SURVEILLANCE DE L’OPERÉ SOINS POST-OPÉRATOIRES GÉNÉRAUX
Tout doit entrer en ligne de compte après une intervention chirurgicale. Toutes les manifestations qui ne seront pas physiologiques devront être soigneusement notées. Il est vrai que l’anesthésie pourra apporter de profondes modifications à l’état général de l’opéré; aussi étudierons-nous celles-ci dans un chapitre spécial. Mais il est cependant quelques règles dont le praticien ne saurait se départir sans être taxé de négligence; c’est par elles que nous allons commencer.
Toute personne préposée à la garde d’un opéré devra surveiller :
i° La position du malade.
2° Les réactions individuelles.
3° La respiration.
4" La température.
5° Le pouls.
6° Les urines.
7" Le pansement.
8° L’alimentation.
MERCADÉ.
SURVEILLANCE DE L'OPÉRÉ
i° LA POSITION DE L'OPÉRÉ
Dès que le malade a été remis dans son lit et avant même qu’il ne sorte du sommeil chloroformique, il faut avec soin l’installer dans la position la plus favorable à son repos, tout en s’assurant que cette position n’est pas préjudiciable à la cicatrisation de sa blessure.
On peut placer un malade sur le dos, sur le ventre, sur le côté, ou dans la position demi-assise; mais quelle que soit la position choisie, il faut absolument laisser au chevet du malade une personne qui ne le quittera pas et l’empêchera de se livrer à des mouvements intempestifs.
La position dorsale est celle qu’on recommande après toute laparotomie, au moins pendant les premiers jours. Le malade est couché dans son lit, les jambes fléchies sur un oreiller, la tête basse; mais cette position, parfois très pénible, n’est pas. sans présenter certains inconvénients. Aussi faut-il moins, exiger le maintien de la position fixée qu’empêcher la position qui serait défavorable. Dans la position dorsale, il n’y a aucun inconvénient après les deux premiers jours à permettre au malade de se tourner légèrement sur le côté. Mais ce qu’il faut empêcher, c’est, s’il présente une incision iliaque pourappendicite ou anus iliaque par exemple, qu’il se couche du côté opéré; on s’exposerait à voir se constituer par la plaie incomplètement fermée un prolapsus de l’intestin.
La position dorsale présente quelques inconvénients qu’il nous faut maintenant signaler.
On l’a accusée de favoriser chez les femmes l’apparition d’une cystite, en permettant la stagnation de l’urine dans la vessie; en outre certaines malades ne peuvent uriner dans cette attitude ; on pourra les autoriser à se tourner légèrement sur le côté.
Un inconvénient plus sérieux et surtout plus fréquent est l’escarre du decubitus. Elle siège le plus souvent à la région
SOINS POST-OPÉRATOIRES GÉNÉRAUX
sacrée, en raison de la minceur de la couche adipeuse qui sépare le sacrum de la peau, mais peut également se montrer au niveau des apophyses épineuses des vertèbres ou à l’angle de l’omoplate. Elle est favorisée par le frottement de la région, par le contact des draps mouillés. Il faut ajouter que c’est surtout après les opérations sur l’utérus et ses annexes qu’on l’a signalée.
La pathogénie du decubitus acutus est un des points les plus discutés de la question. Vanverts(1 2), dans un travail de 1904, analyse les diverses opinions émises. Il reconnaît qu’une action mécanique, la compression des parties molles entre le plan du lit et le squelette, en est la cause déterminante, mais qu’elle n’agit que sur un sujet prédisposé dont les tissus sont en état d’insuffisance vitale. Or c’est la cause de cette insuffisance vitale qu’il reste à déterminer.
S’agit-il d’un trouble trophique ayant son origine dans le tiraillement des nerfs du bassin au cours d’une opération complexe ou dans l’irritation inflammatoire des nerfs pelviens après des affections péri-utérines inflammatoires? Si cette explication est possible pour les escarres se manifestant après les opérations pelviennes, comment expliquer celles qui surviennent à la suite d’une opération quelconque?
S’agit-il d’une infection locale ? S’agit-il d’une auto-intoxication comme 1 alcoolisme? S agit-il d une action locale d’agents chimiques tels que 1 éther ou 1 alcool avec lequel on lave les malades avant l’opération et qui stagnent sous le siège? Toutes ces opinions ont trouvé leurs défenseurs.
Il semble néanmoins qu’on ait souvent confondu sous le nom de decubitus acutus des lésions différentes et M. Bazy(s) a fait observer qu’il y a des escarres du decubitus acutus , des escarres dues a une infection locale et des escarres dues à des substances irritantes, vésicantes.
1. Vanverts. Rapport de M. L. Picqué. Bull, de la Soc 23 mars 1904, p. 35 5.