CHAPITRE XV
CURETTAGE DE L'UTÉRUS
Le curettage de l’utérus est une opération simple que tout praticien peut être appelé à exécuter, et dont les soins consécutifs sont de première importance. Nous ne reviendrons pas sur les soins et les suites dépendant uniquement des anesthésiques, leur ayant réservé un chapitre spécial au début de ce livre.
Le curettage est toujours suivi d’un lavage intra-utérin et d’un drainage de la cavité utérine fait avec un drain ou une mèche de gaze suivant les circonstances. Les soins post-opératoires doivent être différents dans l’un et l’autre cas.
SOINS POST-OPÉRATOIRES
Le curettage d'urgence s’adresse en général à une infection post-puerpérale, à une rétention intra-utérine; dans ces cas, on laisse un gros drain dans l’utérus, et on fait matin et soir une injection tiède d’eau oxygénée, les jours qui suivent. A chaque pansement, on enlèvera le drain intra-utérin pour faire l’injection. A l’aide d’une sonde à double courant, on fera passer quelques litres de la solution oxygénée, jusqu’à ce que le liquide ressorte clair; pendant ce temps, le drain sera lavé dans une solution antiseptique; on le replacera ensuite
dans la cavité utérine, dont il doit atteindre le fond. L’utérus revenant assez rapidement sur lui-même, on sera obligé, au bout de 2 à 3 jours, de le remplacer par un drain plus petit. Les lavages seront exécutés dans les mêmes conditions, et si, le 5e ou 6e jour, la température n’est pas montée au-dessus de la normale, on sera autorisé à enlever le drain, et à cesser tout lavage intra-utérin. On se contentera dès lors d’irrigations vaginales.
Si le curettage n’a pas fait tomber la température, si elle persiste le lendemain de l’opération, si les phénomènes généraux s’accentuent au lieu de s’atténuer, c’est que l’infection s’était déjà généralisée, et qu’on est arrivé trop tard. Il ne reste dès lors à la malade qu’une chance de salut, et encore est-elle souvent bien minime : elle est dans l’hystérectomie totale.
— Dans les métrites hémorragiques, dans les métrites fongueuses, dans les métrites post abortum sans grand fracas, le curettage comporte des soins un peu différents.
Le curettage est, dans ces cas, suivi d’un pansement intrautérin qu’on fait d’habitude à la gaze imbibée dans une solution de glycérine créosotée ou de chlorure de zinc. Ce pansement peut être laissé en place 48 heures, maintenu par des tampons vaginaux.
Le premier pansement sera donc fait le surlendemain. On enlèvera la mèche, et, après un lavage intra-utérin à la sonde à double courant, on fera tout simplement un tamponnement vaginal qu’on enlèvera au 5e ou 6e jour. Les jours suivants, on se contentera de faire matin et soir une injection vaginale et la malade sera autorisée à se lever au 10e jour.
Quelques chirurgiens préfèrent renouveler les pansements intra-utérins tous les deux jours, pendant une dizaine de jours.
Quoi qu’il en soit, tous les soins ultérieurs devront être donnés avec l’antisepsie la plus rigoureuse.
Si l’hémorragie, très abondante après le curettage, a né-
CURETTAGE DE U UTERUS.
cessité un tamponnement de la cavité utérine, on pourra l’enlever en toute sécurité, au bout de 48 heures.
Lorsque le curettage a été bien fait, les soins post-opératoires bien compris, les suites en sont généralement très bénignes. Grâce aux culs-de-sac glandulaires pénétrant dans le tissu musculaire, et que la curette respecte toujours, la muqueuse utérine se renouvelle facilement; elle est complètement régénérée en 25 à 3o jours. A partir de ce moment, la femme peut être rendue à sa vie habituelle : l’ovule fécondé peut se développer normalement.
COMPLICA TI ON S P OS TOPÉ RA TOIRES
Il est bien rare qu’un curettage jien fait expose à des complications post-opératoires. Nous ne ferons que signaler la péritonite consécutive à une perforation utérine. Elle se développe bien secondairement, mais elle est un accident opératoire immédiat.
La rétention d'urine s’observe parfois. Elle est alors sous la dépendance directe du tamponnement vaginal qui, comprimant l’urètre, met obstacle à l’évacuation de la vessie. Il suffit alors de lever l’obstacle, c’est-à-dire le tamponnement, pour voir cet accident disparaître.
Des poussées de salpingite , de péritonite pelvienne , ont été signalées à la suite d’un curettage. Dans ces cas, dès le soir ou le lendemain de l’opération, la malade ressent de vives douleurs dans le bas-ventre. Le pouls est accéléré; la température monte brusquement à 40°.
S’il existe une mèche ou un tamponnement intra-utérin, il faudra immédiatement l’enlever. On pratiquera ensuite le toucher d’une façon rigoureusement aseptique ; le mieux est de le faire avec un gant stérilisé. On trouvera le plus souvent du côté des annexes ou du paramètre tous les signes d’une réaction locale, et, si on interroge la malade, on apprend qu elle avait présenté antérieurement des signes d’inflamma-
tion du côté des annexes. Le curettage est venu réchaufferies lésions qui ont subi de ce fait une nouvelle poussée.
Le repos le plus absolu, la glace sur le ventre, doivent être immédiatement prescrits. On laissera absolument libre le conduit utéro-vaginal, en se contentant de faire matin et soir des injections vaginales chaudes.
Le rétrécissement du col peut s’observer après un simple curettage, quand l’opération n’a pas été bien conduite. La femme peut être dès lors très difficilement fécondée, et parfois même rester stérile. Ces cas sont rares à la vérité, et, si on les a signalés, c’est surtout après l’accouchement; à ce moment, en effet, la muqueuse étant complètement détachée, la curette s’attaque surtout à la musculeuse.
HYSTERECTOMIE ABDOMINALE
Les suites opératoires d’une hystérectomie abdominale sont en général très simples, qu’on ait recours à l’amputation sus-vaginale ou à l’amputation totale. Cette dernière jouit cependant d’une moins bonne réputation, probablement parce qu’elle est d’une exécution plus délicate. Il faut toutefois bien savoir que c’est surtout à la direction des soins post-opératoires qu’est subordonné en grande partie le pronostic dans l’un et l’autre cas. La moindre faute dans le traitement consécutif peut conduire aux pires catastrophes. Aussi est-il de la plus grande utilité de bien connaître les suites normales de l’intervention avant d’étudier les accidents post-opératoires qui peuvent survenir du fait de l’opération elle-même.
HYSTÉRECTOMIE ABDOMINALE.