IMAGES CONSÉCUTIVES
ver assez facilement, lorsque l'image consécutive est celle d'un objet complexe, par exemple dune fenêtre, et même lorsqu'elle est celle d'un objet simple tel qu'une ligne droite, qu'elle soit considérée comme une sorte d'objet, que l'objet sur lequel on veut la projeter apparaisse comme par transparence derrière elle, et qu'elle ne s'adapte pas à sa surface.
Les images consécutives apparaissent aussi à des distances
Plus ou moins nettement définies lorsqu'on les observe dans obscurité ou les yeux fermés, c'est-à-dire sans les projeter sur aucun objet. Dans ce cas, la représentation de la distance des objets qui ont servi à les produire peut contribuer à déterminer la leur. Mais d'autres conditions encore interviennent, comme le prouve le fait cité précédemment que certains observateurs projettent les images consécutives, quelle que soit la distance des objets, à une distance à peu près constante. On a vu aussi qu'en se représentant volontairement une profondeur définie et en faisant converger les yeux à cette profondeur, on y projetait l'image consécutive, dont la grandeur apparente se modifiait en conséquence.
Les images consécutives d'objets en relief tendent à perdre tout relief lorsqu'elles sont peu intenses et manquent de netteté ; il en est d'ailleurs à cet égard de même pour les objets réels. Elles présentent au contraire un relief incontestable lorsqu'elles sont très nettes. De même les images consécutives de deux objets inégalement éloignés gardent, si ellessontnett.es, les mêmes relations de profondeur que les objets qui les ont produites ; on constatera aisément le fait en entrouvrant une fenêtre et disposant les deux vantaux de telle manière que l'un des montants soit un peu plus éloigné que l'autre et qu'on aperçoive le ciel entre les deux ; après avoir fixé fermement un point de l'un des montants pendant quelque temps, on fermera les yeux et on observera l'image consécutive produite ; une différence de profondeur entre les deux montants se remarquera alors facilement dans l'image.
Le fait que les images consécutives peuvent présenter un relief a été signalé par Wheatstone (1). Rogers a trouvé qu'on pouvait même obtenir un effet stéréoscopique en produisant une image consécutive dans un œil, puis une autre dans l'autre œil, et en combinant ensuite les deux stéréoscopiquement (2).
Une question finale intéressante se pose à l'occasion de la profondeur apparente des images consécutives. Supposons qu'on ait obtenu une image consécutive d'une ligne verti-
(1) Wheatstone, Contributions to the Physiology of Vision, Philos. Transactions, i838, p. 392.
(2) Rogers, Silliman séjournai (2) XXX, November 1860.
cale, que la ligne, pendant la fixation, ait été vue simple et que, par conséquent, l'image consécutive soit elle-même d'abord simple ; pourra-t-il arriver ensuite que, dans certaines conditions, cette image se dédouble ? Wundt a affirmé que le dédoublement pouvait se produire. Si, dit-il, après avoir fixé une bande verticale étroite, on glisse devant la bande un papier gris de telle manière que son plan soit parallèle à celui de la bande, on aperçoit sur le papier l'image consécutive simple de la bande; mais, si on incline le plan du papier par rapporta celui de la bande, on voit souvent, au lieu d'une seule image, deux images, qui se croisent au point fixé ; Wundt trouve qu'il est avantageux, pour que l'expérience réussisse, de glisser rapidement le papier et de fixer fermement le point; il y a d'ailleurs, * toujours, dit-il, tendance à voir simple, et, lorsque la fusion s'est une fois produite, il n'est plus possible de dédoubler l'image; mais, lorsque l'image est vue simple, elle n'apparaît pas dans le plan du papier, elle semble verticale comme l'objet (1). Volkmann, au contraire, a trouvé que l'image consécutive, dans les conditions mentionnées, ne se dédouble jamais (2). J'ai fait moi-même des observations avec une ligne très brillante et, par conséquent, avec des images consécutives nettes; je n'ai jamais vu une image consécutive simple se dédoubler ni, inversement, deux images comme celles qu'on peut obtenir en fixant, la tête droite, un point d'une ligne droite inclinée, fusionner. J'ai constaté que, lorsque les images consécutives étaient très nettes, elles conservaient la même direction que les objets qui les avaient produites : ainsi, l'image consécutive de la ligne placée verticalement m'apparaissait alors perpendiculaire à une surface horizontale sur laquelle j'essayais de la projeter. J'ai constaté aussi que les images consécutives doubles obtenues en inclinant la ligne lumineuse pouvaient me sembler, projetées sur une surface plus ou moins inclinée que celle qui contenait la ligne, former un angle différent de celui que me paraissaient former les deux images de la ligne ; mais je ne les ai jamais vues fusionner.
146. Cas de fausse localisation d'images consécutives. — Il s'agit ici d'images consécutives positives. La fausse localisation en question a été mentionnée par Mach (3) ; elle a été
(1) Wundt, Beîiràge zar Théorie der Sinneswahrnehmung, 1862, p. 287 ; comparer Physiolog. Psychologie^ 4e Aull.. p. n/>.
(2) Volkmann, Physiologisctie Untersuc hum/en im Gehiele der Optik, p. i46-i58.
(3) Mach. Eeitrâge zur Analyse der Empfindungen, 1886, p. 58. D'après Schwarz (voir ci-dessous), le phénomène auraitété observé déjà par Purkinje (Beobachlungen und Versuche, II. p. 55 ss).
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étudiée surtout par Lipps (1) ; elle consiste en ce que tout objet qui se détache vivement sur ce qui l'entoure semble, quand le regard s'en détourne rapidement dans un sens déterminé, envoyer une traînée, généralement courbe, en sens opposé ; le phénomène se produit aussi lorsque l'objet n'est vu qu'indirectement ; il est facile à constater, la nuit, avec des points lumineux brillants, avec des étoiles, la lune, des lumières placées à une certaine distance, par exemple celles des becs de gaz des rues. Lipps, supposant que le regard se meut de bas en haut d'un objet 0 à un objet P, remarque en outre que le point 0, abstraction faite de la traînée qui s'en détache, paraît aussi d'abord un peu s'abaisser. On a constaté encore les particularités suivantes : dans le cas où le regard se tourne rapidement vers un objet brillant, on perçoit une traînée dirigée dans le sens même du mouvement, c'est-à-dire que, si le regard, pour atteindre l'objet, se meut de bas en haut, la traînée se place au-dessus de l'objet (Cornélius) ; outre la traînée considérée spécialement dans ce paragraphe, on peut constater aussi, un peu plus tard, une autre image consécutive, plus pâle et correctement localisée (Schwarz).
Supposons qu'on observe un point lumineux. Selon Mach, la traînée lumineuse qui apparaît derrière le point lorsqu'on en détourne brusquement le regard est constituée par une image consécutive, dont on n'a conscience qu'à la fin ou vers la fin du mouvement des yeux, et qui est localisée conformément à la position initiale des yeux et non à la position finale.
Lipps admet aussi en principe qu'il s'agit ici d'une fausse localisation d'une image consécutive ; mais il développe ensuite une explication assez obscure du mécanisme de cette fausse localisation, tel qu'il le conçoit. D'après lui, quand le regard va rapidement d'un point à un autre, le chemin parcouru est sous-estimé ; « en même temps, dit-il, je vois pourtant, pendant que j'exécute le mouvement, quelle distance réelle se produit peu à peu entre le point O et le point de fixation. Dans la mesure où la production de cette distance n'est pas due au mouvement de l'œil, elle ne peut résulter que d'un mouvement en sens opposé du point 0 luimême ». Quant au point P vers lequel se dirige le regard, il continue, d'après Lipps, de paraître immobile, parce que, en tant que but, il est considéré par l'esprit comme fixe. Lipps ajoute que la contradiction entre le mouvement apparent
(i) Lipps, Ueber eine falsche Nachbïldlokalisatian, Zeitschr. f. Psychologie, 1890, Bd. 1, p. 60-74. Voir aussi Cornélius, Zur Théorie des riïumlichen Vorstcllens. même revue, 1891, t. 2, p. 164-170: et Schwarz, Bemerhungen ùberdie von Lipps und Cornélius besprochene Nachbilderscheinung, môme revue, 1892, t. 3, p. 398-404.
de 0 vers le bas et le fait que la distance entre O et P paraît être restée la même à la fin du mouvement des yeux qu'au commencement se résoud par l'apparence d'un mouvement de retour du point O vers le haut.
Une explication plus simple et plus vraisemblable, indiquée par Schwarz et peu différente de celle de Mach, est que la traînée en question est localisée pendant le mouvement des yeux comme si le regard restait toujours dirigé vers le point fixé d'abord.
On peut dire encore que la localisation de la traînée dépend de la position vers laquelle l'attention se dirige. Si, dans l'obscurité, on observe un seul point, ce point attire inévitablement l'attention ; donc, quand le regard se meut par exemple de gauche à droite à partir du point,' la traînée apparaît à gauche du point ; celui-ci ne change d'ailleurs pas sensiblement de position apparente, en raison du fait que, quand nous mouvons volontairement les yeux, le déplacement des images sur la rétine ne produit pas « un mouvement apparent des objets,
Quand, toujours dans le cas d'un seul Flgl41- point visibie, le regard revient, de
droite à gauche, vers le point, la traînée continue de se placer à gauche du point; elle se produit en effet pour l'œil à gauche encore de la position qu'aura tout à l'heure le point lumineux lorsque l'œil le fixera. D'ailleurs, je crois que, si on dirige fortement son attention, dans l'obscurité, vers un point imaginaire, on peut, comme avec deux points réels, voir la traînée lumineuse, lorsque le regard se meut du point réel au point imaginaire, se placer entre les deux points.
Dans le cas de deux points lumineux, A et B (fig. i40, quand le regard va de A à B, la traînée produite par A se place entre A et B, et non pas en arrière de A, et celle produite par B se place au delà de B, entre B et le point imaginaire G. Pour se convaincre que la traînée AB appartient à A et non à B, on peut employer deux points lumineux de couleur différente, un vert et un rouge, par exemple, ou, mieux encore, un point discontinu produit par la succession des étincelles fournies par un appareil d'induction et un point continu. Lorsque le regard revient de B à A, la traînée produite par B se place entre B et A. En partant d'en deçà de A, la traînée produite par A se place à gauche de A, dans la région AD (D représente un point imaginaire), et sa convexité, si, comme c'est généralement le cas, elle en présente une, est tournée du même côté que lorsque, en partant de A, on voit la traînée entre A et B.