‹ La perle cachée [microforme]Chapitre 19 sur 29 · SCENE I.—1 Atrium · texte numérisé non relu

SCENE I.—1 Atrium

Entrent EuPHEMtEN, et CARINUS, avec EUSEBE, en manteaux ,

et chapeaux à large bord. Eusee enlève leurs habits de | voyage, et sort. CARINUS porte la bulle autour de son | COU: |

(Un canapé, qui n’est relevé que par un bout, dans l’apparte-

ment.) Eurx. Eh bien! cher Carinus, es-tu fatigué? | Car. Non, mon père, —puisque je dois vous N T

appeler ainsi d’après vos ordres—le trajet de ce

matin a été charmant. Que pourrait-il y avoir de

plus enchanteur que les rives du Tibre, bordées de

ces villas de marbre, rafraîchies par l’ombre des

pins immobiles, et des cyprès qui inclinent légère-

ment leurs cimes? Tout était si tranquille; ex- |

cepté les proues dorées qui glissaient rapidement +

sur la surface des eaux, brillant d'un doux éclat,

comme des essaims de mouches luisantes en été. 4 Euex. Sois donc le bienvenu à cette riante de-

meure qui est la tienne. | Car. (jetant les yeux autour de lui.) Riante de- À

meure ! Elle l’est en effet, et magnifique ! Mais pas

encore mienne.

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EuPx, C’est vrai: puisque demain est le jour fixé pour ton adoption. Alors, oui, plus véritablement, tout ce que tu vois sera tien ; et plus encore que tu ne vois.

Car. Comment cela peut-il être, si votre héritier est encore vivant ?

Eurx. Hélas! tout espoir est désormais éteint !

Car. Comment cela ? |

Eupx. J'ai vainement parcouru le monde entier, fait des proclamations, offert de fortes récompenses, et par-dessus tout, j'ai compté que les instincts de l'amour filial, en quelque lieu qu’il fût, réclameraient ses droits.

Car. Si le ciel avait des droits plus forts, tout cela devait être vain.

Eupx. Le fils de Marie ne voulut être cherché par ses chers parents que trois jours et trois nuits; — il y à bien dix ans complets que je cherche le mien.

Car. O père, ces trois jours furent aussi longs que vingt ans pour le cœur de Marie !

Eupx. (À part.) Quelle sagesse dans cet enfant ! (A haute voix.) Mes espérances sont épuisées. Donc, demain, anniversaire de notre long deuil, va marquer notre passage de la douleur à la joie. L'empereur vient faire honneur à mon humble ban. quet. À la fin du repas, au bruit des trompettes et

des cymbales, Honorius lui-même te nommera l'héritier de toute la fortune de ton oncle.

Car. Et si Alexis, avant que l’écho de ces fanfares ait expiré, apparaît au milieu de nous ?

Eurx. Non, cela ne peut être. N’éveille pas de telles illusions. Depuis cinq ans que je suis soutenu par les encourageantes paroles d’un jeune et pieux pèlerin qui habite encore entre ces murs --..dix ans, c’est espérer bien longtemps!

Car. Mais, dites-moi, père ; Alexis était-il bien tel qu’on me l’a représenté, aimable et doux, obéissant, pur, très-compatissant envers les malheureux, dévot envers les saints, brûlant de l'amour céleste ?

EuPx. Tout cela, dix fois plus, et dix fois plus encore.

Car. Alors laïssez-moi partager ses vertus, sans jamais usurper son héritage. Alexis est vivant, et il réclamera son bien.

EuPH. Qui vous fait parler ainsi, enfant ?

Car. Vous avez décrit un saint, un saint tel qu'il ne saurait mourir sans que toute l'Eglise le sache. Rappelez-vous-le : lorsque le mendiant Servulus mourut dans la cour de l’église de Saint- Clément, notre terrestre psalmodie fut réduite au silence, afin que l’on pât entendre les anges qui, en dehors, chantaient l'hymne de son départ,

EuvPx. Oh ! puisse-t-il en être ainsi! Alors ne

s'occupera-t-il point de la fortune et des honneurs de ce monde !

Entre Eusere.

EuseBr. Pardon, seigneur ! La famille est ici en dehors, qui désire rendre hommage et à vous-

même, et à son futur seigneur.

Eurx. Faites-la entrer !

Entrent Davus, Vera, ef d’autres esclaves qui serangent de chaque côté.

Euseps. Vos serviteurs, seigneur, désirent vous souhaiter de nouveau la bienvenue, après votre longue absence, et demander pour vous de nombreusesannéesde tranquillité domestiqueet de joie. Dissipez le nuage qui a si longtemps voilé l'éclat de cette maison. Essayez d'oublier, en apprenant comment espérer ! Puisse cette jeune fleur (montrant Carinus,) attachée à l'arbre domestique couvrir de ses grâces les derniers ravages de l’hiver.

Car. Non, brave Eusèbe, dites plutôt le fruit mûri de l'automne; je ne suis qu’un enfant, et je ne puis prendre la place de la vertu virile. Mes amis, je vous remercie de vos souhaits affectueux ; et puisque vous m'aimez, accordez-moi cette unique faveur—je ne désire pas d’être courtisé,

flatté, nourri de discours mielleux. Faîtes-moi entendre la vérité, tous, en tout temps, cette vérité fût-elle un blâme,

Tous. Bravo ! Bravo !

Eur. Merci, mes braves amis ; de telles preuves de.bons sentiments lient fortement d'un: amour mutuel tous les membres d’une maison. Hâtezvous, une dernière fois, de préparer chacun votre partie pour notre joyeux demain, où l'empereur viendra honorer notre banquet et proclamer notre nouvel héritier. Le soleil de demain va donner une éclatante blancheur à nos voiles de deuil, et réveiller la joie dans la demeure des ancêtres,

(Tous sortent.)

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