‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 6 sur 109 · Œuvres, X, p. 112 (leilre à Mgr de La Fare · texte numérisé non relu

Œuvres, X, p. 112 (leilre à Mgr de La Fare

Maistre croit, même parmi les affres du deuil, que ce que Dieu fait est bien fait. Il y a des douleurs qui se révoltent; d'autres s'unissent mystiquement aux souffrances du Christ ou de la Madone, et trouvent, dans cette solidarité d'épreuves, la force d'accepter; le plus grand nombre oscillent, lamentablement pantelantes, entre la révolte et l'acceptation. La première grande douleur de Maistre échappe à ces classifications. Celle-là s'agenouille devant Dieu, parce que Dieu est un souverain, et qui ne peut être que sage ; elle se considère comme un détail du gouvernement divin, et ne permet pas qu'on attaque ce gouvernement-là ; elle n'est encline ni à la rébellion ni aux pieux élans d'abandon ; elle est loyaliste, elle est ce que doit être la douleur chez un sujet de Dieu. Ce jeune homme qui pleure, mais qui ne veut pas qu'on ose incriminer, pour ses pleurs, la responsabilité du Très-Haut, annonce déjà le futur apologiste des conseils divins et de l'obéissance humaine.

Il fut l'élève des Jésuites, que disperse et supprime, en cette même année, un ouragan venu de Rome. Il leur doit de bien connaître le catéchisme, dont plus tard il dira les richesses à ses « frères » des loges. Il leur doit son entrée dans la grande congrégation de Notre-Dame de l'Assomption,

dite aussi congrégation des Nobles ou des Messieurs, édifiant groupement qui, tant que les Jésuites purent s'en occuper, ménageait à ses membres, périodiquement, des retraites spirituelles de neuf jours. Simultanément, depuis l'âge de quinze ans, il appartient, tout comme son père, à une autre confrérie, celle des Pénitents Noirs, qui quatre fois l'an, par leurs processions humiliées et lugubres, rappellent à la cité savoyarde la proximité du trépas et le néant de la vie, et qui passent auprès des condamnés à mort la nuit précédant l'exécution. Voilà le cadre où s'insère et se conserve la vie religieuse de ce jeune homme, avec des intransigeances, des susceptibilités, dont sa sœur Jeannette, trop amère contre Dieu, sentit l'éloquente révolte.

Mais le xviii^ siècle français cognait aux portes de la Savoie, il y entrait. Nous avons le catalogue d'une bibliothèque de sénateur savoyard : tout le philosophisme des bords de la Seine, à commencer par l'Encyclopédie, y bravait la poussière des rayons*. Lisons les conclusions juridiques du jeune substitut Maistre sur des questions de banalités ou de biens communaux ; elles trahissent un certain esprit antiféodal, qui s'épanche même,

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