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ENTRE LES POINTS

12mm

(1) Pour un peu plus de détails, voir Bourdon, La Sensibilité musculaire des yeux, Bev. philos., octobre 1897, p. 4i3 ss.

On a vu que, lorsqu'il s'agissait de percevoir la position absolue d'un seul point lumineux par rapport à l'horizon, la zone d'incertitude comprenait environ i° 1/2 ; il en est de même d'après le tableau précédent.

84. Les directions. L'horizontale et la verticale. — Je considérerai ici principalement la direction horizontale et la direction verticale. La plupart des remarques qui s'appliquent à ces deux directions seraient d'ailleurs vraies également des directions intermédiaires.

L'horizontale et la verticale sont des lignes droites, par conséquent on peut leur appliquer ce qui a été dit de la perception de ces lignes ; ainsi, une horizontale ne pourra être correctement perçue qu'à la condition qu'on en fixe quelqu'un des points.

La rétine présente à Tégard des directions la même indifférence fonctionnelle qu'à l'égard des positions ; lorsque nous penchons la tête en regardant des objets connus, les côtés verticaux de ces objets continuent de nous paraître verticaux après que la tête s'est penchée, bien que les images de ces côtés se forment sur d'autres méridiens des rétines que ceux qui étaient d'abord impressionnés. Cette indifférence est la conséquence du fait que la perception visuelle des directions résulte, comme celle des positions, d'une association de sensations rétiniennes, de sensations tactiles, musculaires et articulaires, et de représentations; par conséquent, une direction apparente ne peut être déterminée tant que l'on ne considère que l'un des éléments précédents.

Les autres éléments qui s'associent aux sensations rétiniennes pour déterminer la perception des directions sont principalement les sensations tactiles, musculaires et articulaires dos yeux et de la tête (1), la perception ou la représentation de fa profondeur et La connaissance acquise delà direction réelle des objets.

Supposons la tète droite et le regard dirigé droit devant nous, dans l'obscurité, vers une ligne lumineuse horizontale qui soit le seul objet visible ; supposons, en outre, (pie cette ligne nous paraisse horizontale. Si nous penchons latéralement la lète, la ligne cessera probablement de nous paraître horizontale, mais l'inclinaison appareille qu'elle éprouvera sera beaucoup moindre que celle de la tèle, et nous pouvons dire, par conséquent, qu'il y a tendance alors à continuer de voir la ligne horizontale. 11 en serait de même pour une verti-

ge

(1) Si on considère les canaux semi-circulaires comme un organe de lisibilité, nous permettant de percevoir la position de notre tête dans l'espace, on devra ajouter aux sensations ci-dessus énumérées celles que peut nous fournir cet organe. Il ne me semble d'ailleurs nullement prouvé qu'ils soient un tel organe.

cale et pour une ligne d'une direction quelconque. Nous corrigeons donc l'effet de l'inclinaison de Ja tête, c'est-àTdire, en d'autres termes, que la perception de la direction se l'onde alors en partie sur les sensations rétiniennes et, en partie, sur les sensations tactiles et musculaires produites par l'inclinaison de la tête. Nous pourrions constater des faits analogues pour les sensations tactiles et musculaires des yeux seuls ; ainsi, supposons que la tète reste immobile, mais que l'horizontale change de position et se place à droite et en haut ; l'expérience prouve que, dans ce cas, elle pourra paraître encore, ou à peu près, horizontale; cependant l'impression ne se fera plus sur le même méridien de la rétine que précédemment, ce qui prouve que, dans ce cas encore, la perception de Ja direction est une résultante et qu'elle dépend à la fois du méridien de la rétine impressionné et des sensations qui nous renseignent sur la direction de notre regard.

Dans ce dernier cas, si on fait l'expérience dans l'obscurité avec une ligne lumineuse, il arrivera facilement que la ligne, quoique placée parallèlement au visage, paraîtra former un angle. avec lui ; il pourra même arriver qu'elle paraisse perpendiculaire à la direction du regard. L'illusion tend particulièrement à se produire pour les lignes horizontales, et cela s'explique par ce fait que nous ne disposons pas, pour percevoir les relations de profondeur des divers points d'une ligne horizontale, de moyens aussi parfaits que lorsqu'il s'agit des points d'une ligne verticale; d'ailleurs, même pour les verticales, et même lorsqu'on les observe avec les deux yeux, la même illusion, quoique plus faible, peut aussi se manifester. Lorsque l'illusion est forte, on constate alors très nettement l'influence de la profondeur sur la perception de la direction : ainsi, si on essaie de disposer horizontalement, dans l'obscu: rite, une ligne lumineuse placée en haut et à droite parallèlement au visage, et si on éprouve l'illusion que cette ligne, au lieu d'être parallèle au visage, s'éloigne par son extrémité gauche, on trouvera que, lorsqu'on l'aura placée de manière qu'elle paraisse horizontale, elle formera un angle avec l'horizontale réelle. — L'influence exercée par la perception de la profondeur sur celle de l'horizontalité se constate aisément lorsque nous marchons sur une route horizontale; la route nous paraît horizontale, bien qu'elle monte en perspective.

Un des éléments qui interviennent encore pour déterminer noire perception des directions, c'est la connaissance que nous avons des directions réelles des objets que nous considérons ; quand, dans l'obscurité, on se trompe sur la direction réelle d'une ligne lumineuse qu'on regarde la tête penchée latéralement, l'illusion cesse dès qu'on éclaire la pièce de manière à rendre visibles d'autres objets de direction connue.

La perception des directions se modifie un peu selon qu'on

regardé avec les deux yeux ou avec un seul. Le fait se constate surtout pour les verticales. Ainsi, j'ai trouvé, en observant une ligne verticale dont le milieu était à 2m et à la hauteur de mes yeux, que les deux verticales monoculaires apparentes formaient entre elles un angle de 2°, 08, et que celle de l'œil droit formait avec la verticale binoculaire apparente, qui était intermédiaire entre les deux verticales monoculaires, un angle deo°,8i, tandis que celle de l'œil gauche formait avec elle un angle de i°,26 ; le nombre des observations a été de 4<> pour chaque détermination et la variation moyenne, sauf pour l'œil gauche pour lequel elle a atteint o°,42, est restée inférieure à o°,3. Nous aurons à revenir sur ces différences au chapitre vm. Dans les déterminations précédentes, je parcourais la ligne du regard , mais les résultats ont été essentiellement les mêmes dans d'autres séries de déterminations où je m'imposais de fixer le milieu de la lignée

La verticale et l'horizontale apparentes, lorsqu'on observe avec les deux yeux, en ayant la tête droite et en regardant droit devant soi, coïncident assez exactement, si on l'ail abstraction des illusions qui peuvent se produire concernant la profondeur, avec la verticale et l'horizontale réelles ; la coïncidence n'est cependant pas parfaite. Nous n'avons pas en elîet une perception très exacte de la position de notre tête, et nous pouvons la croire droite alors qu'elle est en réalité un peu inclinée ou inversement. Dans une série de déterminations où j'observais avec les deux yeux, et dans des conditions qui me semblaient aussi naturelles que possible, j'ai constaté que la verticale apparente penchait à gauche de o°,8c) par rapport à la verticale réelle ; dans une autre, j'ai trouvé qu'elle penchait à gauche de i°,oo, ; au contraire, en observant plus tard dans des conditions qui me paraissaient être lesmêmes, j'ai trouvé qu'elle penchait à droite, mais seulement de o°,27, et que l'horizontale apparente était abaissée à droite de o°,<)2. Les déterminations avaient lieu dans l'obscurité, avec une ligne lumineuse mobile.

Jastrovv a publié, concernant l'appréciation des directions avec les deux yeux, les résultats de déterminations faites sur dix personnes (1). L'expérience consistait à placer un disque portant une ligne droite, la seule qui fût visible, de manière qu'elle parût Verticale, ou horizontale, ou inclinée de r,r>" à gauche ou à droite. L'horizontalité et la verticalité ont été appréciées avec une grande exactitude ; en moyenne, les divers observateurs ont considéré comme verticale une direction inclinée à droite de \\ seulement (V. M. — 35.8 , et comme horizontale une direction abaissée à droite, par rapport à l'horizontale réelle, de 7' (V. M. =39'). La précision des déterminations a été beau-

(1) Jastrow, (>n Ihc Juthjmcnl ùf Angles and Position* of Lines, The Americ. Journ. of Psych.,' t8g3-, vol. .V pp. £èo-2£3.

coup moindre pour la direction oblique, et il s'est manifesté une tendance à la placer trop près de l'horizontale; à gauche, la ligne qui a paru inclinée de /j5° Tonnait en moyenne un angle de 4o°5o' seulement avec l'horizontale, et à droite un angle de /,o°48'; la V. M., dans les deux cas, a atteint presque 3° (2°55',4) ce qui prouve que les déterminations, en même temps qu'elles étaient inexactes, se faisaient avec peu de précision; on a vu, au chapitre iv, que la forme d'une ligne droite est également moins bien reconnue lorsque cette ligne est oblique que lorsqu'ellejest verticale ou horizontale,

(85). Lignes qui paraissent verticales ou horizontales quand le regard est dirigé à la fois en haut ou en bas et latéralement. — Les déterminations dont je vais rapporter les résultats ont eu lieu, comme celles qui ont été mentionnées au § précédent, dans l'obscurité, avec une ligne lumineuse de 2mm de large et 3ocm de long, mobile autour de son centre dans un plan vertical parallèle au visage; l'inclinaison de la ligne se lisait sur un arc gradué en dixièmes de degré; dans chaque série, une moitié des observations étaient faites pendant que la partie supérieure de la ligne, s'il s'agissait de la verticale, se mouvait de gauche à droite à partir d'une position où elle paraissait nettement inclinée, et l'autre moitié pendant qu'elle se mouvait de droite à gauche ; lorsqu'il s'agissait de l'horizontale, chaque extrémité de la ligne se mouvait, dans une moitié des cas, de bas en haut et, dans l'autre moitié, de haut en bas. Je me bornerai à citer la moyenne des deux groupes d'observations ; la variation moyenne que je rapporterai a été calculée de la même manière que cette moyenne : j'ai calculé d'abord la variation moyenne pour le cas où le mouvement de la ligne avait lieu dans un sens, puis pour le cas où il avait lieu dans le sens opposé, et j'ai pris la moyenne des deux chiffres obtenus.

On sait que, lorsque le regard est dirigé à la fois en haut ou eu bas et latéralement, il se produit, par rapport à la position primaire, une torsion apparente de l'œil, par suite de laquelle une image consécutive droite, formée dans la position primaire et projetée ensuite en haut et à droite, par exemple, sur une surface sphérique dont l'œil occupe le centre, change de direction apparente, et, si elle paraissait verticale dans la position primaire, paraît alors pencher à droite. Ce changement de direction apparente de l'image consécutive prouve qu'on se rend compte qu'une ligne réellement verticale et dont on fixe un des points ne se projette pas, lorsque le regard est dirigé en haut et à droite, sur le même méridien de l'œil que lorsque le regard, en la fixant, se trouve dans la position primaire. Il faut donc s'attendre à constater que la perception des verticales réelles, lorsque le regard se dirigera, pour les considérer, en haut et à droite, sera plus ou moins exacte ; de même pour les horizontales.

C'est ce que j'ai essayé de vérifier ; mais je n'ai pu le vérifier qu'imparfaitement, à cause des illusions qui se produisaient concernant la direction des lignes suivant la profondeur. J'étais en conséquence obligé parfois de me figurer que je m'étais déplacé par exemple à droite, si la ligne était en haut et à droite

et si elle était verticale, et qu'elle se trouvait alors dans le plan médian de ma tète, et que je me bornais à essayer, dans ces conditions, de la placer de telle manière qu'elle ne penchât ni à droite ni à gauche. J'ai Tait quatre séries de 20 déterminations chacune, deux avec regard dirigé en haut et à droite, et deux avec regard dirigé en haut et à gauche. L'angle ascensionnel et l'angle latéral étaient l'un et l'autre de 200 (1). La distance des yeux au milieu de la ligne était d'environ 2m,70. La position initiale considérée pour mesurer l'angle ascensionnel était celle pour laquelle le regard eût été dirigé horizontalement vers un point situé dans le plan médian de la tète.

Dans la première et la deuxième série, il s'agissait de déterminer la verticale apparente. Or, j'ai trouvé qu'elle était représentée, lorsque le regard était dirigé en haut et à droite, par une ligne inclinée de i°,02 à droite (V.M. = o°,58), et, lorsque le regard était dirigé en haut et à gauche, par une ligne inclinée de i°,58 à gauche (V.M. = o°,3q). La tête étant droite et le regard dirigé droit devant moi vers le milieu de la ligne, elle me paraissait verticale lorsqu'elle l'était réellement ou à peu près ; en effet, j'ai trouvé, dans ces conditions, comme verticale apparente, une ligne inclinée seulement de o°.27 à droite. Or, l'angle de torsion apparente, lorsque l'angle ascensionnel et l'angle latéral sont de 20°, est, d'après le calcul de Helmholtz, de 3.:>', : donc l'inclinaison du méridien vertical initial se trouve être, dans les déterminations en question, en grande partie corrigée. On peut supposer que, si elle ne l'est pas complètement, c'esl qu'on éprouve souvent l'illusion, dans L'expérience, d'avoir la tète elle-même tournée en partie vers la ligne. Je citerai à ce propos une observation intéressante; exceptionnellement j'ai trouvé, en déterminant la verticale apparente lorsque le regard était dirigé en haut cl à gauche, qu'elle formaitavec la verticale réelle un angle de 2°,2 ; or, immédiatement après l'observation, j'avais noté que la ligne me paraissait presque en face de moi, quoique en haut; dans ces conditions, la correction de l'inclinaison du méridien primitivement vertical devait en grande partie cesser d'avoir lieu, et c'est en effel ce qui est arrivé. On remarquera que des faits de ce genre peuvent servir aussi à expliquer les variations moyennes assez élevées qui se constatent dans ces déterminations.

Dans les deux autres séries d'observations, il s'agissait de l'horizontale apparente. Les résultats pour ces deux séries sont très différents. Dans l'une, où le regard était dirigé en haut et à droite, la ligne m'a paru généralement parallèle au visage, connue elle l'était en effet, c'est-à-dire obliquement placée par rapport à la direction du regard. Dans l'autre, où le regard ('tait dirigé en haut et à gauche, s'est manifestée au contraire avec une très grande force l'illusion que la ligne s'éloignail du visage par son extrémité droite. Dans la première série, l'horizontale apparente coïncidait à peu près exactement avec l'horizontale

'1) L'angle ascensionnel est l'angle que l'ail le regard avec la position primaire en s'élevant ou en s'abaissant, el V angle latéral est celui qu'il l'ail avec la ligne médiane du plan de fixation Helmholtz, Physiol. Optik, 1" Aufl., p. 617 .

réelle ; elle formait en effet avec elle un angle deoM seulement, son extrémité droite étant un peu pins élevée que l'autre extrémité (20 observations ; V.M. = o°,62). Dans la seconde série, au contraire, l'angle compris entre l'horizontale apparente et l'horizontale réelle a atteint G0, 07 (V.M.= i°,7i), l'extrémité gauche de l'horizontale apparente étant plus élevée que l'extrémité droite ; l'erreur était donc grossière, et elle devenait évidente dès que j'observais la ligne en me plaçant en face d'elle.

Cette erreur s'explique par l'illusion de profondeur signalée. En effet, une ligne réellement horizontale, située à gauche de l'observateur et" plus haut que ses yeux, et dont l'extrémité droite est plus éloignée de son visage que l'extrémité gauche, est représentée en perspective par une ligne inclinée dont l'extrémité droite est moins élevée que l'extrémité gauche. D'ailleurs, à la cause d'erreur précédente a dû s'ajouter l'incomplète correction de l'inclinaison du méridien primitivement horizontal ; j'ai noté encore ici parfois, en effet, que je m'imaginais être tourné vers la ligne.

86. U horizontale apparente et la verticale apparente passant par un même point peuvent ne pas former exactement un angle droit. — C'est ce qui résulte de déterminations que j'ai faites sur la verticale et l'horizontale, en prenant soin de ne modifier en rien d'une série à l'autre la position de la tête, et de placer le milieu de la ligne, dans chaque série, à la hauteur de l'œil droit et dans le plan médian de la tête. La ligne était à 2m,5odes yeux.

J'ai trouvé, dans ces déterminations, que l'horizontale apparente était une ligne un peu abaissée à droite et formant avec l'horizontale réelle un angle de o°,8o (20 observations; V. M. = o°,22ï. J'ai d'ailleurs trouvé à peu près le même résultat (o°,92),la ligne étant placée 200 plus haut et le milieu de la ligne se trouvant toujours dans le plan médian de la tête. La verticale apparente coïncidait au contraire à peu près exactement avec la verticale réelle ; elle ne penchait à droite, en effet, quede o°,26 (20 observations; V. M. = o°,28).

87. Influence de la vision binoculaire et de la vision monoculaire. — On a déjà vu que la verticale binoculaire et les verticales monoculaires pouvaient différer. Les différences sont moins marquées lorsqu'il s'agit des horizontales ; néanmoins on pourra aussi, en observant avec soin, en constater dans ce cas. Ainsi, dans trois séries successives de 20 observations chacune, faites exactement dans les mêmes conditions, j'ai trouvé, comme horizontale apparente pour les deux yeux, une ligne abaissée à droite par rapport à l'horizontale réelle de 0°. 80 (20 observations ; V. M. = o°,22), pour l'œil droit une ligne abaissée également à droite de o°,86 (20 observations ; V M. = o°,3o) c'est-à-dire que l'horizontale apparente de l'œil droit et l'horizontale binoculaire coin-

cident à peu près exactement, et pour l'œil gauche une ligne qui peut être considérée comme réellement horizontale ; elle n'était abaissée en effet que de o0,O2 à gauche par rapport à l'horizontale réelle (20 observations; V. M. = o°,3i). En regardant avec l'œil gauche, dans les conditions où les observations avaient lieu, j'obtenais donc une élévation assez marquée à droite de l'horizontale binoculaire apparente. Le changement de direction des verticales binoculaires est également plus considérable quand j'observe avec l'œil gauche qu'avec l'œil droit.

La différence que j'ai ainsi constatée entre les horizontales monoculaires se rattache à un autre fait. Quand, la tète droite, je regarde pendant quelque temps avec l'œil gauche une ligne réellement horizontale et que je découvre ensuite brusquement l'œil droit, je vois deux images de la ligne ; celle qui correspond à l'œil droit est située au-dessus de l'autre, et les deux lignes, au lieu d'être parallèles, forment un angle, dont le sommet, si on les prolongeait, se trouverait à ma gauche. Quand je regarde avec l'œil droit, le même phénomène se produit, je vois également, au raomenl où je découvre l'œil gauche, une seconde image, située au-dessous de l'autre et formant avec elle un angle.

88. Influence de V inclinaison latérale de la lèle sur les directions apparentes. — L'inclinaison latérale de la tète, soit qu'elle se produise seule ou qu'elle résulte de l'inclinaison du corps, peut, comme l'a découvert Aubert 1 , lorsqu'elle est considérable, enl rainer des erreurs marquées dans la perception des directions. On constate aisémeni le fait

(1) II. Aubert, Eine scheinbare bedeulende Drehung von Objecien bel Neigung des Kopfes nach rec hls oder links, Virchow's Archiv fur pathologische Anatomie und Physiologie, l'.d. 20, 1861, p. 38i-393. Comparer aussi le même, Physiologie der \el:haul, «865, p. 275 el suiv., H Phusioloyische Optik, 1076, p. 667. — L'expérience d'Auberl a été étudiée aussi par Mulder, uns ordeel ouer vertikal, l>ij neiging van hel huofd naar rechts of links*, dans Feestbundel en l'honneur de Donders, Amsterdam : par le même, Ueber parallèle Rollbewegungen derAuqen, Giraefe's Archiv, 1875, Bd. 21 1 . p. 108 ss. ; par Y. Delage, Les Méridiens de r<ril, Rev. gén. dos Sciences, l. III. 1892, p. 114-120; el par Nagel, Leber das AuberVsche Phârinmen und verwandte Tàuschungen ûber <lie verttkaje Richtung, Zeitsehrifl fur Psychologie, 16. Band. 1898, p. 3^3- 398. Comparer aussi la traduction, avec annotations, par Aubert, du travail d'Y. Delage, Etudes expérimentales sar les illusions, statiques el dynamiques de direction (Archives de zoologie expérimentale, •> série, 4, 18SG, p. 535-624), sous le titre de Physiologische Studien ûber die Ovienlirunij, 1888, p. 35 el 36. Nagel considère comme insuffisantes les explications qui ont été proposées de l'illusion signalée par Aubert, mais il se reconnaît; lui-même incapable d'en fournir une complète. Il estime vraisemblable que l'illusion dépend des torsions compensatrices des yeux qui se produisent quand on penche latéralement la tèle, ci croil que ces torsions dépendent elles-mêmes d'excitations du lal>\ rin llie.

«n observant dans l'obscurité complète une ligne lumineuse verticale ou horizontale. Deux points lumineux placés l'un au-dessus ou à côté de l'autre pourront remplacer la ligne lumineuse. Un instrument commode pour constater cette influence de l'inclinaison de la tête sera un large tube, noirci intérieurement, portant à l'un de ses bouts deux œilletons qui empêcheront la vue de tous objets environnants, et à l'autre un couvercle qu'on pourra l'aire tourner à la main autour du tube de manière à amener une fente percée dans ce couvercle et recouverte de papier blanc à paraître verticale par exemple; un fil à plomb fixé au couvercle permettra en outre, si l'on a immobilisé le tube, de connaître, après chaque détermination, l'inclinaison de la ligne. On peut enfin, comme Ta indiqué Helmholtz, au lieu d'observer dans une chambre obscure, placer la ligne contre un mur de couleur uniforme et tenir devant le visage un écran cylindrique qui masque les objets environnants. — Si on observait à la lumière une ligne entourée d'objets familiers, l'illusion ne se produirait pas ou serait à peine sensible, parce qu'alors elle serait corrigée par la connaissance acquise que l'on aurait de la position réelle de ces objets.

Supposons qu'on se serve d'une ligne lumineuse verticale. D'après Aubert, l'inclinaison apparente de la ligne se produirait toujours en sens inverse de celle de la tête. Le maximum de cette inclinaison de la ligne aurait lieu pour une inclinaison de la tête d'environ i35°. La ligne paraîtrait s'incliner même pour une très faible inclinaison de la tête. L'inclinaison irait croissant avec la durée de l'observation. Aubert l'estimait pour lui-même de 4^° environ lorsqu'il avait la tête penchée deo,o°, mais parfois aussi elle lui a semblé n'être que de 25° à 3o°, et un de ses collègues, pour la même inclinaison delà tête, l'a trouvée de i5° environ seulement. Dans une -série de déterminations que j'ai fait faire à six étudiants, la tête étant penchée de 90°, l'inclinaison de la ligne a varié entre les limites de 8° et de 25° ; les six observateurs se répartissaient du reste en deux groupes, l'un, comprenant deux personnes seulement, pour lequel l'inclinaison restait voisine de io°, en dépassant en moyenne légèrement ce chiffre ; l'autre, pour lequel elle atteignait environ 200 ou même plus. Pour moi, l'inclinaison, dans les mêmes conditions, se tient en général entre 200 et 3o°. — Nagel a trouvé que pour lui il n'y avait pas proportionnalité entre l'inclinaison de la fêle et l'inclinaison apparente de la ligne, et même que l'une n'était pas toujours en sens inverse de l'autre; il a constaté que, pour de faibles inclinaisons de la tète, la ligne lui paraissait d'abord s'incliner dans le même sens que la tête, que, lorsque l'inclinaison de la tête ne dépassait pas 5o-6o°, la ligne reprenait bientôt la position verticale, puis, qu'elle s'inclinait brusque-

ment en sens inverse de l'inclinaison de la tête, lorsque la limite précédente était dépassée. A peu près comme Aubert, il a trouvé que le maximum d'inclinaison dé la ligne a lieu pour une inclinaison de la tête de 120-1400. Nagel a constaté aussi qu'en faisant passer un courant continu au travers de la tête on pouvait obtenir un mouvement et une inclinaison de la ligne, l'extrémité supérieure de celle-ci s'abaissant de quelques degrés vers l'électrode négative. Tant que le courant passe, la ligne reste inclinée et en mouvement apparent; mais, ici comme dans d'autres cas, malgré le mouvement incessant de la ligne, son inclinaison ne paraît pas changer. Lorsqu'on interrompt le courant, la ligne reprend la position verticale. Le passage du courant, dans cette expérience, s'accompagnait de faibles torsions des yeux, l'extrémité supérieure des méridiens verticaux des yeux s'inclinant vers le pôle négatif.

Si, dans l'expérience ordinaire, après avoir disposé la ligne obliquement de manière qu'elle paraisse verticale lorsque la tête est penchée, on éclaire la salle, la ligne, comme l'a constaté Aubert, apparaît immédiatement oblique; si on refait l'obscurité, elle redevient en apparence verticale en une ou deux secondes.

Aubert, d'après quelques observations qu'il a faites soil en penchant la tête devant un miroir, soit au moyen d'images consécutives, conclut que, quand on incline latéralement la tète, il y a estimation exacte de l'inclinaison et qu'il ne se produit pas de torsions des yeux On ne peut donc songer, d'après lui, à expliquer l'illusion précédente par une fausse estimation de l'inclinaison de la tète ni par des rotations qu'effectuerait l'œil, en sens inverse du mouvement de la tète, autour de son axe antéro-postérieur.

L'explication qu'il propose consisle à admettre que l'inclinaison de la tète a pour effet de modifier notre représentation des directions de l'espace. Il suppose qu'après avoir penche la tête nous ne gardons pas une conscience exacte du mouvement effectué, que nous sommes portés à oublier les sensations musculaires produites par le mouvement; toutefois. Ces sensations ne perdraient pas toute influence et nous ne jugerions pas de la direction de la ligne d'après noire rétine seule, mais nous nous ferions une perception moyenne, en conséquence de laquelle une ligne réellement verticale nous paraîtrait, lorsque par exemple nous penchons la tète à droite, s incliner à gauche.

On remarquera que l'explication précédente, qui n'a (Tailleurs pas satisfait complètement Aubert I 0, revient à admettre ce qu'il niait d'abord, savoir que l'inclinaison delà tèle est.

(1) Voie Physiolojisc7ie Studien M>er die Orientirung, |». 36.

à lin certain moment du moins, incorrectement estimée. Aubert croit, en outre, que, lorsque nous penchons la tête de 900, nous sommes portés à voir horizontale une ligne réellement verticale ; au contraire, nous sommes en réalité portés, tant que nous avons conscience du mouvement effectué, à la voir comme elle est effectivement, c'est-à-dire verticale, et les seules lignes que nous soyons dans ce cas portés à voir horizontales sont celles que nous savons n'être pas réelles, et en particulier les images consécutives de lignes verticales.

Helmholtz a supposé que l'illusion vient de ce que nous croyons dans l'obscurité l'inclinaison latérale de notre tête moindre qu'elle n'est en réalité ; il n'admet pas qu'elle puisse avoir pour cause des torsions des yeux. « Une image consé cutive développée dans le méridien vertical de l'œil ne parait pas, lorsqu'on penche la tête de 900 à droite dans une chambre obscure, horizontale comme elle l'est en réalité : mais elle paraît monter de gauche à droite, et une ligne lumineuse objective, qui a réellement cette inclinaison, paraît verticale (1). » Celui qui fera avec soin l'expérience précédente arrivera à d'autres résultats que ceux qu'indique Helmholtz ; ainsi, en projetant l'image consécutived'une verticale sur une horizontale réelle, il constatera sans difficulté que cette image consécutive, lorsque la tête est penchée de 900, n'est pas horizontale, c'est-à-dire qu'il y a eu torsion des yeux.

Delage, dans son explication, distingue d'abord les méridiens morphologiques et les méridiens astronomiques ou simplement méridiens actuels ; les méridiens morphologiques, pour ne considérer que les deux principaux, sont ceux qui passent, l'un par les muscles droits supérieur et inférieur, l'autre par les muscles droits interne et externe ; ils sont liés à l'œil et tournent avec lui. Les méridiens astronomiques sont au contraire fixes dans l'espace.

11 pose ensuite ce principe que l'œil connaît ses méridiens astronomiques et qu'il ignore ses méridiens morphologiques, c'est-à-dire qu'il apprécie correctement la direction des objets même lorsque la tête est inclinée. Toutefois ce principe ne serait pas absolument vrai, dans le cas d'images, soit réelles, soit accidentelles, vues au milieu d'une obscurité absolue, par exemple dans l'expérience d'Aubert, lejugement tiendrait compte de la position des méridiens morphologiques, sans toutefois se régler entièrement sur eux. Delage explique de la façon suivante cette exception au principe. D'ordinaire, grâce au toucher, au redressement de la tête, l'effet de l'inclinaison de la tête serait corrigé, et la correction deviendrait peu à peu instinctive ; mais elle ne serait parfaite que pour des inclinaisons modérées de la tête, ne dépassant pas 25° à

(1) HelmhoUz, Physiol. Optik, 2* Aufl., p. 763.

3o°; pour des inclinaisons fortes, atteignant ou dépassant l'horizontale, elle n'aurait lieu que partiellement, même en pleine lumière, et elle serait particulièrement incomplète en l'absence de tous termes de comparaison, comme dans l'expérience d'Aubert.

L'explication précédente est en grande partie juste. Elle revient en somme à reconnaître ce principe que la perception de la direction des objets inconnus ne dépend pas seulement des méridiens de la rétine impressionnés ; mais elle reste obscure en ce qu'elle ne nous l'ait pas comprendre de quelle manière nous pouvons connaître les méridiens astronomiques de l'œil, c'est-à-dire au fond la direction des méridiens mor- . phologiques dans l'espace ; elle ne mentionne d'ailleurs qu'une des causes de l'inclinaison apparente que subit une ligne qu'on observe, la tête penchée, dans l'obscurité.

Cette inclinaison en effet est due principalement à deux causes et non à une seule : 1" à des torsions des yeux en sens inverse du mouvement de la tôte ; 2° à l'erreur qu'on peut commettre dans l'estimation de l'inclinaison de la tête, D'ailleurs la tendance naturelle est, comme il a été dit, non pas de voir verticales les lignes qui impressionnent le méridien de l'œil qui serait vertical si la tête (Mail droite, mais.au contraire, de corriger l'inclinaison de la Lête, c'est -à-dire de continuer de voir verticale une ligne réellement verticale, et horizontale une ligne réellement horizontale, et toutes les erreurs qui se produisent dans la perception des directions viennent de ce qu'on n'a pas conscience des mouvements de torsion des yeux ou qu'on estime inexactement d'autres mouvements dont on a conscience. Il faut encore ajouter (pie l'inclinaison apparente d'une ligne dans l'obscurité ne se produit pas toujours en sens inverse de celle du mouvement de la tête; non seulement j'ai constaté d'une manière très nette sur moimême qu'elle pouvait se produire dans le même sens, mais j'ai trouvé d'autres personnes qui, invitées à observer une ligne verticale lumineuse dans l'obscurité en penchant la tète, ont déclaré qu'elle leur paraissait pencher dans le même sens que la tète: on a vu d'ailleurs que des phénomènes semblables ont été constatés par Nagel,

J'ai fait, concernant cette influence de l'inclinaison «le la tète sur la verticale apparente, une série d'expériences, -le me servais d'une ligne lumineuse de :>""" de large et 3oCu] de long, tournant autour (l'un axe perpendiculaire à celte ligne en son milieu, et dont je pouvais lire l'inclinaison au moyen d'un lil à plomb et d'une graduation placée au-dessous de la Ligne.

.J'ai d'abord constaté, en penchant lentement la tète à droite ou à gauche, (pie la ligne lumineuse, qui dans ces observations restait immobile et verticale, me paraissait s'incliner dan- le même sens (pie la tète : même en inclinant la tète les yeux fermés, pourvu que l'inclinaison ne fui pas trop forte, j'ai constaté

^ensuite, en les ouvrant, que la ligne me paraissait penchée dans le même sens que la tète. Si j'augmente l'inclinaison de la tète, la ligne redevient peu à peu verticale en apparence, puis, si j'augmente encore l'inclinaison, la ligne paraît s'incliner en sens oppose. J'ai déterminé de combien je devais incliner la tête, soil à droite, soit à gauche, pour que la ligne me parût de nouveau verticale; en penchant la tète à droite, j'ai trouvé des chiffres variant entre 4°° et 65° (5 observations) ; dans une sixième observation, la ligne m'a paru dès le début s'incliner à gauche. En penchant la tête à gauche, j'ai trouvé des chiffrés allant de 38* à 43° (5 observations). Le résultat précédent ne se maintient d'ailleurs pas ; après un certain nombre d'observations successives, l'inclinaison, même au départ, se produit en sens opposé ; mais, quand l'inclinaison de la ligne à droite ne veul plus se produire lorsque je penche la tète à droite, elle se produit très bien à gauche si je penche à ce moment la tète à gauche. Pour constater cette inclinaison de même sens, il convient de pencher lentement et régulièrement la tète et d'attendre, au besoin, qu'elle se manifeste.

J'ai déterminé ensuite quelle inclinaison je devais donner à la ligne pour qu'elle me parût verticale lorsque j'avais la tête penchée dego0 adroite. L'inclinaisondela têteétaitobtenuc au moyen dune planchette fixée à angle droit sur une autre qui elle-même était fixée sur le bord d'un plateau horizontal ; je tenais la première planchette entre les dents. Je faisais avancer progressivement l'extrémité supérieure de la ligne tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, en partant d'une position où elle me parût évidemment n'être pas verticale. J'ai trouvé, comme moyenne de 20 observations, qu'il fallait que la ligne fût inclinée de 260 à droite pour qu'elle me parût verticale (variation moyenne = 3°, 12).

J'ai déterminé ensuite de combien mes yeux tournaient autour de leur axe antéro-postérieur, lorsque je penchais la tête de 900 ; pour cela, après avoir obtenu une image consécutive linéaire, la tête droite, j'ai projeté cette image, en inclinant la tète de 900, sur le carton portant la ligne lumineuse, de manière à pouvoir, au moyen de la graduation qui s'y trouvait, connaître l'inclinaison de l'image consécutive par rapport à sa direction initiale. J'ai constaté que la torsion était de 8°-9° lorsque je penchais la tête de 900 à droite et de io°-ii° lorsque je la penchais de 900 à gauche.

J'ai déterminé enfin avec quelle exactitude j'estime l'inclinaison de ma tête à droite lorsque cette inclinaison est de 900. Pour cela, je tenais entre les dents une planchette B (fig. 52) articulée à frottement dur à une seconde planchette A fixée sur un plateau horizontal ; à la planchette mordue était fixée à angle droit une troisième planchette C portant un disque gradué d'assez grand diamètre pourvu d'un fil à plomb. Je penchais progressivement la tête, les yeux fermés, jusqu'à ce que je crusse avoir les deux yeux verticalement l'un au-dessus de l'autre. Dans une moitié des déterminations, je suis parti d'une position pour laquelle ma tète me paraissait évidemment penchée de moins •de 900, et dans l'autre moitié d'une position pour laquelle elle me paraissait évidemment l'être de plus de 900. Dans ces con-

ditions, j'ai trouvé que, lorsque ma tête me paraissait inclinée de 900, elle était toujours en réalité inclinée d'un peu plus. Dans le cas considéré d'inclinaison à droite, j'ai dû pencher la tête en moyenne de 1080 pour que mes deux yeux me parussent verticalement l'un au-dessus de l'autre (20 observations ; variation moyenne = 3°, 32) ; donc l'inclinaison de la tête était sous-estimée de 180.

Les résultats des deux dernières déterminations permettent d'expliquer maintenant complètement l'illusion que je constate dans mon appréciation de la verticalité de la ligne lorsque j'ai la tête penchée de 900 ; d'une part la torsion des yeux est

Fig. •">''.

de 8°-()"; d'autre part, la sous-estimation de l'inclinaison de la tête est de 180; ces deux influences combinées doivent donc

f>roduire une inclinaison apparente de :>.<>"-->j" de la ligue réelement verticale ; or, en déterminant directement cette inclinaison, je l'ai trouvée de 26° : la concordance entre ces chiffres est aussi complète qu'on pouvait l'espérer.

Il est facile de comprendre comment les deux influences précédentes doivent faire qu'une ligne verticale réelle paraît inclinée en sens inverse de la tète lorsque celle-ci csl penchée deo/)0, ou bien que la ligne qui paraît verticale est une ligne inclinée en réalité dans le même sens que la tête. Soit fig. 53) la ligne réellement verticale AB. Si, lorsque la tête est inclinée de go°, l'œil était incliné exactement de la même quantité, l'image de la ligne AB occuperait sur la rétine la position qu'y eût occupée avant l'inclinaison de la tète l'horizontale CD. Mais, en réalité, il s'est produit une torsion compensatrice d'environ 8°; donc, c'est comme si la ligne CD, que nous supposerons consi-

dérée pendant que la tête est inclinée à droite, était relevée de 8° par son extrémité droite et occupait dans l'espace la posilion CD', ou comme si la perpendiculaire AB à cette ligne, c'est-à-dire la verticale AB s'était inclinée à gauche de 8°, et avait pris dans l'espace la direction A'B'. D'autre part, lorsque ma tête est penchée deo,o0, je crois qu'elle l'est en réalité d'un peu moins et qu'il faudrait la pencher d'environ i8° encore pour que les yeux fussent verticalement l'un au-dessus de l'autre ; c'est donc comme si à la compensation produite par la torsion des yeux s'en ajoutait une seconde plus consi- . A dérable ; dans ces conditions, la direction apparente de la verticale AB devient finalement A'B".

Il reste à mentionner une troisième influence qui joue parfois un certain rôle dans c l'expérience en question ; c'est C celle des sensations autocinétiques, c'est-à-dire des mouvements apparents de la ligne ; sous le nom d'oscillations, ces mouvements de la ligne se trouvent expressément mentionnés dans l'étude d'Aubert qui a été ci-dessus analysée ; on les trouvera aussi signalés

dans les études de Mulder et de Nagel. En expérimentant un peu rapidement, on pourra éviter en grande partie ces mouvements.

89. Influence d'une perception erronée de la verticalité du corps. — Lorsqu'on voyage en chemin de fer, on constate parfois que les lignes réellement verticales que l'on aperçoit en dehors du wagon paraissent inclinées. L'illusion peut être très marquée à l'égard de cheminées d'usines, de monuments élevés, par exemple d'églises. Parfois l'illusion peut s'expliquer simplement par la présence dans le voisinage de l'objet où elle se manifeste d'un autre objet élevé, réellement incliné, formant, par conséquent, un angle avec le premier ; c'est ainsi que je constate, sur une route où j'ai l'habitude de voyager, étant d'ailleurs à pied, qu'un clocher d'église me parait incliné parce que sa direction forme un angle aigu avec celle d'arbres très élevés qui en sont peu éloignés.

Mais, en général, l'illusion, lorsqu'on voyage en chemin de fer, a une autre cause. Elle ne se produit qu'aux courbes; or, en ces endroits, l'un des rails, afin de compenser l'action de

Fig. 53.

la force centrifuge, est plus élevé que l'autre ; par conséquent^ le wagon où nous sommes assis et nous-mêmes sommes un peu inclinés latéralement. Or, nous n'avons pas conscience de cette inclinaison ou nous la supposons moindre qu'elle n'est en réalité ; croyant donc notre corps toujours vertical ou à peu près vertical, nous éprouvons l'illusion que ce sont les objets extérieurs, réellement verticaux, qui se sont inclinés (1).

On constatera probablement une illusion analogue en sasseyant sur une chaise ou en mordant une planchette légèrement inclinées, mais dont on ignorera l'inclinaison, el en essayant alors de placer vertical un fil isolé. Le mot inclinées doit d'ailleurs être pris ici, lorsqu'il s'agit de certaines personnes qui ont l'habitude de pencher latéralement la tète, dans un sens relatif, c'est-à-dire dans le sens d'inclinées par rapport à la position qu'elles donnent d'ordinaire à leur tête, quand elles regardent droit devant elles.

D'après une autre explication, l'illusion qui se produit ainsi, quand nous tournons en cercle tiendrait à ce que l'œil exécuterai! des mouvements inconscients de torsion. Breuer et Kreidl ont fait à ce sujet des expériences: l'observateur tournait autour d'un axe vertical, et était a-sis à quelque «lislance de cet axe; la tête était immobilisée, et l'axe de rotation et le visage étaient dans un même plan. Ils ont constaté entre autres laits que, pendant la rotation, sous l'influence de la force centrifuge, on éprouve la sensation permanente d'être penché en dehors; en même temps, il y a torsion des yeux, et les méridiens primitivement verticaux des yeux s'inclinent vers l'axe de rotation. Ils expliquent par celte inclinaison des méridiens de^ veux l'erreur (pie l'on commet dans l'appréciation visuelle <le la verticalité pendant ces expériences et, en général, lorsqu'on tourne d'une manière semblable en cercle; la torsion qu'ils ont constatée dans leurs expériences a élé de 7° à tt° environ ; or, des déterminations faites antérieurement, dans les mêmes conditions, sur un grand nombre de personnes, avaient donné comme moyenne une inclinaison apparente de la verticale visuelle de 8°,5; il y a donc concordance entre les deux chiffres; l'angle formé parla direction résultante, pendant la rotation, avec la verticale réelle, était d'ailleurs de i',°.

Malgré la concordance des deux premiers des chiffres qui viennent d'être cités, il est difficile d'admettre l'explication

* (i Pour dos illusions semblables, produites expérimentalement, voir : Mach, Grundlinien (1er Lehre von den Bewegungsempfindunqen, iS;r>, p. 27; J. Breuer und A. Kreidl, Ueber die schèinbare Drénung do* Gesichtsfeldes wàhrend der Einwirkung einer Centrifuyalkraft,'Pflûgêr,s Archiv, 1898, Bd. 70, pp. !|94-5iO, et divers travaux antérieurs cités par eux.

proposée ; dans celle explication, il n'est nullement tenu compte, en eiï'ct, de l'illusion que celui qui tourne éprouve relativement à la verticalité de son propre corps; or, on ne peut guère supposer que cette illusion n'ait exercé aucune influence sur l'appréciation visuelle de la verticalité.

Pour expliquer l'illusion qui peut se produire, dans des expériences comme celles de Breuer et de Kreidl, relativement à la verticale visuelle, il faut, en somme, tenir compte non seulement des torsions des yeux, mais encore, et principalement peut-être, du fait qu'on éprouve l'illusion d'avoir le corps et la tèle penchés latéralement en dehors. On croit la tête inclinée latéralement dans un sens d'une assez faible quantité, et, comme il arrive d'ordinaire quand elle est ainsi inclinée, il se produit une torsion des yeux en sens inverse; si l'inclinaison de la tête était réelle et n'était pas trop considérable, il n'y aurait pas d'illusion sur la verticalité, ou du moins l'illusion serait faible, ainsi qu'on peut le constater en observant dans l'obscurité une ligne lumineuse; mais, comme la tête, en réalité, n'est pas inclinée, il se produit l'illusion que les objets réellement verticaux sont inclinés précisément dans le sens où on la croit inclinée.

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