‹ La pensée religieuse de Joseph de MaistreChapitre 66 sur 109 · Œuvres, VIII, p · texte numérisé non relu

Œuvres, VIII, p

gion vraie. Pour défendre ces articles, pour aider ce bras, Maistre faisait appel aux Jésuites : il escomptait que leur action théologique amènerait l'âme russe à maintenir l'intégrité du Credo ^, et que leur influence d'éducateurs dissiperait dans la haute société certaines idées préconçues, barrière traditionnelle entre Rome et l'âme slave.

Il fallait donc que la Russie les employât comme pédagogues : Maistre, en plusieurs écrits, le demandait formellement, et la permission qui leur fut donnée, en 1812, d'ouvrir à Polotsk une Académie, fut une victoire pour Maistre, et une défaite pour le protestantisme allemand, représenté dans le conseil des ministres par le baron de Campenhausen^. Il rêvait que Polotsk devînt un grand centre de publications, d'où sortiraient « les grands in-folios de Petau, de Bellarmin et des autres héros de la même école ^ ». Il fallait, aussi, se servir d'eux comme missionnaires. Ils évangélisaient depuis 1803 les catholiques des colonies

i. Œuvres, XIII, p. 208 et 204.

2. Journal inédit, 1/12 novembre 1811. Il est curieux de constater, dans le Journal, qu'en octobre 1805, après avoir assisté à deux examens au collège des Jésuites, Maistre avait eu, tout d'abord, une impression médiocre, « ne retrouvant plus le talent inné de cet ordre pour l'éducation de la jeunesse. »

3. Correspondance entre Maistre et le P. Brzozowski, général des Jésuites (janvier 1814), publiée par Margerie, op. cil., p. 53-55.

allemandes de Saratow, et, bientôt après, la ville d'Astrakhan ^ En 1809, c'est en Sibérie qu'on les appelait, pour organiser trois postes; et Maistre était en tiers dans les colloques préparatoires entre le gouverneur et le général des Jésuites -. En 1811, la Crimée, Odessa, s'ouvraient à la Compagnie : « En tout cela, triomphait Maistre, il y a un grand et remarquable changement d'opinion, qui a une cause comme tout le reste' ». De Tiflis, Xavier écrivait qu'il était question d'installer les Jésuites dans la région de Vladicaucase : on se disait « que leur action pourrait donner à la religion et à l'Empire une quantité innombrable d'hommes courageux et industrieux qui jusque là étaient des ennemis; que les prêtres grecs n'avaient jamais augmenté le nombre des chrétiens ; et qu'il valait encore mieux avoir des catholiques pour sujets que des musulmans ou des idolâtres \ »

Ainsi travaillait sur les bords de la Neva, pour l'Eglise d'un Pape alors captif, ce ministre d'un roi détrôné. Ce n'était plus à la maçonnerie, c'était

1. Missions des Jésuites en Russie et dans l'archipel grec, lettres du P. Gilles Henry, éd. Carayon, p. 162-177. (Paris, Lécureux, 1869.)

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