Œuvres, XIV, p. 57 et
2. Ed fait, comme le rappellera plus tard le Père Rozaven, si les étrangers pouvaient en Russie exercer leur culte, il existait des lois très sévères contre tout Russe qui voudrait professer un des cultes tolérés en Russie; et le premier dimanche du carême, du haut des chaires russes, lanathème était brandi contre ces cultes. (Rozaven, De la réunion de l'Eglise russe avec l'Eglise catholique, p. 257 et 281. Paris, 1864.)
plus jalousement proche du vieux passé chrétien et plus largement ouverte aux maximes modernes, que ne l'était l'Église de Rome. Il était violent contre cette Eglise, contre ses missionnaires, qu'il nommait « les satellites de la papauté » et qu'il disait « être en horreur dans toute la Grèce. » Imprégné d'un certain illuminisme, il lui paraissait que la séparation de la « chrétienneté » (sic) n'était que le prolongement de la crucifixion perpétuelle du Rédempteur, et qu'elle rentrait, dès lors, dans le plan de la Providence sur la race humaine; mais il rejetait sur la mauvaise foi, sur l'obstination de l'Église de Rome, et sur la façon dont sans honte elle profanait les dons inamovibles de Dieu, la responsabilité du schisme. En face de cette Église coupable, Stourdza dressait l'Église russe, miraculeusement préservée de la persécution ottomane par la même Providence impénétrable. On devait conclure, en fermant le volume, que Dieu, dans l'histoire, s'était prononcé contre l'Eglise romaine, et que les projets d'union entre l'Église grecque et Rome étaient contraires au plan de Dieu. « Chef-d'œuvre d'ignorance, de mauvaise foi et même de mauvais ton », pensait Maistre. Mais pour faire imprimer ce « chef-d'œuvre » où se déchaînait une « colère de professeur
irrité^ », le Tsar, sur sa cassette, avait donné vingt mille roubles. Et Maistre, quittant la Russie en mai 1817, emportait avec lui, comme une déception cuisante, le souvenir de ces roubles dépensés par Alexandre, dépensés contre Rome. Il emportait, aussi, huit petits volumes de Théologie dogmatico-polémique du P. Sardagna, que lui avait offerts, en 1814, le P. Brzozowski, général des Jésuites. Dans une imposante lettre latine, le général lui avait dit :
« Le Seigneur vous a donné cinq talents : la vraie foi. le dévouement à la religion, l'étendue du savoir, rolévation du rang, le charme exquis du commerce dans les relations avec la haute société. Mettez donc à profit cet ouvrage, étudiez ses démonstrations et ses solides réponses aux objections, et produisez-les, quand besoin sera, pour la défense de la sainte religion, de l'Église et de son chef visible, en sorte qu'un jour vous puissiez dire à votre Dieu : « Seigneur, vous m'avez confié cinq talents, voici que je leur en ai ajouté cinq autres -. »
Maistre, durant le peu d'années qui lui restaient à vivre, s'occupa d'ajouter ces cinq autres talents.