‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 44 sur 109 · Œuvres, X, p · texte numérisé non relu

Œuvres, X, p

LA RÉSIGNATION MAITRESSE d'ÉQUITÉ : LES IDÉES DE MAISTRE SOR NAPOLÉON, SUR LA FRANCE, SUR LA CONTRE-RÉVOLUTION.

Soumis, Maistre l'était, quelque rude que fût l'épreuve lorsque l'instrument de cette épreuve s'appelait Napoléon et avait à son service la vaillance française; et sa résignation même, en le rassérénant, l'aidait à mieux juger Ihomme et le peuple par lesquels il se sentait meurtri.

Napoléon, par surcroît — Maistre croyait le savoir — ne haïssait aucun homme en Europe autant que le roi de Sardaigne, le souverain légitime de Maistre *. Et cependant il entre de l'admiration dans la curiosité qu'inspirait à Maistre a le

1. Lettre inédite de Maistre, 28 mai 1808, publiée par Mandoul, op. cit., p. 49, n. 3,

cœur à trente-six mille plis de ce sombre insulaire^ », et dans les soubresauts de haine auxquels il s'abandonna. Qu'il le traitât de champignon impérial ou de colosse, de grand diable ou de nouvel Attila, il ne pouvait se défendre de confesser, en présence du plus « fameux, du plus terrible, du plus heureux brigand » qui eût peut-être jamais existé, que cet autre « Tamerlan », constamment « tiré des mauvais pas par un diable gardien, » n'était point un usurpateur ordinaire. Qu'était donc Napoléon? Un grand et terrible instrument entre les mains de la Providence^.

« A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. Nous en verrons bien d'autres, si le Seigneur n'y met ordre ^ ». Voilà comment Maistre, dès le 29 juin 1796, dans une lettre au marquis de Sales, commentait les toutes premières victoires de Bonaparte ; il augurait déjà qu'on en verrait bien d'autres. Dix ans plus tard, après léna, il tentait d'expliquer pourquoi tout cela s'était vu, se voyait :

(( Le roi de France pouvait-il descendre de son trône pour venir conturber les docteurs d'Allemagne,

i. Maistre à D'Avaray, 13 novembre 1797 (Daudet, Joseph de Maistre et Blacas, p. 33. Paris, Pion, 1908).

2. Œuvres, IX, p. 195; X, p. 44 et 18; XII, p. 156 et 270; X, p. 453: XI 1, p. 194; XI, p. 195 et 97.

3. Descostes, Joseph de Maistre pendant la Révolution, p. 631.

déchirer le traité de Westplialie, arracher le sceptre aux sans-culottes de Berlin, casser l'épouvantable mariage fait au xvi* siècle entre la souveraineté et le protestantisme^»?

On croirait lire une liste de gros travaux que Dieu réputait urgents, et pour lesquels il avait commis, du haut de son ciel, un mandataire inconscient dénommé Napoléon, « immense zéro, nullité toute-puissante » chargée de « balayer la place pour les architectes futurs ^. »

Un jour, cet instrument divin surgissait jusqu'en Russie, et Maistre écrivait : « Il n'y a derrière nous que le Spitzberg '. » Mais l'instrument, à ce moment même, était tout proche d'être brisé. « Dieu s'en est mêlé, interprétera Maistre ; et rien ne nous empêche de nous écrier avec Bossuet : Gloire du Seigneur, quel coup tu viens de frapper! Je ne vois rien d'égal dans l'histoire... Jamais Dieu n'a dit aux hommes d'une voix plus haute et plus distincte : « C'est moi^ ». La Révolution et Napoléon avaient fait des besognes que les rois n'eussent pas su faire, et Maistre entre-

1. Maistre à Blacas, 3 juillet 1811 (Daudet, op. cil., p. 127- 128).

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