III. ANÉVRISMES DE LA CAROTIDE PRIMITIVE
Chifoliau, dans sa thèse (* 2), nous donne un excellent résumé de tous les traitements appliqués durant ces dernières années à l’anévrisme carotidien. Laissant de côté le traitement médical de cette affection, nous n’envisagerons que les méthodes d’Anel (ligature au-dessous du sac), de Brasdor (ligature audessus du sac), l’opération de Syme (incision du sac), la méthode de Purnam (extirpation du sac).
Ce qu’il faut bien savoir avant tout, c’est que, quelle que soit la méthode employée, il faut lui associer le traitement médical par l’iodure de potassium ; ce qu’il faut craindre, en effet, c’est la moindre perméabilité des artères cérébrales et le défaut de communication entre elles, rendant la ligature dangereuse.
1° Méthode d’Anel. — La méthode d’Anel appliquée au traitement des anévrismes de la carotide primitive donne d’assez bons résultats opératoires. Les suites en sont souvent très simples. La mort assez fréquente autrefois, puisque la statistique de Le Fort donnait 44 pour 100 de mortalité, devient plus rare avec les progrès de l’asepsie; dans la statistique de Chifoliau portant sur 25 cas, nous ne trouvons que
2 cas de mort, soit 8 pour 100.
Après la ligature, le sang se coagule dans le sac jusqu’au niveau du bulbe carotidien. La carotide externe largement
1. M. Guinard. Traitement des anévrysmes de la base du cou par la double ligature simultanée de la carotide primitive et de la sous-clavière droites. Rev. de Clur., n° 2, 10 février 19 °9> P1 5^6.
2. M. Chifoliau. L’anévrisme de la carotide primitive et son traitement chirurgical. Th. de Paris, 1904.
ANÉVRISMES ARTÉRIELS. 53g
anastomosée avec son homologue fournit à la carotide interne le sang nécessaire à la circulation cérébrale.
En général, la tumeur anévrismale diminue de volume et les troubles de compression qu’elle déterminait (dyspnée, troubles laryngés, accès de suffocation) disparaissent.
Néanmoins, on observe souvent des vertiges , des syncopes, des engourdissements dans les membres. Ce sont là des accidents légers qui ne persistent pas.
Le délire et les convulsions sont beaucoup plus graves et d’un fâcheux pronostic.
L’ aphasie, les paralysies partielles sont signalées dans quelques observations.
Les troubles oculaires se traduisent par des modifications pupillaires, de la diminution visuelle, des convulsions des muscles de l’œil, des suppurations.
L 'hémiplégie est l’accident le plus grave : elle survient du 2e au 4e jour, du côté opposé à la ligature. Elle est généralement totale.
Tous ces accidents s’expliquent assez facilement par la théorie de la thrombose ascendante, émise par Le Fort et confirmée par M. Guinard(').
L’oblitération de la carotide peut remonter au delà du bulbe, gagner la carotide interne (troubles cérébraux), l’ophtalmique (troubles oculaires), et ce phénomène de thrombose ascendante se produit, grâce non seulement à une insuffisance des anastomoses entre les carotides externes, mais encore aux altérations artérielles d’origine artério-scléreuse et à l’infection toujours possible.
Dans un cas récent de M. Rochard (1 2), la malade ne présentant plus trace de l’anévrisme neuf mois après la ligature, on vit s’installer progressivement une hémiparésie gauche. M. Rochard la rapporte à un ramollissement à début lent par
1. Guinard. Annales des mal. des oreilles et du larynx , i8q6, n° ii, et Bulletin général de thérapeutique , 1894 (3o janvier, i5 et a8 février).
2. M. Rochard. Bull, et Mém. de la Soc. de Chir., 8 juillet 1908.
thrombose (artérite oblitérante favorisée par l’ischémie consécutive à la ligature de la carotide).
La suppuration du sac expose à des accidents souvent redoutables : des hémorragies graves peuvent succéder à son ouverture secondaire ; parfois, comme chez le malade de Godefray('), le sac peut suppurer, et s’ouvrir dans le pharynx. Ailleurs, le sac suppure et reste longtemps fistuleux, exposant le malade à des embolies septiques.
Des troubles laryngés et pulmonaires ont été également signalés.
Ils sont dus à des lésions du pneumogastrique ou des nerfs laryngés au cours de l’opération.
2° Méthode de Brasdor. — Réservée aux anévrismes bas des carotides, cette méthode ne donne, en général, que des résultats peu satisfaisants. Les malades qui échappent à la mort n’obtiennent que de très légères améliorations; les troubles fonctionnels sont peu modifiés; souvent même la ligature reste sans aucun effet. Les accidents de suppuration du sac exposent aux mêmes dangers que dans la méthode d’Anel.
Des hémorragies secondaires ont été signalées, obligeant à la ligature d’Anel.
3° Opération de Syme. — L’incision du sac faite surtout dans les cas d’anévrismes diffus a donné jusqu’à présent d’assez bons résultats. Sur 7 opérations, dit Chifoliau, on a obtenu 6 guérisons et 1 mort dans un cas très ancien.
Une seule fois, il y eut des accidents cérébraux consécutifs.
4° Méthode de Purnam. — L’extirpation du sac nécessite souvent des manœuvres assez longues et des sacrifices importants. Chifoliau en rapporte 5 observations dues à MM. Tuffier, Karewski, Walsham, Delagénière, Castro y Latarre.
Dans tous les cas, il faudra établir un bon drainage de la plaie pour éviter les accidents infectieux.