaine que les traditions attestent'.

1. Harmonie qui d'ailleurs na nullement elle-môrae un caractèr.' de nt^cessité ; car Maistre, tout le premier, en théologien très averti, écrit quelque part {Œwives, IV, p. 218) : « La rêvé-

Le christiaoisme est absurde, avait dit le XVII i^ siècle. Maistre le réinstaure, d'un geste décisif, dans cette société que le xviii* siècle avait laissée sans doctrine et sans assises, sans espérance et sans moralité; et Maistre montre qu'il est d'accord avec toute l'expérience terrestre que les morts ont léguée et que les vivants pro longent, avec toutes les intuitions du passé sur l'au delà.

Appartenait-il au positivisme, à cette doctrine qui se présentait comme une systématisation de l'expérience, d'inculper d'inconséquence, et de timidité, et de manque de confiance dans la solidité du Credo, une pensée religieuse soucieuse d'être « neuve » sans être « nouvelle* », et qui recherchait, en deçà même des harmonies entre la révélation et la raison, d'autres harmonies, plus empiriquement palpables, entre la révélation et l'expérience historique et sociale, entre le dogme chrétien et les lois fondamentales du monde spirituel, entre la constitution de l'Eglise et les lois fondamentales de la société, entre la « surnature » et la nature?

lation, daccord, quoique sans nécessité, avec les spéculations les plus solides de la psychologie, et même avec les traditions plus ou moins obscures de toutes les nations. » 1. Maistre, Œuvres, II, p. 106, n. 1.

Préface ^"

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