Similitude de forme et d'apparence
Ces instruments paléolithiques de tous les points des Etats- Unis sont naturellement de pierre, toujours taillés en éclats, jamais polis, en forme d'amande, ovale, ou parfois approchant du cercle, le tranchant sur ou dans la direction du petit bout, tandis que durant la période néolithique il allait vers le gros bout. Souvent ils sont faits avec des cailloux, la croûte primitive restant intacte et simplement aplanie, tantôt au gros bout pour la saisir, tantôt sur le côté ])lat ou dessous, tantôt, quand les cailloux étaient minces, sur Jes deux côtés. La différence entre les parties naturelles et celles qui sont travaillées se remarque de suite. Tous ces détails mettent en phis grande lumière ce fait important, que. les instruments sont tous d'un même type, qu'ils appartiennent à la même famille et qu'ils doivent avoir eu la même origine. Ils se ressemblent tous et pourtant ils ne sont pas pareils, (^e ne sont point des copies, néanmoins on ne peut se tromper sur leur ressemblance. Le dessin qui servit à fabriquer l'un d'eux, servit à fabriquer les autres. Quand l'observateur voit
cette ressemblAiicc s'éteiull'e à des milliers d'instruments renus de tous les points des Etats-Unis^ il se produit daiis soii esprit une conviction à laquelle il ne saurait échajiper.
Ces instruments sont extrêmement épais comparativement à leur largeur, si bien qu'il est visible qu'ils n'ont jamais été destinés à recevoir une pointe ou une poignée comme la hache ou la flèche ou la pointe de lance. Ceci ne s'applique pas seulement aux plus gros instraments pesant plusieurs livres, car il y en a des petits, de grosseurs variées, qui sont parfaits en .eux-mêmes et portent une protubérance évidemment intentionnelle qui rend remmanchement impraticable
Les instruments trouvés dans le district de Colombie soutiennent la comparaison avec ceux trouvés à Trenton ; et leur similitude est égale, sinon plus grande, avec les instruments chelléens d'Europe et d'Asie.
Le plus grand nombre des instruments paléolithiques d'Europe sont de silex. Le silëx n'est pas si commuti AxiX États-Unis, et nous ne possédons que peu d'instruments de toutes les époques préhistoriques. Mais nous ttvôns quelques-uns de ees paléolithes du Texas, de l'Utah et du Nouveau-Mexique que je prie de comparer avec les liistHmients chelléens de silex de l'Europe occidentale. Les instruments paléolithiques des États-Unis sont krgement de quartz grenu. Je conseille de les comparer avec ceux de la même matière du Bois-du-Roclier, de Toulouse, des cavernes de Creswell-Crags (Derbyshire, Angleterre)^ et avec ceux du latérite, près de Madras, dans l'Lide.
Je ne saurais poursuivre la comparaison plus loin sur le papier. J'invite chacun à faire cet examen.
Leur différence des instruments néolithiques
La culture de la période néolithique s'est répandue sur tout le monde et les instruments de cette période sont connus de tous les archéologues. Les Indiens de l'Amérique appartenaient à cette période de culture et la majorité de leurs instruments res-
— assemblent à ceux des autres parties du monde. La dififérence qui les distingue des instruments paléolithiques, objet de cette étude, est évidente au premier coup d'œil, mais elle devient plus apparente à mesure qu'on les examine de plus près. Ils diffèrent par la forme, l'épaisseur, le mode de fabrication, la matière, et ils ont une apparence différente. Le tranchant de Tinstrument est renversé, car Tinstrument paléolithique, tant en Europe qu'en Amérique, avait son tranchant à la pointe ou bout étroit, tandis que l'instrument néolithique correspondant l'avait à son bout le plus large.
On ignore si llndien d'Amérique a fabriqué les instruments du type paléolithique, ou si même il s'en est servi. Il n'existe ni haches, ni hachettes, ni grattoirs, ni couteaux, ni têtes de lances ou de flèches indiens. Sur les milliers de tumulus, de cimetières, de tombes ou de monuments indiens, de toute sorte, qui ont été explorés, pas un n'a jamais présenté ces instruments paléolithiques de grande taille. Dans une circulaire (n** 36) envoyée de mon bureau dans tous les États de l'Union, j'ai demandé si Ton avait trouvé des instruments paléolithiques dans les tumulus, les tombes ou d'autres constructions anciennes, ou mêlés avec d'autres instruments anciens. Parmilescentainesderéponsesque j'ai reçues de tous les côtés des États-Unis, il n'y en avait pas une seule affirmative. Toutes disaient qu'on avait pu trouver ces instruments mêlés avec d'autres, à la surface ; mais dans les tumulus ou tombeaux indiens, jamais. Un monsieur de la côte du Maine exprime la croyance qu'on les a trouvés dans ce qu'il appelle les plus anciens tas de coquilles,' mais pas plus que cela.
La similitude de leur fabrication avec d'autres instruments
paléolithiques.
Que le morceau choisi par l'ouvrier préhistorique pour en fabriquer un de ces instruments fût un caillou arrondi et aplani ou bien un quartier de pierre brute, sa façon de procéder parait avoir été la même. Il enlevait les parcelles probablement à
coup de marteau de pierre. Les endroits qui reçurent les coups se voient encore parfaitement, La fracture a laissé une trace de percussion qui désigne d'une manière certaine le point frappé. Sur quelques-uns des plus forts et des plus grossiers instruments il semblerait que le travail eût été commencé et les plus gros fragments enlevés au moyen d'un poinçon, probablement une pierre pointue, dont les marques sont parfois visibles et qui permettaient de ne frapper que sur un seul point. Dans beaucoup de cas, les moindres parcelles ont été retranchées d'abord d'un côté, puis de l'autre jusqu'à ce que l'instrument devint coupant. Souvent le fil montre des signes d'usage, tantôt par de fortes bosses, tantôt par une complète usure. Pas un seul ne porte la plus légère trace du poli de la période néolithique.
Ens^appuyant sur l'expérience recueillie par l'archéologie prér historique dans le monde entier, l'on pouvait s'attendre à découvrir certaines places où ces instruments étaient fabriqués et qu'on a depuis nommés boutiques. Le fait est qu'on peut trouver ces instruments, mêlés à des restes, des éclats, des fragments en débris et des marteaux de pierre en certaines localités dont les principales, dans le district du Colombie, sont les collines de Rock Creek et de Pinev Braneh. Toutes ces trouvailles concourent à démontrer qu'ils furent fabriqués par l'homme et pour son usage.
Pas n'est besoin de décrire la fabrication des instruments paléolithiques d'Europe ou de Trenton pour établir leur ressemblance avec ceux que j'ai décrits. Un simple examen du regard en fera la démonstration.
//. Matière.
La matière que l'homme paléolithique soit d'Europe ou de New-Jersey, employait pour ses instruments devait posséder certaines qualités. Il fallait qu'elle fût dure, afin de résister aux coups et de ne pas s'émietter ; souple, afin de recevoir un tranchant ; homogène, au moins approximativement, pour qu'on pût
Técailler dans tous les sens ; et d'ordinaire sa substance était telle qu'un coup la faisait éclater en fracture conchoïdale,
La matière des instruments trouvés dans tous les Etats-Unis remplit ces conditions à un degré surprenant. Ils sont faits d'une pierre dure, ordinairement du quartz, du quartzite ou schiste argileux, et pour le plus grand nombre des cailloux usés par l'eau.
. D'un autre côté, l'Indien de l'Amérique du Nord et son ancêtre préhistorique de la période néolithique, employaient toute sorte de rocs érupiifs pour leurs instruments. Ils en firent aussi de rocs d'argile, d'ardoise, de coquilles et d'autres matières semblables, tout leur étant bon, pourvu qu'ils pussent en applanir la surface et y tailler un tranchant net, peu leur importait que la matière fût susceptible ou non de se briser. Telle est la ligne de démarcation que Ton peut tirer franchement entre les deux classes d'instruments.
///. Usage et destination.
Dans mon opinion, les instruments paléolithiques des États- Unis correspondent, par leur usage et leur destination, comme ils le font sous leurs autres rapports, avec l'instrument chcUéen en France. Je pense que ce dernier était destiné à être tenu à la main, et employé comme couteau, hache, ou tout autre instrument tranchant, soit comme outil, soit comme arme. (Vêtait le seul instrument que possédât l'homme de cotte époque. La même chose parait vraie en regard des instruments paléolithiques des Etats-Unis. Je conjecture leurdcstination et leur usage d'après les besoins que je suppose à l'homme qui les employait. Cet homme a pu tenir l'instrument dans sa main, l'envolopper dans un morceaux de la peau d'un anima] ou l'enrouler dans une touffe d'herbe ou de rotin pour se garantir. Ayant ainsi la main protégée, il pouvait dépenser toute sa force quandil sciait ou frappait. Sir John Lubbock dit de l'homme paléolithique à propos de l'emploi du Chelléen ; « Il est permis de se demander k quel
usage cet instrument n'aurait pu s'appliquer. Avec lui, l'homme a pu abattre des arbres, les creuser en forme de canots, arracher des racines, tuer les gibiers et se découper sa victu aille, attaquer ses ennemis, percer la glace, préparer son bois à brûler, etc., etc., etc. » Tous ces usages répondent à ceux qu'a pu avoir l'instrument que j'ai décrit. Il était à la fois son couteau, sa hache, son grattoir, et, en réalité, toute sa collection d'outils, le seul instrument qu'il possédât. Quelle que fût sa destination, de quelque manière qu'il fût employé, c'était évidemment un instrument, et il était destiné à un usage général. Notre unique moyen de savoir quel fût son usage est dans une inspection de l'instrument lui-môme. Il raconte sa propre histoire.
Ces comparaisons pourraient se poursuivre indéfiniment. On peut les étendre assez pour couvrir les champs les plus vastes, ou les ramener aux plus minutieux détails, et plus la comparaison est complète, plus grande apparaît la ressemblance de ces instruments avec d'autres paléolithiques, et leur différence des instruments néolithiques.