CES INSTRUMENTS SONT PALÉOLITHIQUES
On dit que ces instruments sont une matière préparée pour le transport et pour la fabrication d'instruments plus parfaits.
Quelques archéologues, admettant comme un fait évident la fabrication de ces instruments par l'homme, les ont classés comme une matière simplement dégrossie, préparée par une réduction de son poids, pour le transport et destinée à servir sur des points éloignés, quelque jour à venir, à la fabrication d'autres instruments plus parfaits. Cette théorie de dégrossir la matière pour la transporter et lui donnerun futur poli, estla théorie favorite de plusieurs archéologues. C'est ainsi que bien souvent dans notre Amérique on fait avec de la matière (stéatite) destinée à fabriquer des vases. J'accorde que cette théorie est exacte en général quand elle s'appKque à des matières trou-
vées dans des carrières, des bancs de rochers ou d'autres masses et trop lourdes pour être faciles à transporter. Mais on ne peut l'appliquera ces instruments, caries cailloux naturels étaient disséminés à profusion sur la surface, côte à côte avec ces instruments (comme cela se voitàPiney branch et à Rock Creek) et pouvaient être transportés pour une fabrication future aussi facilement dans leur état naturel qu'après avoir été ainsi dégrossis. Ce travail ne les a pas améliorés comme matière, soit pour le transport ou leur futur emploi. Quand le raisonnement tombe, la théorie tombe avec lui.
On ne saurait imaginer pourquoi un Indien serait allé sur les collines de Piney Branch ou de Rock Creek, et là, du milieu des milliers de cailloux de quartzite disséminés à la surface, en aurait taillé quelques-uns tels que nous les trouvons maintenant, pour en faire simplement une matière réservée pour un usage présent ou futur, soit par transport, dans un autre endroit. Personne n'a jamais trouvé le genre d'instrument que les Indiens avaient ainsi commencé ou voulu faire ; la raison pour laquelle ils l'auraient commencé n'a pas encore été donnée, non plus que celle pour laquelle ils l'auraient travaillé jusqu'à un certain point, et là ils se seraient arrêtés, apparemment pour prendre un autre caillou et répéter la même opération. Quelque difficulté que nous ayons à comprendre pourquoi l'homme paléolithique aurait fait ces instruments avec tant de profusion, cette difficulté s'augmente quand nous essayons d'expliquer pourquoi les Indiens auraient fait tant d'ouvrage inutile en préparant de telles quantités de matière restée sans emploi, comme le fait supposer le grand nombre de ces cailloux dégrossis.
Quant à l'opinion que ce sont des instruments inachevés, une inspection fera voir que beaucoup étaient entièrement finis. Quel qu'ait pu être leur usage ou leur destination, quelle qu'ait été l'intention de leur fabricant, il n'était pas besoin de plus de travail pour les finir.
Que ces instruments aient quelque ressemblance avec des blocs de matière brute, cela n'est pas impossible. Ils sont
comme eux des éclats de pierre et peuvent leur ressembler eu cela ; mais en les comparant en détail on découvre que leur dessin, leurbut et leur façon sont différents. La plupart de ces instruments ont reçu des côtés, des tranchants et une pointe prête à servir, et d'autre part la manière dont ils sont taillés montre que ce travail ne devait pas être poussé plus loin. Au contraire, le bloc de matière brute n'est qu'un informe morceau de pierre, avec des fractures irrégulières et indécises.
On s'est demandé si les parcelles et fragments taillés sur le caillou en faisant les instruments, n'ont pas été destinés à fabriquer d'autres instruments indiens, tels que, par exemple, la tête de lance et la tête de flèche. Bien que cet emploi fait par rindien ou par l'homme néolithique ne puisse combattre la proposition que je soutiens dans ce mémoire, et malgré le désir que j'aurais eu de concéder la probabilité d'un tel emploi, un examen attentif des fragments eux-mêmes et leur comparaison avec la tête de flèche ou de lance indienne trouvée sur les emplacements de leurs villages m'impose la conviction du contraire. Si quelqu'un prétend nier ou mettre en question cette conclusion, qu'il essaie d'abord de faire une tête de flèche ou de lance avec un de ces morceaux ou fragments.
Mais on les trouve à la surface. Ces instruments paléolithiques furent jetés, mis ou laissés en fait à la surface, par le dernier homme qui s'en servit, et ils restèrent là gisant sur le sol jusqu'au moment où ils furent retournés par la charrue, ou cueillis par le collectionneur. Ils n'étaient point doués de mouvement, par suite ils ne purent changer de position. Ils restèrent h la place même où ils avaient été jetés, et ils resteraient ainsi des milliers d'années s'ils n'en étaient dérangés. Si l'Indien moderne était venu cent, mille ou même dix mille ans plus tard, occuper le même sol, et s'il avait jeté ou perdu sa hache de pierre polie, sa hache à rainures, ou s'il avait lancé sa flèche de telle sorte qu'elle vint à tomber à côté des instruments paléolithiques, la découverte de ce mélange ne serait pas une preuve que leur dépôt originel fût contemporain et n'amoindrirait même pas l'idée
qu'un grand intervalle de temps s'est écoulé entre les uns et les autres. On peut en fournir deux exemples frappants.
Ce n'est pas du tout chose impossible en France de trouver dans la même pelletée de terre, mie pièce de monnaie romaine, avec un sou moderne français. De même la tête de flèche en silex des Indiens peut se trouver sur bien des champs de bataille à travers le sud des Etats-Unis gisant côte à c6te avec la balle de ploinb.du fusil de la dernière guerre. La découverie des deux instruments réunis dans des gisements restés intacts, dans des tumulus, des cavernes ou des tombes pourrait être une preuve de leur origine contemporaine, mais ils n'ont jamais été trouvés dans cette condition. Le fait qu'Us se rencontrent les uns près des autres à la surface, ne prouve pas du tout qu'ils soient contemporains.
Quand je compare ces instruments trouvés sur les collines et dans les vallées des environs de la ville dp Washington, avec ceux qu'on a relevés par milliers sur différents points des États- Unis, des bords de l'Atlantique aux rivages du Pacifique, et que je trouve qu'ils sont en substance le même instrument ; que je compare ceux d'Amérique avec ceux, non moins nombreux, de l'Europe et de l'hémisphère oriental, et que le résultat me les montre tous en substance le mèmeinstrumeut ; quand ensuite je les compare avec les instruments de la période néolithique, Eupécns ou Américains, Indiens ou non, et qu'ils m'aiiparaisscnt dissemblables, impossibles h concilier, sauf en un très petit nombre de cas insignifiants ; quand je vois que foutes ces choses sont des faits réels, je suis amené par force à conclure que ces instruments des Etats-Unis appartiennent bien à la même cul-