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CHAPITRE IV

49. Conditions générales dont dépend la perception des formes. — La perception visuelle des formes dépend exclusivement des sensations rétiniennes lorsque l'œil reste immobile, par exemple lorsqu'on éclaire instantanément un objet ou lorsqu'on observe subjectivement l'image des vaisseaux de la rétine ou quelque autre phénomène entoptique présentant une forme définie. Mais, d'ordinaire, l'œil se meut en percevant les formes, surtout si elles ont des dimensions considérables, et alors interviennent, outre des sensations rétiniennes, des sensations tactiles et musculaires, auxquelles il faut ajouter, si la tête elle-même se meut, des sensations articulaires. Je fais abstraction ici des représentations qui peuvent s'ajouter aux sensations considérées.

Le rôle de la sensibilité tactile et musculaire des yeux dans la perception des formes, en raison du peu de délicatesse de cette sensibilité, ne peut pas être très important. On peut se rendre compte de l'infériorité de cette sensibilité à cet égard, si on la compare à la sensibilité de la rétine, en essayant dans l'obscurité de faire parcourir au regard un carré, un cercle, un triangle imaginaire. Si on fait l'expérience avec la tête, on constatera probablement que l'impression éprouvée est assez nette en ce qui concerne le carré, mais qu'elle est relativement confuse pour le cercle et le triangle, et que, dans tous les cas, elle a beaucoup moins de netteté que s'il s'agissait de la rétine ; la différence se remarque surtout si on essaie par ces méthodes de décrire de petites figures. On pourra également s'exercer à tracer ainsi, dans l'obscurité, soit avec les yeux seulement, soit

avec la tête, des figures plus complexes, par exemple des lettres, de£ chiffres : on remarquera probablement toujours que l'impression, surtout pour de petites figures, est moins nette que si on percevait ces figures avec la rétine. On constatera d'ailleurs probablement ainsi, en même temps que des sensations tactiles, des représentations visuelles des figures tracées.

Même lorsqu'il s'agit de très grandes figures, qui nécessitent, pour pouvoir être complètement perçues, d'amples mouvements des yeux et de la tête, il me semble que la sensibilité tactile des yeux et de la tête ne joue encore qu'un rôle secondaire et que la- perception totale de la figure résulte plutôt d'une synthèse des sensations rétiniennes successives que des sensations tactiles. Ainsi, si je me place très près d'un grand mur carré et si je parcours successivement du regard, en faisant pour cela des mouvements de la tête et en commençant à l'un des angles, les quatre côtés, je trouve que ma perception finale comprend essentiellement les sensations rétiniennes que j'éprouve en parcourant le dernier côté et le souvenir immédiat des sensations semblables qui se sont produites pendant que je parcourais les autres côtés.

Le rôle des mouvements des yeux, dans la perception des formes, est le même que partout ailleurs, c'est-à-dire qu'ils n'exercent qu'une action indirecte, celle d'amener les yeux dans la position où ils fonctionnent, à l'égard de l'objet perçu, avec le plus d'exactitude, et d'aviver Tes impressions rétiniennes par les changements qu'ils produisent. Ils peuvent aussi entraîner quelques modifications dans les formes apparentes perçues, mais cela encore n'a lieu que d'une manière indirecte. D'ailleurs, leur action dans ce sens est très limitée et ne peut s'exercer en général que lorsqu'ils sont involontaires; il en est ici en effet des formes comme des mouvements : on a vu que les mouvements volontaires des yeux ne s'accompagnent pas de mouvements apparents des objets immobiles, bien que les images de ces objets, lorsque de tels mouvements se produisent, se meuvent elles-mêmes sur la rétine : or, ils ne s'accompagnent pas non plus de déformations apparentes des objets, bien que des déformations se produisent aussi dans les images rétiniennes comme conséquences de ces mouvements (1).

(1) Les mouvements volontaires des yeux peuvent toutefois, dans certains cas, entraîner des modifications dans la forme apparente des mouvements des objets. C'est ce que j'ai constaté en faisant tourner assez rapidement un point lumineux dans L'obscurité . La forme réelle du mouvement était exactement circulaire; or, dès que quelque mouvement des yeux se produisait, il en résultait un changement dans la forme apparente ; pour percevoir correctement la forme réelle du mourement, il me fallait fixer imaginaiiemeut le centre invisible du disque, vers la périphérie duquel était placé le point lumineux.

La perception des formes, à cause de la diminution rapide de l'acuité visuelle vers la périphérie de la rétine, ne peut se faire avec exactitude que dans la vision directe. C'est ce qui explique pourquoi les formes réelles que nous attribuons aux objets sont celles qu'ils présentent lorsque nous les voyons directement : ainsi une ligne droite ne paraît droite qu'à la condition qu'on en fixe quelqu'un des points ou qu'elle passe, prolongée, par le point qu'on fixe ; vue indirectement, elle paraît au contraire courbe. La forme réelle d'un objet n'est donc en quelque sorte que l'une de ses formes apparentes, savoir celle qu'il présente lorsqu'on l'aperçoit directement.

Toutefois, cela ne suffit pas encore pour caractériser ce que nous appelons la forme réelle des objets. Cette forme réelle, lorsqu'il s'agit d'objets plans, est en outre celle qu'ils présentent lorsque leur plan est perpendiculaire à la direction du regard. C'est pourquoi un cercle que le regard atteint obliquement, et qui dans un tableau serait représenté par une ellipse, nous apparaît néanmoins comme un cercle; un enfant qui commence à dessiner ne tient pas compte des déformations produites par la perspective. Toutefois, pour que nous puissions percevoir avec exactitude les formes des objets, lorsque le plan de ces objets est oblique par rapport à la direction du regard, il faut que nous percevions aussi avec exactitude la profondeur ; si nous regardons avec un seul œil obliquement un cercle, comme alors nous percevrons mal la profondeur, il nous sera assez facile de le percevoir comme une ellipse ; toutefois, quand on a affaire à des objets connus, il devient difficile, môme en observant avec un œil, de percevoir exactement la déformation que leur fait subir la perspective; on pourra essayer l'expérience avec une montre, avec une pièce de monnaie : on trouvera probablement que l'apparence elliptique est moins marquée qu'avec un objet moins connu de même forme, par exemple qu'avec un cercle de même grandeur en carton,

50. Influence des positions qu'occupent par rapport à nous dans l'espace les diverses parties d'une figure complexe. -- Si nous faisons tourner dans son plan un objet d'une forme complexe, par exemple une photographie d'une personne, il existera une position pour laquelle la photographie aura la tête en bas et nous paraîtra mal placée. Nous pourrons remarquer en outre qu'il est difficile de reconnaître la personne représentée par la photographie lorsqu'elle se trouve la tête en bas; de même nous aurions beaucoup de peine à lire une page d'un livre si la page était renversée. On voit par ces exemples, d'une part, que les formes que nous considérons comme les formes réelles des objets sont celles qu'ils présentent lorsqu'ils sont droits ; d'autre part, que les formes que présentent

les objets lorsqu'ils sont droits et celles qu'ils présentent lorsqu'ils ne sont pas droits et en particulier lorsqu'ils sont renversés ne sont nullement identiques. Même deux figures relativement simples et qu'un géomètre considérerait comme identiques apparaissent, ainsi que l'a montré Mach(i), assez

Fig. 36.

nettement comme différentes lorsque dans l'espace les diverses parties d'une de ces figures sont orientées autrement que celles de l'autre figure ; c'est ce dont on peut se rendre compte en considérant les deux carrés de la figure 36.

51. La perception des formes el F acuité visuelle. — C'est à tort que l'on identifie parfois la perception des formes et l'acuité visuelle. En effet, l'acuité visuelle ne fait pas comprendre la particularité très importante qui vient d'être signalée, savoir la modification que paraît subir une forme lorsqu'on la fait tourner dans son plan.

». | Une autre raison encore de ne pas con-

fondre la perception des formes et l'a- I I cuite visuelle, c'est qu'on peut encore

I | distinguer des formes dans des cas où

c les différences auxquelles on a affaire sont inférieures à la dislance minima qui doit séparer deux points ou deux lignes pour qu'ils puissent «Hre reconnus comme deux. Ainsi, (pion éloigne suffisamment les figures ci-jointes ou qu'on les considère au moyen d'undispositif macroscopique (une simnleloupe suffira) , on reconnaîtra encore que B et C diffèrent de forme, c'est-àdire que les trois traits de B sont en ligne droite et que ceux de C n'y sont pas, alors qu'on aura cessé de pouvoir distinguer les deux lignes de A ; cependant le bord gauche du Irait médian de C est dans le prolongement du bord droit de chacun des deux autres traits; donc, à plus forte raison, serait-il possible de distinguer la forme de G de celle de B, alors qu'on confon-

B Fig. 37.

(î) Mach, Beiïïiige zur Analyse der Empfindungen, t£

drait les deux traits de A, si, entre les traits extrêmes supposés prolongés de G et le trait médian, il y avait la même distance qu'entre les deux traits de A. C'est à la perception des différences de grandeur et de position par la rétine plutôt qu'à l'acuité visuelle proprement dite que l'on pourrait rattacher, dans de semblables cas, la perception des formes.

52. Tendance à imaginer entre deux points une ligne. — Entre deux points nous sommes naturellement portés à imaginer une ligne, et une ligne droite plutôt qu'une ligne courbe. C'est ce dont on peut se rendre compte en considérant deux des points de la figure 38. Quand nous parlons de la distance entre deux points, nous sous-entendons toujours que cette distance est égale à la longueur de la droite qui serait tracée de l'un des points à l'autre. Si nous considérons à la fois les

Fig. 38 Fig. 39.

quatre points de la figure 38, ils nous semblent déterminer un carré et non pas un cercle, par exemple. La tendance à imaginerainsi uneligne droiteentredeuxpoints n'estcependant pas insurmontable; ainsi, les points de la figure 39 seront, au contraire, plutôt perçus comme déterminant une circonférence que comme appartenant à un polygone. L'explication de ce dernier fait est probablement que nous sommes plus habitués à percevoir des circonférences que des polygones d'un grand nombre de côtés. Peut-être est-il vrai d'ailleurs, d'une manière générale, qu'en percevant un ensemble de points nous nous représentons de préférence, parmi les lignes qui pourraient passer par ces points, celle qui répond à notre expérience la plus fréquente. Ce principe peut en effet expliquer aussi pourquoi, lorsque le nombre des points se réduit à deux, ces deux points nous paraissent en ligne droite ; par deux points que nous percevons il passe beaucoup plus souvent, dans notre expérience, une ligne droite qu'une ligne courbe.

53. Formes élémentaires. — Perception de la ligne droite en en fixant l'un des points. — On peut distinguer deux formes

élémentaires : la forme droite et la forme courbe. Les conditions de la perception des lignes courbes (je me borne dans ce qui suit à considérer des lignes) sont plus complexes que celles de la perception des lignes droites; il existe en effet une infinité de courbes différentes; en outre la forme apparente d'une courbe peut varier, même si on ne cesse pas d'en fixer l'un des points : ainsi un arc de cercle pourra prendre une forme apparente elliptique lorsque la direction du regard cessera d'être perpendiculaire au plan de ce cercle, et même la forme d'une ligne droite lorsque la direction du regard sera contenue dans le plan du cercle. Au contraire, une ligne droite, pourvu qu'on en fixe un des points ou que, supposée prolongée, elle passe par le point fixé, paraîtra toujours droite ou du moins à peu près droite, quel que soit l'angle de la direction du regard et du plan qui contiendra la ligne.

Je me bornerai dans ce qui va suivre à l'étude de la ligne droite.

Supposons d'abord le regard immobile. Dans ce cas, toute ligne droite dont on fixe un des points, ou qui, prolongée, passerait par le point qu'on fixe, paraît droite. En outre, la précision avec laquelle nous percevons dans le même cas la forme de cette ligne est très grande, du moins à l'égard des lignes droites verticales ou horizontales ; ainsi, dans les expériences dont il va être parlé ci-dessous, la variation moyenne la plus considérable qui se soit produite, lorsque j'essayais de placer en ligne droite horizontale, à 2m de mes yeux, trois points lumineux distants l'un de l'autre, lorsqu'ils étaient réellement en ligne droite, de om,4°> a été de 2mm,7 seulement (1).

J'ai fait sur la perception de la forme droite, en essayant de placer ainsi en ligne droite trois points lumineux, un grand nombre d'observations. J'expérimentais dans l'obscurité avec des points lumineux de 2mm de diamètre produits au moyen d'ouvertures découpées dans du papier noir et recouvertes de papier blanc huilé éclairé par une veilleuse. Il n'y avait de visibles dans la salle pendant les observations que les trois points en question. Les deux points extrêmes étaient fixes ; le point central au contraire était mobile soit le long d'une tige quadrangulaire verticale lorsqu'il s'agissait d'une ligne droite horizontale, soit horizontalement, "par le moyen" d'un chariot, lorsqu'il s'agissait d'une ligne droite verticale. A la petite boîte portant le point mobile'était fixé un index qui se déplaçait le long d'une règle graduée en demi-millimètres. Pour placer, an début des expériences, les trois points exactement en ligne droite, afin de connaître la division correspondante de la règle. je me servais d'un fil tendu soit horizontal, soit vertical. Les

(1) Des recherches quantitatives sur la perception des formes simples ont été laites récemment par Guillery [Messende Unlersuchùngen iiber den Formensinn, Pfliiger's Archiv. 1899, Bd. 70. p. 4^-^22).

observations ont toujours été laites avec les deux yeux et la tête immobilisée. Je partais d'une position du point central pour laquelle les trois points évidemment n'étaient pas en ligne droite, et j'amenais peu à peu, au moyen d'une ficelle passant sur des poulies, le point à la position pour laquelle il me paraissait en ligne droite. Dans une moitié des observations, le point, au départ, était placé d'un côté de la ligne droite et, dans l'autre moitié, de l'autre côté. En général, ces observations, dans lesquelles je fixais constamment le point central, m'ont paru difficiles, même lorsque la distance entre deux points voisins n'était que de 5°. et j'avais besoin de cligner assez fréquemment les yeux pour raviver les impressions et empêcher que les points extrêmes, par suite de fatigue rétinienne, ne cessassent d'être perceptibles. Il est remarquable que, malgré cette impression de difficulté, les erreurs commises ont été relativement faibles.

Les résultats qui suivent se rapportent à la ligne droite verticale. Le point central était à la hauteur des yeux. Les points ont été placés tantôt d un côté, tantôt de l'autre, du plan médian de la tête. Dans chaque cas, les yeux avaient à tourner, pour fixer le point central supposé en ligne droite avec les deux autres, de 200. De gauche à droite, de droite à gauche indiquent le sens dans lequel se mouvait le point central. A droite, à gauche, après les chiffres des moyennes, signifient que le point central a été placé en moyenne à droite, à gauche de la position où il eût dû se trouver pour être réellement en ligne droite avec les deux autres. V.M. est une désignation abrégée pour variation moyenne. La moyenne finale, dans chaque série, est la moyenne des deux moyennes qui la précèdent.

irc série. — La ligne est placée à droite, à 2'",i3 du milieu de la ligne droite tangente aux surfaces antérieures des deux veux. La distance d'un point au point voisin est de om,i77

De g. à dr. (20 obs.). Moy. = omn\37 à droite; V.M. z= imm,43

De dr. à g. (20 obs.). Moy. = 2mm,45 à droite; V.M. = imm,20

Moy. finale ±= imm,4i à droite.

2e série. — Mêmes conditions, sauf que la ligne est placée à gauche de l'observateur.

De g. à dr. (20 obs.). xMoy. = omm,57 à droile; V.M. =: i,ma,oi

De dr. à g. (20 obs.). Moy. = 3mm,85 à droite; V.M. = imm4o

Moy. finale = 2mi",2i à droite.

3e série. — Dans cette série et dans la suivante, la distance d'un point au point voisin est de om,35 (9°27') ; la ligne droite a donc om,70 de longueur ; les autres conditions sont les mêmes que dans les deux séries précédentes. Dans la présente série, la ligne est à gauche.

De g. à dr. (20 obs.). Moy. = imm,i7 à droite; V.M. = 2mm,2/t

De dr. à g. (20 obs.). Moy. == 7mm,20 à droite; V.M. = imm,6o

Moy. finale = 4mm,i8 à droite.

4e série. — La ligne est à droite.

De g. à dr. (20 obs.). Moy. = 3mm,25 à gauche ; V.M. = imm,54

De tfr. à g. (20 obs.). Moy. = 3,nm,02 à droite ; V.M. = iram,02

Moy. finale = ollim,n à gauche.

On voit par ces résultats que la ligne qui paraît droite coïncide toujours à peu près exactement avec celle qui Test en réalité; les différences qu'indiquent les chiffres précédents sont trop faibles, surtout si on songe à la longueur relativement considérable des lignes étudiées, pour qu'on puisse leur attribuer avec probabilité une autre raison que le hasard. On remarque en outre que la variation moyenne la plus forte qui se soit produite est de 2mm.24, ce qui prouve que les estimations, bien que paraissant difficiles, se font déjà cependant avec une grande précision et que, par conséquent, les mouvements des yeux ne peuvent contribuer qu'assez peu à nous faire apprécier avec exactitude la forme des lignes droites.

Les résultats sont les mêmes pour la direction horizontale. Dans toutes les séries concernant cette direction, la distance du point central aux yeux a été de 2m ; la distance d'un point au point voisin a été de om,4o, la ligne droite avait donc une longueur deo'".8o.

ire série. — Les 3 points sont à la hauteur des yeux et la tête est droite.

De h. en b De b. en h

(10 obs/. Moy. = 3mm,70 trop bas; V.M. = imi"-(] (10 obs.). Moy. = i3""", 00 hop bas: V.M. = 2mœ,70 Moy. finale = 8mm,3."> trop bas.

2e série. — Les 3 points sont à la hauteur des yeux. La tète est inclinée en avant de 200, donc le regard est élevé de 200.

De h. en b. (10 obs.). Mov. = 8mm,55 trop bas; V.M. = 2mm,55

De b. en h. (10 obs.). Moy. = nmm,55 trop bas ; V.M.= 2""".',:>

Moy. finale = iomm,o5 trop bas.

3e série. — Les trois points sont à la hauteur des yeux. La tête est inclinée en arrière de 200, donc le regard est abaissé de 20°.

De h. en b. (10 obs.). Moy. = imm,35 trop bas; V.M. = 2"m\3i De b. en h. (10 obs.). Moy. = 4mn\4° trop bas: V.M. = Moy. finale = 2mm,87 trop bas.

4e série. — La tète est droite. Le point central est 200 audessous de l'horizon des yeux, donc le regard est encore abaissé de 20°.

De h. en b. (20 obs.). Mov. = 5mm,55 trop haut ; V.M. = imm,€i De b. en h. (20 obs.). Moy. r=omm,42 trop bas; V.M. = 9 Moy. finale = 2m"\5(> trop haut.

54. Perception de la ligne droite en la parcourant du regard. — Dans ce cas, la forme de la ligne est perçue correctement lorsque colle-ci est verticale et clans le plan médian de la tête, ou lorsqu'elle est horizontale et située à la hauteur des yeux, ou encore lorsqu'elle est dans une position équivalente à la précédente, par exemple lorsqu'elle est horizontale et située plus haut que les yeux et que la tête est inclinée en arrière de manière à compenser la différence de hauteur. Dans le cas de verticales ou d'horizontales occupant par rapport à la tête d'autres positions que les précédentes, par exemple dans le cas d'une verticale située 200 à droite, le point central, supposé à la hauteur des yeux, est un peu plus à droite en réalité que les points extrêmes, et c'est ce qui peut expliquer qu'alors il paraît en ligne droite avec les autres, lorsqu'en réalité il se trouve un peu à gauche de la ligne droite. Le regard, comme je le constatais à la forme des traînées produites par les images consécutives, suivait généralement des lignes courbes. La courbure de ces lignes était surtout marquée lorsque le regard se déplaçait obliquement ; elle disparaissait à peu près totalement quand, la tête étant droite, le regard était élevé d'environ 200 ; elle existait d'une façon nette quand les points étaient en ligne horizontale à la hauteur des yeux ; elle était peu marquée et assez irrégulière d'une observation à l'autre lorsque les trois points étaient sur une verticale et dans le plan médian de la tête. Je me rendais bien compte que la ligne droite que je concevais passer par les trois points lumineux n'était pas déterminée par la forme des traî nées consécutives et par conséquent qu'elle ne dépendait pas des mouvements actuellement exécutés par les yeux. Toutefois, les mouvements ignorés des yeux qui forçaient le regard à suivre dans l'espace des lignes courbes alors que l'intention était de suivre des lignes droites produisaient des mouvements apparents des points lumineux, par exemple, dans le cas de droites verticales latérales, des mouvements alternatifs de gauche à droite et de droite à gauche ; sous ce rapport, les mouvements des yeux peuvent, entraver au lieu de favoriser la perception des formes ; et, à cause de ces oscillations apparentes que présentaient les points lumineux par suite de ces mouvements ignorés, la position finale que je donnais au point central était une véritable moyenne entre les excursions que le point me paraissait faire par exemple à droite et à gauche. En général, entre deux points voisins, je me représentais une ligne droite; exceptionnellement cependant je me suis senli disposé à imaginer entre eux une ligne courbe, probablement alors sous l'influence des images consécutives courbes que je remarquais. La précision des observations est plus grande quand on parcourt une ligne droite du regard que quand on se borne à fixer un point de cette ligne. En effet,

dans les expériences dont je vais rapporter les résultats, la variation moyenne a toujours été moindre que dans celles que j'ai faites, toutes autres conditions restant les mêmes, en fixant un point de la ligne. Toutefois, la forme des lignes droites obliques qu'on parcourt du regard se perçoit difficilement et avec beaucoup moins de précision que celle des verticales et des horizontales.

J'ai fait sur la perception de la ligne droite, en la parcourant du regard, des expériences analogues à celles dont j'ai rapporté plus haut les résultats. Le dispositif était le même, et chacune des séries dont il a été précédemment fait mention correspond à tous égards, si ce n'est que dans un cas les yeux restaient immobiles tandis que dans l'autre ils se mouvaient, à une des séries actuelles. J'ai expérimenté ici sur des lignes verticales, sur des lignes horizontales et sur une ligne oblique.

Voici quels ont été les résultats pour les verticales :

ire série. — Le point central est à 2111 des yeux et à la hauteur des yeux; les trois points sont dans le plan médian de la tète; la distance d'un point au suivant est de om,35; la longueur de la ligne est donc de o"\7o.

De g. à dr. (20 obs.). Moy. = omm,oo ; V.M. = im"\oo. De dr. à g. (20 obs.). Moy. == omm,52 à gauche ; V.M. = iim",i6 Moy. finale — omm,26 à gauche.

La ligne droite apparente peut donc être considérée dans ce cas comme coïncidant avec la ligne droite réelle.

2e série. — Le point central est io° à gauche, à la hauteur des yeux ; il est éloigné des yeux de 2m,o3.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = 3m,n,35 â droite; V.M. = imm,53

De dr. à g. (10 obs.). Moy. = 2mn\i5 à droite; V.M. = imm.oi

Moy. finale = i*inm. yr> à droite.

frsérie. — Les conditions sont les mêmes, sauf que le point central est io° à droite.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = imm,8o à gauche; V.M, = omm,5o

De dr. à g. (10 obs.). Moy. = o,1,,n.7o à gauche; V.M. = i""".0o

Moy. finale — imm,25 à gauche.

V série. — Le point central est 200 à droite, à 2m,i3 des yeux

et à la hauteur des yeux ; la distance d'un point au point voisin est seulement de om,i7y.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = omm,70 à gauche ; V.M. = 0 Dedr. à g. (10 obs.). Moy. = omm,o5 à droite ; V.M. = omm,5i Moy. finale = omm,32 à gauche.

.V série. — Les conditions sont les mêmes, sauf que le point central est 200 à gauche.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = imm,5o à droite; V.M. = oœn\70

De dr. à g. (10 obs.). Moy. = 2mm,oo à droite ; V.M. = omm,4o

Moy. finale = imm,75 à droite.

6e série. — Les conditions sont les mêmes dans les deux séries qui suivent que dans les deux séries précédentes, sauf que la distance d'un point au point voisin est de nouveau de om,35. Ici le point central est 200 à gauche.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = 3mm,75 à droite; V.M. = omm,75

De dr. à g. (10 obs.). Moy. = 4mm,8o à droite; V.M. = omm,88

Moy. finale = 4mm>27^ & droite.

7e série. — Ici le point central est 200 à droite.

De g. à dr. (10 obs.). Moy. = 2mm,75 à gauche ; V.M. = imm,oi

De dr. à g. (10 obs.). Moy. — imm,25 à gauche ; V.M. = omm,85

Moy. finale = 2mm,oo à gauche.

En général on remarque donc que, quand la ligne esta droite, le point central est placé un peu à gauche de cette ligne, et inversement quand elle est à gauche. Toutefois, Terreur ainsi commise est très faible,et même on constate, dans la série 4, que

(la forme droite apparente coïncide presque exactement avec la forme droite réelle, bien que la ligne fût placée 200 à droite. Il est probable que cela est dû à ce fait que les points extrêmes, lorsque la ligne est située latéralement, sont en réalité, par rapport aux yeux, à une distance angulaire un peu moindre du plan médian de la tête que le point central; les yeux ont donc à tourner un peu moins soit à droite, soit à gauche, pour regarder ces points que pour regarder le point central.

Pour la direction horizontale des droites, les résultats sont essentiellement les mêmes. On remarquera que, dans plusieurs des séries d'observations que j'ai faites sur cette direction, les points, même lorsque le regard était abaissé ou élevé pour les considérer, se trouvaient à la hauteur des yeux ; par conséquent, l'influence à laquelle je viens de faire allusion en ce qui concerne les verticales ne pouvait pas s'exercer dans ces séries.

La distance du point central aux yeux a toujours été ici de 2m, et celle d'un point au point voisin de om,4o.

ire série. — Les trois points sont à la hauteur des yeux, et la tête est droite ; par conséquent le regard ne s'abaisse ni ne s'élève en passant d'un point à un autre.

De h. en b. (10 obs.). Moy. = omm,8o trop haut. V.M. = o,nm,67 De b. en h. (10 obs.). Moy. = omm,35 trop haut. V.M. = omm,97 Moy. finale = omm,57 trop haut.

2e série. — Les points sont à la hauteur des yeux; la tête est inclinée en avant de 200, donc le regard est élevé de 200.

De h. en b. (10 obs.). Moy. = 2mm,85 trop bas. V.M. = omm,95 De b. en h. (10 obs.). Moy. = 3mm,5o trop bas. V.M. = omm,9o Moy. finale

trop

bas.

3mm

trop

bas.

Qram

trop

bas.

3e série. — Les points sont à la hauteur des yeux; la tête est inclinée en arrière de 200, donc le regard est abaissé de la même quantité. La traînée consécutive, qui était à peu près exactement droite dans la série précédente, est ici nettement courbe et tourne sa concavité vers le bas; malgré cela, l'erreur a été moindre que dans la série précédente.. Ce n'est donc vraisemblablement pas aux torsions des yeux qu'il faut attribuer les erreurs, d'ailleurs légères, qu'indiquent les moyennes.

De h. en b. (10 obs.). Moy. = imm,35 trop haut. V.M. = omm,97

De b. en h. (10 obs.). Moy. = imm,7o trop haut, V.M. = imn,;36

Moy. finale == imm,52 trop haut.

4e série. — Les points sont toujours à 2m des yeux, mais le point central est à 200 au-dessus de l'horizon des yeux. La tète est inclinée en arrière de 200, par conséquent les yeux occupent par rapport à la tête la même position que dans la série 1. Les résultats sont à peu près identiques pour les deux séries, c'està-dire qu'ici l'erreur commise est en moyenne presque nulle.

De h. en b. (20 obs.). Moy. = o'ni\25 trop haut. V.M. = om,l,,89

Da b. en h. (20 obs.). Moy. = o",im,7o trop bas. V.M. = imn\23

Moy. finale = omm, 25 trop bas.

5e série. — Les points sont toujours à 2m des yeux, mais le point central est 200 au-dessous de l'horizon et la tête est droite et par conséquent le regard est abaissé de 200.

De h. en b. (10 obs.). Moy. = 5mm,io trop haut. V.M. = omm,98 De b. en h. (10 obs.). Moy. = 3'n"\6<> trop haut. V.M. = imm,oo Moy. finale = 4m'">35 trop haut.

On peut comparer ces derniers résultats à ceux de la série 3. Dans cette série, l'erreur commise n'est, d'après la moyenne finale, que de imm,o2. L'accroissement marqué de L'erreur fine l'on constate dans la série actuelle ne peut s'expliquer que par le fait que, lorsque les trois points sont en ligne droite, le regard doit s'abaisser plus pour atteindre le point central que pour atteindre les points extrêmes.

Je citerai encore les résultats d'une série d'observations que j'ai faites sur la ligne droite inclinée de J5° à droite par rapport à la verticale. Le point central était à 2"1 des yeux et à la hauteur des yeux ; je le faisais mouvoir verticalement pour l'amener à paraître en ligne droite avec les deux autres ; la dislance d'un point au point voisin, quand les trois étaient en ligne droite, était de om, 49. Les observations m'ont paru très difficiles, comparées aux précédentes, et les résultats prouvent aussi qu'elles se font avec beaucoup moins de précision que lorsqu'il s'agit des directions horizontale ou verticale La variation moyenne, qui, dans les séries précédentes, était de imm environ et même moins, atteint ici dans un cas 6mm. Voici quels ont été les résultats :

De b. en h. 120 obs.). Moy. = itnu".3i trop bas. V.M.= 6m,a,22 De h. en b. (20 obs.). Moy. = ii"ini/(|) trop bas. V.M. = 3«!n,85 Moy. finale = iim,n.4o trop bas (1).

[1) Toutes les longueurs citées ici sont mesurées sur la perpendiculaire menée du point central à la ligne droite.

J'étais troublé dans ces dernières déterminations par les traînées consécutives, qui présentaient une courbure très marquée; la courbe, lorsque le regard passait d'un point à un autre plus élevé, tournait sa concavité vers le bas et la droite ; elle la tournait au contraire vers le haut et la gauche quand le regard suivait le chemin inverse.

55. Perception des lignes droites dans la vision indirecte. — Lorsqu'une ligne droite, qu'il faut supposer prolongée s'il est nécessaire, ne passe pas par le point actuellement fixé, elle parait courbe, et la ligne courbe ainsi produite tourne sa concavité vers le point fixé. Inversement- certaines courbes qui tournent leur convexité vers le point fixé apparaissent comme des lignes droites. L'observation de la forme de lignes vues indirectement est d'ailleurs difficile, et la détermination de cette forme se fait avec peu de précision.

Je me bornerai à rapporter à ce sujet les résultats de 4 séries d'observations. Ces observations ont été faites également avec 3 points lumineux. Je me suis proposé de déterminer successivement, au moyen de ces 3 points, les quatre côtés d'un carré dont je fixais le centre. Les points avaient toujours 2mm de diamètre ; le point fixé était à im de mes yeux et à la hauteur de mes yeux; le côté du carré avait 0^,72 de longueur. Je regardais binoculairement ; il eût peut-être été préférable de n'employer qu'un œil. Les observations, surtout dans la dernière série, m'ont paru difficiles, peu précises ; j'étais obligé, pendant le cours d'une observation, de cligner souventles yeux et même de les maintenir parfois fermés quelques instants pour reposer la rétine.

ire série. — Détermination du côté supérieur (horizontal) du •carré :

De h. en b. (20 obs.). Moy. = 49mra,32 trop bas ; V.M. = 7mm,07

De b. en h. (20 obs.). Moy. = 66mm,22 trop bas ; V.M. = 6mm,37

Moy. finale = 57mm,77 trop bas.

J'ai vérifié qu'on obtient des résultats semblables si, au lieu •de fixer le point central en regardant droit devant soi, on le regarde la tète renversée et les yeux abaissés, ou la tète penchée «n avant et les yeux levés.

2e série. — Côté inférieur.

De h. en b. (20 obs.). Moy. = 48inm,27 trop haut; V.M. — 5mm42

De b. en h. (20 obs.). Moy. = 26mm,32 trop haut; V.M. = 6mm',&j

Moy. finale == 37mm,3o trop haut.

3e série. — Côté gauche. — Dans cette série comme dans la suivante, l'image du point central se faisait pour certaines positions sur la tache aveugle de l'un des yeux. Les déterminations étaient donc à certains moments monoculaires.

De g. à dr. (20 obs.). Moy. t— 34mm,io à droite ; V.M. = nmm,io

I)e dr. à g. (20 obs.). Moy. ~ 55mm.52 à droite; V.M. = 6mm,47

Moy. finale =s 44m«\8i à droite.

4e série. — Côté droit. — J'ai éprouvé ici une très grande difficulté, et on remarquera aussi que la variation moyenne est très élevée; je suppose que cette difficulté tenait au fait que, dans cette série, le point central disparaissait, pendant une longue partie de son parcours, dans la tache aveugle de l'œil droit.

De g. à dr. (20 obs.). Moy. = 9imra,42 à gauche; V.M.= 8mm,52

De dr. à g. (20 obs.). Moy. =:59mm,22 à gauche; V.M. — iimm,27

Moy. finale = 75mm,32 à gauche.

Fig. v>.

En raison de l'incertitude de ces derniers résultats, je pense que, pour avoir une idée relativement juste de l'erreur qu'on peut commettre dans ces observations, il faut se borner à considérer ceux des trois premières séries; or, la moyenne des trois moyennes finales de ces séries est (6mm,63 La figure ci-dessus a été construite d'après cettedonnée; elle est supposée observée d'une distance de 10e1"; lorsque je fixe avec un <eil le point qui marque le milieu de la figure, en me plaçant à celle distance, les trois points, sur chaque côté de la ligure, me paraissent en effet en ligne droite. Il y aura avantage, d'ailleurs, à se servir d'une figure plus grande et observée, par conséquent, d'une plus grande distance.

Quelle est la cause de celte courbure que présentent les

lignes réellement droites lorsqu'elles sont vues indirectement? On peut partir de cette supposition fondamentale que les formes vues indirectement sont appréciées par comparaison avec celles dont on fixe un des points; or, les lignes droites dont on fixe un des points se projettent sur la rétine suivant des grands cercles ; donc, pourrait-on conclure, il est probable que toutes les images qui se forment sur des grands cercles de la rétine doivent nous apparaître droites. Mais cette explication est inadmissible ; en effet, pour qu'elle pût être défendable, il faudrait que la courbure des lignes qui paraissent droites fût en sens contraire de ce qu'elle est réellement.

On peut, au contraire, en partant de la même hypothèse fondamentale, supposer ensuite que les lignes qui, vues indirectement, paraissent droites, se projettent sur la rétine suivant des petits cercles parallèles aux grands cercles passant par la fovea. C'est cette dernière explication qui probablement est la vraie. J'ai calculé, d'après le chiffre qui m'a servi à construire la figure 4°i en admettant pour le diamètre de l'œil 22mm, et pour la distance du point nodal au sommet de la cornée 7inm,5, à quelle distance des grands cercles considérés se trouvaient sur la rétine les images des trois points lumineux lorsqu'ils me paraissaient en ligne droite: j'ai trouvé pour les les deux points extrêmes 4mm,f>2 et pour le point central 4mm,39; la différence entre ces deux chiffres n'est pas très grande, si on tient compte de la difficulté et du peu de précision des déterminations (1

Dans l'explication qui précède, il n'est pas question des des yeux. H< " en s'appuyant sur la loi de Listing, une explication d'après la-

mouvements des yeux. Helmholtz a, au contraire, proposé,

quelle les lignes droites apparentes de la vision indirecte dépendraient essentiellement des mouvements des yeux. Laligne droite, dit-il, se distingue de toute autre ligne par cette propriété que chaque portion de cette ligne est superposable à une autre portion quelconque; or, dans le champ de fixation, il n'y a qu'une seule espèce de lignes pour lesquelles noue

(i) L'explication précédente a déjà élé indiquée par Fischer, Grôssenscbâtzungen im Gesichtsfeld, Graefe's Archiv, 1891, Rd. 37 fi),p. 82 ss. Fischer se demande, en effet, si les cercles parallèles à un méridien ou plutôt leurs projections sont les lignes droites apparentes du champ visuel (plan) pour la position primaire de l'œil Comme, en effet, la distance entre un méridien et un de ces cercles parallèles est partout la même, les deux projections paraîtraient parallèles, et celle du petit cercle paraîtrait droite comme celle du grand cercle. Ace sujet, il a fait quelques expériences en se servant également de deux points fixes et d'un point intermédiaire mohile. D'après ses calculs, la courbure qu'il a trouvée était un peu plus forte que celle de la projection d'un cercle parallèle. Mais Fischer ne reconnaît qu'une valeur modérée à ses propres expériences. La position primaire du regard, à laquelle il fait allusion, ne parait d'ailleurs avoir rien à faire avec cette courbure des lignes qui paraissent droites.

puissions constater, par un acte immédiat de sensation, qu'elles peuvent glisser sur elles-mêmes et rester, par conséquent, superposables à elles-mêmes dans toutes leurs parties : ce sont celles qu'il appelle, en supposant un champ de fixation sphérique, les cercles de direction {Directionskreise, Richtkreise) ou, plus généralement, les lignes directrices (Richllinien . Les cercles de direction du champ de fixation sphérique peuvent être soit des grands cercles, soit des petits cercles; ils sont des granls cercles lorsqu'ils passent par la position primaire delà ligne de fixation (ou point de fixation principal i, et des petits cercles dans tout autre cas; projetés sur un champ plan, les grands cercles deviennent des lignes droites, et les petits cercles des hyperboles ; tous ces cercles de direction passent par le point occipital, qui est l'extrémité située derrière la tête, à l'opposé du point de fixation principal, du diamètre du champ de fixation sphérique qui passe par ce dernier point. Les grands cercles de direction sont décrits par le regard lorsque les yeux se meuvent, conformément à la loi de Listing, en partant de la position primaire, et les petit- cercles lorsque les yeux se meuvent, en suivant la même loi. c'est-à-dire en tournant autour d'axes fixes, à partir d'une position secondaire.

Il s'agit maintenant, pour Helniholtz, d'expliquer comment l'œil au repos peut subir, dans sa perception des formes, l'influence des cercles de direction, c'est-à-dire des mouvements qu'il a exécutés antérieurement. D'après lui, il se ferait une comparaison entre la l'orme que présentent les objets vus indirectement et celle qu'ils présentent vus directement, lorsque le regard est dans la position primaire ; nous apprendrions, dit-il, à connaître par expérience quelles directions périphériques du champ visuel concordent avec les lignes droites passant par le point de fixation, et finalement Ions les éléments linéaires d'une même ligne directrice nous paraîtraient avoir dans le champ visuel la même direction, et toutes les lignes directrices qui ont la même tangente au point occipital nous paraîtraient également avoir la même direction (1 .

On peut t'aireà l'explication précédenteplusieurs objections. D'abord on peut remarquer que ce qui importerait pratiquement, ce serait de pouvoir reconnaître les formes et par exemple les lignes droites, tout en les voyant indirectement, tandis que, si l'explication de Helmholtz était vraie, il s'ensuivrait (pie nous devriDns prendre dans ce cas pour des lignes droites des hyperboles II serait naturel de supposer (pie nous apprenons par l'expérience à identifier les formes que prennent sur la rétine, vues indirectement, les lignes droites, et celles qu'elles ont lorsque nous les fixons en fait cette identification, comme on l'a vu, ne se produit d'ailleurs

(1) Helmholtz, P/ujxiol. Optik, » Aull.. p. 65i, 6S9 et suiv.

pas), mais il ne lest pas de supposer que nous arrivons à identifier des formes qui en réalité, et non pas seulement sur la rétine, sont différentes. D'autre part, lorsque nous suivons du regard des droites dont tous les points correspondent à des positions secondaires du regard, nous les percevons droites ou à peu près droites, et par conséquent, si Ton devait admettre ce principe que l'œil au repos voit indirectement les lignes comme il les verrait en les parcourant du regard, les lignes droites vues indirectement devraient nous paraître droites ou à peu près droites. Enfin, la courbure apparente -des lignes droites vues indirectement ne cesse pas de croître à mesure qu'elles s'éloignent du point fixé; elle devient ainsi très sensible pour des régions du champ visuel qu'il est impossible au regard d'atteindre, et ne peut alors s'expliquer par les mouvements des yeux nécessaires pour les parcourir du regard; d'ailleurs, nous évitons d'ordinaire les rotations pénibles des yeux, et, en conséquence, le champ de fixation usuel, si l'on suppose la tête immobile, est très limité (1).

56. Métamorphopsies. — On désigne sous le nom de métamorphopsies des déformations apparentes que subissent, pour certains malades, dans le voisinage du point fixé, les objets : ainsi des lignes droites leur paraîtront courbes. La figure ci-jointe, empruntée à Fôrster, montre comment un système de lignes droites perpendiculaires entre elles apparaissait à un de ces malades, dont il a étudié le cas ; le point de fixation se trouvait à l'intersection des lignes 4 et ef\ la ligne ponctuée délimite approximativement la région du champ visuel à l'intérieur de laquelle les métamorphopsies se constataient (2). Souvent ces changements apparents de forme s'accompagnent de changements de grandeur, et les objets paraissent soit rapetisses, soit agrandis ; en outre, si les objets considérés sont, par exemple, des lignés noires sur fond blanc, ces lignes se détachent en général moins nettement du fond, paraissent moins noires là où elles sont vues déformées que dans les autres régions du champ visuel.

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Fig. 41.

(i' Comparer Tscherning, Optique physiologique, pi. 200. (2) Fôrster, Ophtalmologische Beitrâge, 18S2, p. 10 ss.

Les métamorphopsies sont le plus souvent la conséquence de distensions et de rétractions de la rétine résultant ellesmêmes d'altérations de la région postérieure de la choroïde. Les éléments sensibles de la rétine n'occupant plus, sur cette membrane, les mêmes positions relatives que lorsque l'œil était sain, l'image d'une ligne droite se fait sur des éléments qui, avant lamaladie, ne pouvaientêtresimultanémcnt impressionnés que par l'image d'une ligne courbe, et, en conséquence, la ligne droite est vue courbe.

Wundt a distingué, outre les métamorphopsies dues ainsi à des altérations de l'œil, des métamorphopsies dioptriquement produites (1). Celles- ci résultent de l'emploi de verres prismatiques ou même de verres sphériques qui, étant inexactement centrés par rapport à l'œil, agissent à la façon de prismes.

Une intéressante question qui se pose au sujet des métamorphopsies est celle de savoir si, les causes qui les ont d'abord produites persistant, l'œil cesse peu à peu de voir incurvées les lignes réellement droites, ou si, au contraire, il continue de les voir courbes. Wundt, qui a pu étudier sur lui-même le phénomène, incline à conclure que l'œil finit par voir droites les lignes réellement droites, alors même que les éléments sensibles de la rétine n'ont pas repris leurs positions primitives; il a constatéen effet que les métamorphopsies qu'il avait éprouvées dans un œil pendant plusieurs années, par suite de choroïdite, finirent par disparaître à peu près complètement; il n'a pu, toutefois, prouver que les éléments rétiniens n'avaient pas, en même temps, repris leurs positions normales. A l'appui de la doctrine que l'œil pourrait s'habituer avoir droites, avec les mêmes éléments rétiniens, des lignes qu'il voyait antérieurement courbes, Wundt fait remarquer que, dans le cas de métamorphopsies dioptriquement produites, on a pu constater parfois que les déformations disparaissaient à la longue, et même qu'après avoir disparu elles reparaissaient en sens inverse lorsqu'on cessait de porter les verres qui les avaient produites. A l'encontre de ces faits el des conclusions qu'on pourrait être tenté d'en tirer, il importe, toutefois, de se souvenir que nous n'arrivons jamais à voir droites les lignes droites que nous ne percevons qu'indirectement.

(1) Wundt, Zur Théorie der râumïichen Gesichlsumhrnehmungen^ Phil. Stud., 1898 Bd. \\. p. 10.

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