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PROPRIÉTÉS SPATIALES DES IMAGES CONSÉCUTIVES

Les images consécutives dont il s'agit ici sont principalement celles que Ton observe lorsque, après avoir fixé pendant quelque temps un objet, on détourne les yeux et on dirige le regard vers quelque autre objet ; elles apparaissent dans la direction du nouvel objet que Ton fixe et souvent à la surface même de cet objet. Ces images consécutives peuvent s'observer aussi, comme on le sait, les yeux fermés ou dans une obscurité complète.

140. Grandeur. — Lorsqu'on projette une image consécutive à la surface d'un objet connu, elle prend la grandeur apparente de la partie qu'elle occupe sur cette surface. La même image présente donc des grandeurs apparentes diverses selon que l'objet est plus ou moins éloigné ; si on fixe pendant quelque temps une pièce d'argent bien éclairée, de manière à en obtenir une image consécutive nette, et si on projette ensuite l'image sur une feuille de carton qu'on tient entre les mains, on observe facilement que l'image paraît croître ou diminuer suivant qu'on éloigne ou qu'on rapproche le carton.

On a contesté que le principe que la grandeur apparente des images consécutives dépend de la distance de l'objet sur lequel on les projette ait une valeur absolue. Emmert décrit à ce sujet, d'après von Zehender, l'expérience suivante (1) : « Si, dans l'expérience sur l'image consécutive, je fixe un mur éloigné et si je glisse ensuite lentement, pendant que je con-

(1) Emmert, Grôssenverhâltnisse der Nachbilder, Klin. Monatsbl. Augenheilk., Jahrg. XIX, p. 45i.

tinue ainsi de fixer, une feuille de papier à une distance quelconque (par exemple 3ocm) entre mes yeux et le mur, l'image consécutive, qui apparaît maintenant sur le papier, conserve exactement la grandeur qu'elle avait sur le mur. D'après ce que j'ai observé, le mieux est de faire avancer de bas en haut par exemple la feuille de papier seulement dune quantité telle qu'une partie de l'image consécutive continue de se projeter sur le mur fixé, parce qu'autrement on est facilement porté à fixer le papier. » Cette dernière remarque permet de supposer que, lorsque, dans l'expérience citée, on ne constate pas de changement de grandeur de l'image consécutive, cela tient simplement à ce qu'en réalité on fait abstraction de la feuille de papier qu'on a interposée entre le mur et l'observateur ; si, au contraire, on suppose l'image projetée sur elle, on trouvera qu'elle paraît plus petite que lorsqu'elle est projetée sur le mur.

Lorsqu'on projette, les yeux ouverts, une image consécutive sur un fond uniforme, par exemple sur le ciel uniformément bleu, ou lorsqu'on observe cette image dans l'obscurité complète ou encore les yeux fermés, sa grandeur apparente dépend de celle de l'image rétinienne qui la produit et de la distance apparente à laquelle on la projette. Ainsi, en regardant vers le ciel uniformément bleu, je puis voir une image consécutive du soleil grande comme une pièce d'un franc ou à peu près grande comme le soleil lui-même, suivant que je me la représente à peu de dislance de moi ou à la distance ordinaire de la voûte céleste. J'observe les mêmes variations de grandeur des images consécutives dans l'obscurité en regardant imaginairement à diverses profondeurs. Je les constate encore, quoique plus difficilement, les yeux fermés, en me représentant vivement diverses profondeurs et en faisant converger mes yeux en conséquence. Si, après avoir projeté une image consécutive sur une feuille de carton que je tiens entre les mains, je ferme les yeux, je remarque que l'image croît ou décroît lorsque j'éloigne ou rapproche de moi le carton; je me sens en elî'et porté à projeter imaginairement l'image à la profondeur du carton, et il se produit en conséquence les mêmes variations de grandeur de limage que si mes yeux étaient restés ouverts et fixés sur la surface du carton .

Il résulte de ce qui précède qu'on ne peut, d'une manière absolue, se poser la question de la grandeur des images consécutives les yeux fermés, puisque cette grandeur varie avec la profondeur où on se les représente projetées. Il est vrai qu'on pourrait supposer que, les yeux fermés, on projette toujours les images consécutives à la même profondeur. Une observation de v. Zehender autoriserait cette supposition. Il a constaté en effet qu'un disque de io'm de diamètre, consi-

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déré d'une distance de 5m, produisait, les yeux fermés, une image consécutive de 3o-35mm de diamètre, et que la distance apparente de cette image était d'environ 2m ; au contraire, lorsque ce disque était considéré d'une distance de 5ocm, l'image consécutive, les yeux fermés, paraissait plus grande que l'objet (1).

Mais le résultat précédent n'est pas constant. Emmert en effet a trouvé l'image consécutive plus petite que l'objet au début, mais, au bout de quelque temps d'observation, les yeux fermés, elle lui a toujours paru avoir la même grandeur que l'objet.

Toutefois, Mayerhausen, expérimentant avec quatre disques blancs en carton de icm, de 2crn, de 4cm, et de 8cm de diamètre, vus sur un fond de velours noir et placés à 5m, 4m, 3m, 2™, im, om,5o, om,4o, om,3o, om,20 et om,io, est arrivé, concernant la grandeur apparente des images consécutives, lorsque les yeux sont fermés, au même résultat que v. Zehender. Les principales de ses conclusions sont les suivantes :

Les yeux fermés, le diamètre de l'image consécutive est d'autant plus grand que la distance d'où l'objet a été considéré est moindre ; — les images consécutives d'objets de diverses grandeurs sont entre elles pour toutes les profondeurs comme les grandeurs des objets; — lorsque l'objet se trouve à une profondeur d'environ 2m, l'image consécutive est égale en grandeur à l'objet; — lorsque l'objet se trouvait à une profondeur de 3ocm, l'image -consécutive avait pour Mayerhausen un diamètre double de celui de l'objet ; — lorsque l'objet était à im ou 2m de lui, la profondeur apparente de l'image consécutive était pour lui sensiblement la même que celle de l'objet ; pour toute autre distance de l'objet elle était plus grande ; — on peut donc conclure qu'à l'état de veille, les yeux fermés, les axes optiques, lorsque, pendant un certain temps, il ne s'est pas produit de mouvements volontaires, sont dirigés vers un point dont la distance pour différents individus n'est pas exactement la même, mais est néanmoins voisine de 2m (2). On remarquera que cette dernière conclusion s'accorde mal avec celle qui précède.

Pour moi les résultats ont été les mêmes quand j'observais l'image consécutive dans l'obscurité les yeux ouverts, ou quand je l'observais au jour les yeux fermés. Je me bornerai donc à rapporter ceux que j'ai obtenus en observant dans l'obscurité les yeux ouverts. L'objet qui me servait à produire l'image consécutive était un cercle lumineux de 4em de diamètre, éclairé par une petite lampe électrique. Après avoir

(1) Von Zehender, Anleitung zum Siudium der Dioptrik, i856 ; cité par G. Mayerhausen, p. 26 (v. plus loin).

(2) G. Mayerhausen, Ueber die Grôssenverhàltnisse der Nachbilder bei geschlossenen Lidern, Graefe's Archiv, i883, Bd. 29 (2), p. 42ss.

fixé pendant un temps suffisant le centre du cercle, j'éteignais la lampe et j'observais l'image consécutive. La tête était immobilisée. Le cercle étantplacé àom,25 demesyeux, l'image consécutive me paraît de même grandeur que le cercle. Lorsqu'il est à om,5o, elle me paraît un peu plus petite ; après avoir observé le cercle placé à cette dernière distance, je me lève et regarde vers le fond de la salle, éloigné de moi de 7 à 8m ; comme il y a obscurité complète, je ne puis diriger ainsi le regard vers le fond de la salle qu'imaginairement ; l'image consécutive s'agrandit néanmoins considérablement; en outre, elle conserve son agrandissement lorsque je ferme ensuite les yeux. Lorsque le cercle est à im, l'image consécutive me paraît également un peu plus petite que l'objet ; je constate en outre que je puis la rapetisser en faisant croître la convergence. Lorsque le cercle est à 2m, l'image me paraît également pins petite que l'objet ; la différence de grandeur est incontestable, quoiqu'elle soit encore peu considérable. Lorsque le cercle est à 3m, le diamètre de l'image me paraît de 1/4 environ inférieur à celui de l'objet. La différence croît un peu lorsque je place l'objet successivement à 4m> 5m et 6m ; néanmoins, le diamètre de l'image me paraît encore égaler à peu près les 2/3 de celui de l'objet lorsque celui-ci est à 6m. En somme, pour les profondeurs considérées de l'objet, et à l'exception de la profondeur de om,25, pour laquelle l'image me parait de même grandeur que l'objet, l'image est plus petite que l'objet r et la différence croît avec la profondeur ; quant à la profondeur apparente à laquelle était projetée l'image, elle différait peu de celle à laquelle je voyais l'objet lorsqu'il était visible ; toutefois j'ai remarqué, lorsque l'objet était à 4m et au delà, que je projetais l'image moins loin que l'objet ; donc, pour les profondeurs les plus considérables de l'objet, on doit admettre que la différence de profondeur apparente entre l'image et l'objet a contribué à faire paraître l'image plus petite que l'objet ; mais, pour les petites profondeurs de l'objet, la différence de grandeur en question avait une autre cause ; en effel , cette différence se constatait également quand j'observais l'image projetée à côté de l'objet maintenu visible et quand manifestement l'image m'apparaissait à la même profondeur que l'objet. Dans ce cas, la différence était due. je crois, à ce que l'image rétinienne, par suite des mouvements involontaires des yeux et aussi du fait que la fatigue rétinienne se répare plus Yiic à la périphérie de la rétine qu'au centre, était peu intense sur les bords ; en conséquence, ces bords, jusqu'à une certaine distance en se rapprochant du centre de l'image, n'étaient pas perçus. A l'appui de cette supposition, je citerai le fait que l'image consécutive, lorsque j'en observais la disparition progressive, se rétrécissait peu à peu, et que la partie centrale de l'image cessait la dernière d'être visible.

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Quant aux conclusions finales à tirer de l'ensemble des résultats assez peu concordants qui viennent d'être cités, elles doivent être, semble-t-il, les suivantes : il existe probablement des différences individuelles marquées concernant la grandeur des images consécutives lorsqu'on les observe les yeux fermés ; — il en existe également concernant la profondeur à laquelle on les projette ; — toutefois, on est porté naturellement à les projeter à une petite distance, qui pour certains est d'environ 2m ; — on peut d'ailleurs, avec pfus ou moins d'effort, modifier volontairement cette profondeur et en conséquence la grandeur des images.

141 . Position et direction. — Les images consécutives nous paraissent avoir la même position et la même direction que les objets sur lesquels nous les projetons. Ainsi, l'image consécutive d'une ligne droite parait horizontale si on la projette sur une ligne horizontale, verticale si on la projette sur une ligne verticale. D'autre part, si, après avoir fixé, la tête étant droite, une ligne horizontale située à la hauteur des yeux et obtenu une image consécutive nette de cette ligne, on essaie ensuite, en maintenant la tête droite, de projeter l'image en haut et à droite, par exemple, sur une autre ligne horizontale, l'image consécutive coupera la ligne, et, comme celle-ci continuera d'être vue horizontale, l'image paraîtra inclinée ; on a vu le fait se produire en étudiant les mouvements des yeux. Si on projette la même image sur une ligne horizontale en penchant à droite ou à gauche suffisamment la tête pour que la ligne et l'image se coupent à angle droit, la ligne continuera de paraître horizontale, tandis que l'image paraîtra verticale ; c'est du moins €e qui arrivera au jour, en présence de nombreux objets connus. Dans l'obscurité, une ligne lumineuse horizontale cesserait, comme on l'a vu, de paraître exactement horizontale, si on penchait fortement la tête en l'observant, et par conséquent une image consécutive qui lui serait perpendiculaire cesserait aussi de paraître verticale.

A l'égard d'une ligne réelle, nous corrigeons toujours, comme on l'a vu, l'effet des inclinaisons île la tête, dans la mesure où nous percevons ces inclinaisons. Cette correction ne s'exerce pas par rapport aux images consécutives : ainsi l'image consécutive d'une ligne verticale paraît à peu près horizontale, lorsqu'on penche la tête à droite ou à gauche de 900.

Quand on observe les images consécutives les yeux fermés ou les yeux ouverts, dans l'olDScurité, ou encore en les projetant sur un fond uniforme, tel que le bleu du ciel, leur direction apparente peut n'être pas exactement la même que lorsqu'on les observe projetées sur des objets de direction connue. C'est ainsi que, dans l'obscurité, l'image consécutive d'une croix observée dans la position primaire du regard ne

subit pas de déformation lorsqu'on la projette par exemple en haut et à droite, et, par conséquent, comme la croix tout entière paraît s'incliner à droite, la branche horizontale paraît s'abaisser par son extrémité droite et s'élever par son extrémité gauche, tandis que c'était l'inverse qui avait lieu quand on projetait l'image sur les lignes horizontales et verticales d'un plan. Dans ce cas, la forme de l'image consécutive n'est pas influencée par la comparaison avec celle d'un objet réel. On peut répéter dans l'obscurité, ou les yeux fermés, avec une image consécutive, l'expérience d'Aubert. Si on observe, de manière à en obtenir une image consécutive nette, une ligne brillante verticale, et si on ferme ensuite les yeux, on constate, en effet, en penchant la tête, qu'il faut la pencher de plus de 900 pour que l'image consécutive paraisse horizontale. En expérimentant dans l'obscurité, les yeux ouverts, avec une ligne lumineuse verticale que je pouvais faire disparaître à volonté, et que je considérais d'abord la tête droite, j'ai constaté qu'il me fallait pencher la tête d'environ i5o° à droite, pour que, la ligne ayant disparu, l'image consécutive me parût horizontale ; lorsque je ne la penchais que de i35°, l'image me paraissait encore monter un peu de gauche à droite. En observant, la tête droite, la ligne inclinée à droite de 260, c'est-à-dire d'une quantité égale à l'erreur que je commets en moyenne, lorsque j'essaie, dans l'obscurité, de placer verticale une ligne lumineuse pendant que j'ai la tête penchée de 900, j'ai trouvé, comme il était à prévoir, que l'image consécutive, après la disparition de la ligne, me paraissait horizontale, lorsque j'avais la tête penchée d'environ 900.

142. Formes. — Les formes des images consécutives sont aussi, quand on les projette sur des objets connus, celles qu'elles dessinent sur ces objets. Si on observe un carré de carton disposé perpendiculairement à la direction du regard, et si on projette ensuite l'image consécutive du carré sur un mur qui ne soit pas perpendiculaire à cette direction, on constatera, à la condition toutefois que le plan de l'image et celui du mur paraissent exactement coïncider, que l'image consécutive n'aura plus la forme d'un carré ; si elle conserve cette forme, c'est que son plan paraîtra perpendiculaire à la direction du regard et formera par conséquent un angle avec celui du mur.

Des déformations variées peuvent se constater lorsqu'on projette les images consécutives non plus sur des plans, mais par exemple sur deux murs conligus, de manière qu'une partie de l'image soit vue sur l'un des murs et le reste sur l'autre, ou sur des surfaces plus complexes encore. 11 n'est pas rare toutefois qu'alors l'image consécutive ne s'adapte pas exactement à la surface considérée ; elle peut rester comme suspen-

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due en l'air dans l'angle des deux murs sur lesquels on veut la projeter, et alors conserver la forme de l'objet ; c'est ce qui se produit facilement si les deux murs sont peu éclairés.

On doit à Volkmann des recherches assez étendues sur les déformations et les changements de direction apparente que fait subir aux images consécutives l'obliquité des plans sur lesquels on les projette. Tantôt il se servait d'images consécutives proprement dites, tantôt il remplaçait celles-ci, afin de pouvoir prolonger davantage l'observation, parles images de fils placés à l'une des extrémités d'un tube, large de 1 pouce et long de 2 ; l'autre extrémité du tube était pourvue d'un diaphragme et d'une petite ouverture. Le peu d'éloignement des fils par rapport à l'œil fait qu'on perçoit dans ces conditions comme une ombre des fils plutôt que les fils mêmes, et le faible diamètre de l'ouverture par laquelle on regarde a pour effet de rendre les images nettes.

Dans la plupart de ses expériences, Volkmann maintenait la tête immobile et projetait les images sur un plan pouvant tourner autour d'un axe horizontal ou d'un axe vertical passant par son centre. Dans le premier cas, le bord supérieur, dans le second cas, le bord droit, par exemple, s'éloignait ou se rapprochait de l'observateur. Il pouvait aussi faire tourner le plan autour des deux axes à la fois, et obtenir ainsi des positions complexes, par opposition aux positions simples résultant du mouvement autour de l'un seulement des deux axes.

Les résultats qu'ils a trouvés sont ceux qui peuvent se déduire de la loi générale que les images consécutives prennent la forme et la direction apparente des étendues qu'elles occupentsurles surfacessur lesquelles on les projette. lia constaté, en effet, en projetant l'image d'une croix, les phénomènes suivants : les bras delà croix paraissent toujours se couper à angle droit, et l'image de la croix reste verticale comme l'objet lui-même, lorsque la position du plan sur lequel on projette l'imageestune position simple ; au contraire, lesbrasdela croix cessent de former entre eux des angles droits, et l'image de la croix paraît s'incliner, lorsque la position du plan est une position complexe. Volkmann a constaté encore ces derniers phénomènes par l'intéressante expérience suivante : après avoir scié, sous un angle de 45°, un cylindre, et avoir fixé sur la section elliptique ainsi obtenue un plateau blanc, il a projeté l'image sur ce plateau, pendant que le cylindre tournait autour d'un axe horizontal ; il a constaté alors que, lorsque le mouvement était lent, la forme de la croix changeait continûment, et qu'il en résultait l'apparence d'un mouvement des bras de la croix. Dans ces expériences, il était, naturellement, nécessaire que l'observateur perçût la position du plan sur lequel il projetait l'image; s'il cessait de la per-

cevoir, comme il arrivait, par exemple, lorsqu'il regardait avec un œil le plateau au travers d'un tube qui n'en laissait apercevoir qu'une partie, il ne constatait plus de déformation de l'image. D'ailleurs, d'après Volkmann, il suffit qu'on ait l'illusion d'une position complexe du plan de projection pour que la déformation se manifeste : ainsi, en dessinant, conformément aux lois de la perspective, un tableau dont le bord gauche et le bord supérieur lui paraissaient respectivement plus éloignés de lui que le bord droit et le bord inférieur, et en rendant plus sensible l'illusion par le moyen d'une inscription dont les lettres avaient elles-mêmes chacune la forme exigée par les lois de la perspective, il a pu constater que l'image consécutive d'une croix, projetée sur ce tableau, y présentait les mêmes déformations que si. son obliquité eût été réelle (1).

143. Mouvements. — Les images consécutives d'objets immobiles suivent les mouvements des yeux et paraissent donc se mouvoir lorsque les yeux se meuvent ; ce principe se vérifie soit que les mouvements des yeux soient volontaires ou qu'ils soient involontaires, comme dans le vertige ; il est à remarquer toutefois que souvent, dans le cas d'un mouvement volontaire, l'image consécutive disparaît pendant le mouvement et ne redevient visible qu'après qu'il est effectué ; cette disparition est la règle lorsque le mouvement est très rapide.

Lorsque les yeux restent fixes, les images consécutives d'objets immobiles peuvent encore présenter des mouvements apparents, si on les projette sur des objets en mouvement. Des expériences de Volkmann qui le prouvent ont été mentionnées au paragraphe précédent. Une expérience très simple consistera à obtenir une image consécutive d'une ligne horizontale et à la projeter sur un carton qu'on tiendra à la main et sur lequel on aura tracé une ligne verticale : lorsqu'on élèvera ou abaissera le carton, on verra l'image se mouvoir en sens opposé ; de même lorsqu'on fera tourner le carton dans son plan. L'expérience réussit bien lorsquela vitesse du mouvement imprimé au carton est modérée. Dans certains cas elle ne réussit pas : ainsi, <i je me représente l'image consécutive comme plus éloignée que le carton et vue au travers et si je l'observe en même temps très attentivement, elle me parait rester immobile lorsque j'abaisse ou élève le carton ou lorsque je le fais tourner dans son plan ; je trouve celU> dernière expérience particulièrement facile lorsque j'observe, pour obtenir une image consécutive, un objet qui soit en fait plus éloigné que le carton, par exemple les montants d'une fenêtre ; je puis alors me représenter sans effort l'image con-

(i) Volkmann, Plysiol. L'nhrs. im Chbiete chr Oplikyp. i3g

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sécutive comme située à la même profondeur que la fenêtre, c'est-à-dire au delà du carton, et il m'est également facile de conserver nette la notion de la verticalité de l'image, c'est-àdire de ne pas éprouver l'illusion d'un mouvement d'inclinaison latérale de l'image lorsque je fais tourner le carton dans son propre plan.

144. Images consécutives de mouvements. — Lorsqu'on a observé pendant un temps très court, moindre qu'une seconde, un objet en mouvement et qu'ensuite on ferme les yeux, on perçoit pendant quelque temps encore une image du mouvement ; dans cette image, le mouvement conservela direction qu'il avait dans l'objet même (1). Il s'agit là, probablement, moins d'une image consécutive proprement dite que de ce que Fechner a appelé une image consécutive de souvenir (Erinnerungsnachbild) et qu'on pourrait appeler encore plus simplement souvenir immédiat ou représentation immédiate. Le souvenir immédiat consiste en effet en ce que, après une perception sur laquelle l'attention s'est vivement fixée pendant quelques instants, on continue d'éprouver plus ou moins longtemps, avec une grande vivacité, la perception primitive ; ainsi, après avoir fermement fixé un mot écrit, si on ferme les yeux, on continue de le voir pendant un certain temps ; de même, après avoir entendu une série de syllabes ou de mots, on peut continuer de les entendre pendant quelques instants et les répéter sans faute, s'ils n'ont pas été trop nombreux. Ces phénomènes ressemblent beaucoup à de véritables phénomènes d'imagination et de souvenir; je constate en effet que je puis, à peu près avec la même netteté, voir de souvenir soit le mouvement auquel j'ai fait attention un instant, soit un mouvement analogue dont j'évoque l'image visuelle en exécutant avec la main le mouvement, les yeux fermés.

D'autres phénomènes qu'on a rangés aussi parmi les images consécutives de mouvements sont ceux qui se produisent quand on a observé pendant quelque temps un mouvement et qui consistent en ce qu'on voit alors l'objet devenu immobile ou quelque autre objet immobile sur lequel on dirige le regard prendre un mouvement apparent en sens inverse. On constate facilement ces phénomènes en observant une spirale tracée sur un disque rotatif; la spirale prend, suivant le sens dans lequel tourne le disque, un mouvement apparent de contraction ou de dilatation ; or, si elle paraissait avoir, pendant la rotation du disque, un mouvement de contraction, elle paraît au contraire, après arrêt du disque, prendre un mouvement de dilatation, et inversement. Le mouvement illusoire qu'on peut constater par de telles expériences, après la ces-

(1) L^W. Stera, Die Wahrnehmung von Bewegungen.p. 33.

sation du mouvement réel, est beaucoup plus lent, si on l'observe quelque temps après le mouvement primitif, que celuici ; — il faut, toutefois, remarquer que la vitesse apparente du mouvement de l'image consécutive dépend de la distance du fond sur lequel on la projette, et qu'elle croît à mesure que croît cette distance ; — mais, si on l'observe tout de suite après avoir cessé de regarder l'objet, on remarque qu'il est très rapide. Le phénomène complet consiste donc en un mouvement apparent de sens contraire à celui du mouvement primitif, et ce mouvement apparent, très rapide au début, se ralentit peu à peu. Lorsque ce mouvement succède à un mouvement réel lent, il me semble au début plus rapide que le mouvement réel lui-même. J'ai observé très nettement cette image consécutive animée d'un mouvement rapide au moyen d'un disque noir portant vingt-quatre rayons blancs de 5mm de largeur ; je faisais tourner assez lentement ce disque au moyen d'un mécanisme d'horlogerie et j'en fixais le centre, puis je fermais brusquement les yeux et j'apercevais alors une poussière lumineuse animée d'un mouvement de rotation d'abord très rapide, puis de plus en plus lent ; on pourra constater d'ailleurs les mêmes phénomènes sans fermer les yeux, en dirigeant brusquement le regard sur la surface d'une table, par exemple. Le mouvement apparent se produit soit lorsqu'on a fixé l'objet en mouvement, soit lorsqu'on en a fixé un autre. Il ne se constate que par rapport aux objets vus par la région de la rétine primitivement impressionnée, ce qui prouve qu'il s'agit ici d'un phénomène essentiellement rétinien. Si donc on a fixé l'objet en mouvement et si ensuite on fixe quelque point d'un autre objet immobile de plus grande étendue, le mouvement apparent ne se constatera que dans la région voisine du point fixé. Si, au lieu de fixer d'abord l'objet en mouvement, on dirige le regard vers un point situé à quelque distance, on constatera également que le mouvement apparent ne se produira que dans une région du champ visuel située par rapport au point fixé ensuite comme l'était l'objet en mouvement par rapport au point primitivement fixé ; le mouvement apparent ne s'observera donc plus que dans la vision indirecte. C'est ce qu'on peut facilement vérifier en faisant tourner un disque recouvert de figures quelconques et en fixant, pendant la rotation, un point situé par exemple à droite du disque ; lorsque ensuite, la rotation ayant cessé, on dirigera le regard vers un point quelconque du champ visuel, on ne constatera pas de mouvement apparent autour de ce point ; même si on fixe un point du disque, celui-ci paraîtra immobile. Au contraire, il y aura mouvement apparent dans la région du champ visuel située par rapport au point fixé comme l'était primitivement le disque. On peut rapprocher des images consécutives de mouve-

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ment les mouvements apparents des objets qu'on observe dans le vertige. Lorsqu'on a tourné quelque temps, même les yeux fermés, sur soi-même, on constate, en reprenant l'immobilité, que les objets immobiles vers lesquels on dirige le regard paraissent animés de mouvements saccadés ; ils paraissent éprouver une série de secousses qui alternativement les poussent d'un côté, puis les ramènent de l'autre, sans les écarter jamais beaucoup de leur position réelle. A mesure que l'équilibre se rétablit, ce mouvement saccadé fait place à un mouvement apparent continu des objets en sens inverse du mouvement que Ton a effectué. Après avoir ainsi tourné sur soi-même, on constate un trouble général de l'innervation motrice, une difficulté à conserver son équilibre qui indiquent qu'il s'agit ici d'un. trouble général des mouvements et non d'un simple phénomène rétinien. L'explication de ce trouble des mouvements est probablement la suivante : quand nous tournons sur nous-mêmes, il se produit une surexcitation des organes nerveux contenus dans les canaux semi-circulaires ; lorsque le corps redevient immobile, cette surexcitation persiste pendant quelque temps et fait exécuter aux yeux par exemple des mouvements dirigés dans le même sens que le mouvement de rotation effectué tout d'abord ; en même temps, il y a tendance à ramener le regard dans la direction du point qu'on veut actuellement fixer ; de là ces mouvement saccadés apparents des objets. Les mouvements continus des objets qui terminent le vertige et la disparition des secousses sont probablement dus à ce que les mouvements des yeux dans le sens de la rotation primitive deviennent trop lents et trop peu étendus pour provoquer d'énergiques innervations correctrices .

L'existence de ces mouvements des yeux, après qu'on a tourné sur soi-même, peut être facilement constatée par le moyen d'images consécutives. Ainsi, qu'on fixe d'abord longtemps quelque figure afin d'en obtenir une image consécutive nette, puis qu'on tourne rapidement pendant quelque iemps, on constatera, lorsqu'on se sera arrêté, des mouvements très marqués de l'image consécutive dans le sens du mouvement effectué, surtout si on projette cette image sur un mur uniforme. En maintenant les yeux fermés pendant et après la rotation, j'ai constaté alors non plus un mouvement apparent, mais une position apparente différente de l'image avant et après la rotation ; l'image qui, avant la rotation, paraissait médiane comme l'objet qui avait servi à la produire, me paraissait, après la rotation, à droite, si j'avais tourné à droite, et à gauche, si j'avais tourné à gauche ; ce fait indique encore une innervation persistante des mussles des yeux (1).

(i) On peut constater, après qu'on a tourné 3jr ? oi-mèmc, d'autres

On pourrait se demander si les images consécutives de mouvement qui se produisent losqu'on a regardé quelque temps un objet en mouvement ne seraient pas dues elles-mêmes à des mouvements des yeux. Cette hypothèse est réfutée par l'expérience suivante. On place un disque devant un fond uniforme, sur lequel sa couleur tranche, afin de pouvoir obtenir facilement une image consécutive de ce disque ; sur ce disque sont tracés des rayons destinés à rendre son mouvement nettement perceptible. Lorsqu'on a fixé quelque tempsle centre du disque en mouvement, on perçoit, les yeux fermés, et mieux encore les yeux ouverts, une image consécutive du disque tout entier, et cette image tourne en sens inverse du mouvement primitif ; en outre, le mouvement de cette image est continu et non pas saccadé -comme il arrive dans le cas où on a tourné sur soi-même, et, de plus, si l'observation du disque a été prolongée, l'image peut paraître exécuter un tour entier et même davantage, ce qui ne peut évidemment s'expliquer par un mouvement des yeux. D'ailleurs j'ai vérifié, par une autre expérience, que, quand on a ainsi fixé exactement le centre du disque, il ne se produit pas de mouvements des yeux. Je me suis d'abord donné une image consécutive d'une ligne verticale, puis j'ai projeté cette image sur le disque en mouvement ; j'ai pu constater ainsi, d'abord, que mes yeux ne quittaient pas le centre du disque et n'exécutaient aucune torsion, attendu que l'image consécutive gardait une position et une direction constantes sur le disque en mouvement ; de plus, après avoir obtenu une image consécutive du disque lui-même, j'ai constaté encore d'une part la rotation apparente de cette image, d'autre part l'absence de tout mouvement de l'image consécutive de la ligne verticale, laquelle gardait sa direction verticale au milieu de l'image consécutive du disque. On peut donc considérer comme démontré qu'il existe des images consécutives de mouvement purement rétiniennes (1).

145. Profondeur. — Projetées à la surface d'objets connus, les images consécutives apparaissent à la distance de ces objets et tendent à en prendre le relief. Toutefois, il peut arri-

mouvemcnts que ceux des yeux, par exemple des mouvements des mains ou de la tête. Ainsi, qu'on tienne entre les doigts un crayon, puis, après avoir tourné rapidement pendant un temps assez long sur soi-même, qu'on essaie de placer la pointe du crayon juste devant un point marqué sur un mur, sans toutefois toucher le mur. ot on verra la pointe du crayon fuir dans le sens de la rotation effectuée. Pour la tète, on tiendra le crayon ou quelque objet analogue entre les dents. (1) Une démonstration analogue à là précédente a été faite per Dvorak, au moyen de spirales [Ifeber die ÏVachbilder von Reizverânderungen, Sitzùngsber. d. Wiener Akad.JM. 61; cité par Mach, Grundlinien der Lehrevon den Bewegungsempfindungen, p. Go).

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