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FORMATION DU CAL NORMAL

Nous ne pouvons aborder l’histoire des complications qui peuvent survenir à la suite d’une fracture osseuse, sans rappeler en quelques mots l’évolution normale de la consolidation et le travail intime de la réparation, bien mis en lumière par Duhamel, Dupuytren, Cruveilhier, Heine, Ranvier, Ollier, Rigal et Vignal, Kiener et Poulet.

La formation du cal passe par deux phases (cal provisoire et cal définitif), qu’on peut plus justement diviser en quatre périodes, d’après les phénomènes qu’on observe. Ces quatre périodes sont précédées d’une première étape de 5 à 6 jours, indifférente, pourrions-nous dire, pendant laquelle on ne constate aucun phénomène de réparation ; le sang épanché au niveau du foyer de la fracture, dilué par une certaine quantité de lymphe plastique, devient plus fluide; le périoste se gonfle, et il se produit une abondante diapédèse de leucocytes; c’est la période hémorragique et exsudative de Kiener et Poulet.

— La première période de la formation du cal débute vers

le 6e jour; elle dure 8 à 9 jours. Le travail de réparation commence par la formation d’un manchon cellulo- fibreux ou virole externe de Duhamel et de Dupuytren, ou cal périostique, qui s’étend d’un fragment à l’autre; cette capsule répond en dehors au tissu cellulaire et aux muscles, avec lesquels elle se confond parfois, pour former la capsule musculopériostique de Gosselin ; en dedans, elle est en rapport avec l’espace interfragmentaire, et le liquide séro-sanguin épanché.

— La deuxième période commence au 1 5e jour et finit vers le 40e. C’est la période du cal Jibro-cariilagineux ; elle est caractérisée par l’apparition de tissu cartilagineux qui infiltre la capsule cellulo-fibreuse. En même temps, on assiste à la prolifération de la moelle centrale; elle perd sa coloration jaunâtre, pour devenir rougeâtre, embryonnaire, et, à ses dépens, se forme la cheville cellulo-fibreuse centrale, la virole interne de Dupuytren, le cal médullaire.

Quant aux fragments osseux, ils présentent les phénomènes de l’ostéite raréfiante.

— Du 40e au 6o° jour se forme le cal osseux ; c’est la 3e période qui aboutit à la formation du cal primitif de Miescher, du cal provisoire de Dupuytren. L’ossification commence par les extrémités de la virole externe et gagne toute la capsule, de dedans en dehors, en respectant toujours sa face externe. La virole interne s’ossifie ensuite; le processus débute par ses extrémités et aboutit à la formation d un véritable cylindre.

La substance intermédiaire de Breschet, située entre les deux viroles, et dépendant surtout de la virole externe, reste longtemps fibro-cartilagineuse; elle forme le cal inter fragmentaire dont l’ossification est tardive.

— La 4e période, période du cal definitif est très longue, chez les petits animaux, elle dure 60 jours (du 60e au 1 eo , chez l’homme, il faut plusieurs mois et parfois même plu sieurs années, pour que l’ossification soit complète. La con

TRAITEMENT DES FRACTURES. 4M

stitution définitive du cal nécessite la régression progressive du cal périostique et du cal interfragmentaire, la raréfaction osseuse de la virole interne et la restauration du canal médullaire.

Dans les os courts , le rôle de la virole périostique est beaucoup moins important, et la consolidation se fait surtout aux dépens de la moelle et du tissu interfragmentaire.

Dans les fractures juxta- articulaires, la consolidation se fait par cal périostique et interfragmentaire ; il n’y a pas de virole interne, puisqu’il n’y a pas à ce niveau de cavité médullaire.

Dans les fractures articulaires , le cal est essentiellement interfragmentaire sans virole externe, ni interne.

Les différentes opinions, émises autrefois sur la formation du cal, sont complètement abandonnées aujourd’hui. Le cal ne se forme pas aux dépens d’un suc glutineux épanché entre les fragments (suc ossifiant de Galien, cambium de A. Paré, gelée de Troja, lymphe coagulable de Breschet, lymphe plastique de Miescher, blastème de Robin).

Il ne se forme pas aux dépens du sang épanché au niveau du foyer de la fracture (Antonio de Heyde, Howship, Hunter).

Il n’est pas le résultat de la transformation osseuse des bourgeons charnus se développant à l’extrémité des fragments (Bordenave, Bichat, Larrey).

Il se forme, comme l’avait pressenti Duhamel dès 1739, aux dépens de la couche profonde du périoste. « Tous les tissus qui limitent le foyer d’une fracture, dit Ollier (*), prennent part à la formation du cal ; mais ils concourent à cette formation d’une manière très inégale. Le périoste joue le principal rôle; à lui seul, il pourrait même remplacer toutes les autres sources d’ossification. La moelle s’ossifie toujours plus ou moins au niveau de la fracture ; elle contribue d’au-

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