I. SOINS ET SUITES POST-OPÉRATOIRES
En règle générale, pour une appendicectomie à froid, les chirurgiens sont d’accord pour mettre les opérés à la diète absolue les deux premiers jours; on leur accorde toutefois quelques boissons glacées telles que du champagne. La première semaine, l’alimentation sera très légère. L’intestin ne sera mobilisé qu’au septième jour. Le régime alimentaire sera assez sévère les premiers mois; il sera végétarien en
APPENDICEC TOMIE.
grande partie. Le malade ne se lèvera qu’avec une ceinture qu’il portera environ six mois.
Après une opération difficile, ayant nécessité des manœuvres un peu longues, il est prudent de laisser un drain pendant vingt-quatre heures. Le drain ne sera toutefois retiré au bout de ce temps que si le pouls, la température, l’aspect de la plaie et l’état général du malade le permettent.
La résection de l’appendice a pour effet non seulement d’enlever un foyer, source de dangers péritonéaux, mais encore de mettre un terme aux douleurs, aux troubles digestifs, aux vomissements, aux coliques intestinales, aux dyspepsies et entérites qui sont le cortège habituel de l’appendicite chronique. M. Richelot(‘), MM. Broca et Barbet (2) ont insisté dernièrement sur ces conséquences favorables de l’ablation de l’appendice. « Le premier fait, disent MM. Broca et Barbet, est l’amélioration extraordinaire de l’état général. Les enfants qui se nourrissaient mal, restaient chétifs, reprennent des forces et des couleurs. Les douleurs iliaques disparaissent. L’appétit renaît; les vomissements, les coliques intestinales font place à un fonctionnement très régulier du tube digestif. »
L’appendicectomie a donc une influence tout à fait favorable sur les troubles digestifs qui accompagnent l’appendicite chronique et on doit admettre, avec Duret, que, si l’appendicite chronique succède parfois à l’entéro-colite, celle-ci peut être à son tour entretenue par l’appendicite.
— Après une appendicectomie à chaud , les soins post-opératoiles demandent plus d’attention. Si l’appendice a été enlevé dans un foyer purulent enkysté, l’abcès sera lavé et largement drainé. On fera tous les jours un lavage soigné de la
î. L.-G. Richelot. Entéro-colite et appendicite. Académie de médecine. Seance du 5 juin 1906.
2. Broca et Barbet. Résultats éloignés de la résection de l’appenmce au cours de l’appendicite chronique. Presse médicale, 8 août 1908,
CHIRURGIE DE L'INTESTIN
poche, à l’eau oxygénée de préférence. On laissera la plaie se cicatriser de la profondeur vers la superficie et on ne raccourcira le drain qu’autant qu’il sera repoussé, pour éviter toute rétention profonde et la formation d’un nouvel abcès.
Si des mèches ont été introduites dans la plaie, on les retirera au bout de 48 heures, en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas faire trop souffrir le malade; si elles adhèrent trop, plutôt que de les tirailler, il faudra remettre leur ablation au lendemain. En tout état de cause, il ne faudra pas remettre une mèche nouvelle sans retirer la première. A ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de rapporter le cas de cette femme que notre maître, M. Richelot ('-), communiquait récemment à la Société de chirurgie. Après une appendicectomie, l’opérateur avait laissé une mèche de gaze dans la plaie, en recommandant au praticien chargé du pansement d’en introduire une semblable tous les jours. Or, pendant 3q jours, le praticien consciencieux mit une mèche dans la plaie sans s’inquiéter des mèches précédentes et, après la dernière, la plaie se ferma et la malade guérit sans manifester le moindre trouble pendant trois ans! A ce moment, des accidents d’occlusion se manifestèrent qui nécessitèrent une intervention au cours de laquelle on découvrit les compresses en question. Empressons-nous d’ajouter, sans autre commentaire, que la malade guérit encore cette fois.
Quant à l’action qu’on doit exercer sur l’intestin, elle est très discutée. En général, on cesse l’usage de l’opium et on donne des purgatifs dès le lendemain.
Brown (*) fait exactement le contraire. L’intestin est enflammé, par contre paralysé, dit-il. Si on donne un purgatif on provoque une mobilisation de l’intestin jusqu’au segment paralysé; puis la vague péristaltique se change en vague antipéristaltique qui évacue le contenu intestinal dans 1 estomac et détermine des vomissements. Il faut au contraire, dit-il,
1. M. Richelot. Bull, et Mém. de la Soc. de Chir., 6 mai 1908.
2. Brown. American medicine, vol. VII, n” 12, 19 mars 1904, p. 4 77’
A PPENDICEC TOMIE.
mettre l’intestin au repos. Dans ce but, il recommande le bandage serré, mais déconseille l’opium, car il arrête les sécrétions.
— Dans les péritonites appendiculaires , le traitement postopératoire a une importance considérable. C’est dans ces cas qu’un traitement bien dirigé a pu sauver des malades voués certainement à la mort, malgré l’ablation de l’appendice et le drainage abdominal.
Les indications à remplir immédiatement après l’opération sont de la plus haute importance.
Il faut combattre l’infection péritonéale pour éviter la résorption de nouveaux produits toxiques.
Il faut lutter contre la paralysie intestinale.
Il faut enfin dominer la septicémie et relever l’état général.
Pour assurer le drainage abdominal on fera mettre le malade sur le ventre. La position de Fowler est également très favorable. Elle consiste à faire asseoir le malade dans son lit, la tête et le tronc élevés (voir page 5).
Pour faciliter l’évacuation intestinale, on recourra aux moyens que nous avons déjà indiqués ; mais, souvent c’est seulement par une entérotomie portant sur un segment d’intestin sus-jacent au segment paralysé qu’on pourra obtenir l’évacuation intestinale.
La septicémie sera combattue par des lavages d’estomac, des injections quotidiennes de 2 à 6 litres de sérum artificiel.
L’état général sera relevé par des lavements alimentaires.
On peut donner avec profit, par cette voie, du sucre de raisin. LennanderQ conseille de l’associer à de l’huile d’olive stérilisée et au sérum salé à 8 pour 1000, en même temps qu on administrera des peptones par une fistule cæcale, si on a été obligé de la créer.
La voie sous-cutanée est également ouverte, mais ce qu’il faut éviter c’est de donner trop tôt des aliments par la bouche.
I. Lennander. /“'■ congres de la Soc. internat, de Cliir. Bruxelles, 10-23 septembre ir>o5.
CHIRURGIE DE E INTESTIN