PRÉFACE
Le but de cet ouvrage est double. Nous nous y proposons de résoudre deux questions : La première d'une importance générale, la seconde intéressant plus particulièrement la philosophie traditionnelle des Ecoles chrétiennes.
La première question touche à l'origine de la connaissance.
Les écoles philosophiques sont partagées aujourd'hui entre deux opinions. Les uns pensent que Thomme ne connaît que les faits et ne les connaît que par les sens, qu'il tire de là toutes les notions qu'il possède. Dans ces faits l'expérience lui révèle certains rapports plus constants. L'habitude qu'il a de rencontrer toujours ces rapports le porte à les appliquer partout. Il les juge alors universels et nécessaires. Cette habitude est-elle acquise individuellement ou se transmet-elle de génération en génération ? Il en est qui inclinent vers la seconde hypothèse. Mais pour les uns comme pour les autres la nécessité de nos jugements est affaire d'accoutumance ; elle n'a point de valeur absolue.
D'autres pensent avec raison que cette nécessité factice ne suffit pas, que nous avons conscience de connaître une vraie nécessité. Mais comme, suivant leur opinion, on n'en peut tiouver le fondement dans les faits qui sont essentiellement variables et passagers, ils jugent que l'àme doit tirer d'elle-môme ces idées et ces connaissances nécessaires, qu'elle les possède constitutivement, et s'en sert pour organiser la connaissance expérimentale. L'càme a donc deux