‹ La perle cachée [microforme]Chapitre 20 sur 29 · SCENE II.—Même décor · texte numérisé non relu

SCENE II.—Même décor

Entre Arexis seul, pâle et faible—it s’assied.

ALEx. Combien de temps? O ciel! combien de temps traînerai-je cette hinguissante vie ? Il \ æura bientôt cinq ans accomplis que je suis entré ici. Le temps a coulé paisiblement, tout en accélérant toujours sa course rapide, et aujourd’hui je me sens comme un homme qui arrive près d’une cataracte. Son esquif glisse sans bruit sur lesillon uni du liquide, qui se courbe enfin sur la saillie rocailleuse, Je me sens aussi calme, aussi attiré vers le

Le.

repos, bien que je sois encore sur la vague qui s'élève. Mon cœur palnite sensiblement, il est vrai, et cependant il ne se trouble pas. C’est avec bonheur que je verrais avant de mourir mon futur héritier. Une seule fois, alors qu’il n’était encore qu'un petit enfant, je l’aperçus à la dérobée. Commelesannéesse précipitent ! Les plus heureuses promesses de l’enfance étaient visiblement empreintessur son front, surses lèvres; relevées encore par le feu de son regard ; si cette jmemière page n’a pas menti, le livre est précieux.

Entre Eusese, portant un plat.

Eusege. Bonjour, Ignotus, il me tardait beaucoup de vous voir, depuis notre retour. Mon-noble maître, Euphémien, m’en fournit enfin l’occasion. Acceptez de sa part ce mets préparé pour sa propre table. Mais, bon Dieu! que vous êtes cruellement changé! Etes-vous malade ?

ALEX. Maïs je suis très-bien.

Euse8e. J'ai bien peur, Ignotus, que pendant notre absence, vous n’ayez souffert beaucoup de la part de ces esclaves indisciplinés et grossiers.

ALEX. Oh! non. Car il me siérait mal de me plaindre, moi quifus envoyé ici pour y: pratiquer une patience plus grande, que n’en eut jamais l’ermite, dans sa grotte solitaire,

La fin en est proche,

EUSEBE. Que voulez-vous dire, ami Ignotus ?

ALEX. Vous le saurez bientôt. Mais parlez moi donc de cet enfant.

Eusese. De Carinus ?

ALx. Oui. Est-il un héritier digne du bon Euphémien ?

Eusige. Je dirais presque digne de l'excellent Alexis: du reste vous-même vous le connaîtrez. Car il lui tarde beaucoup d’av ir quelque conversation avec vous, ayant été lui-même élevé en Asie.

ALEX. Hâtez-vous de l’amener.

EuseBe. (partant.) Je vais le chercher.

ALEX. (enlevant le plat.) Pendant que moi, je vais porter ces friandises à Gannio, qui est à la porte ; il les aime beaucoup.

(Pendant qu'il parle, entre URsSuLUS, qui le rencontre. EUSEBE s'arrête tout à coup à la porte, de l’autre côté, et regarde de là, sans être vu.)

Urs. Holà ! coquin! où vas-tu si vite avec ce beau plat? Donne-le tout de suite !

ALex. Volontiers, veuillez l’accepter de ma part!

*Urs. Accepter, vraiment, ce qui est à moi!

Quel droit as-tu, toi, gueux d’intrus, de détourner à ton profit ce qui, en justice, appartient aux gens

de la maison? Je ne veux pas l’accepter, je le

prends.

(IT lui arrache le plat, et pousse rudement Alexis, qui chancelle et tombe à la renverse sur sa couche. Il se relève tremblant, et se tient debout ‘4 milieu de l'appartement, Au moment même, CARINUS entre du côté opposé où se trouve Eusèbe. Etonné de cet acte, \ se retire à l'arrière de la scène, et reste sans être vu derrière un pilier.)

EusEBE. (se précipitant en avant et saisissant le

plat.) Arrière! sale harpie ! vorace, impure ! qui

souilles ce que tu touches!

(Ille pousse à travers le théâtre, de sorte qu’il heurte PRoCULUS, au moment où ce dernier entre. Puis il met le plat sur la table.)

Proc. Qu'est-ce que cela veut dire, esclave ?

Urs. C’est Eusèbe, monsieur. qui n’a poussé contre vous, après m'avoir arraché un plat, que je portais de la part d’Ignotus à Gannio.

Eusege. Il ment, monsieur, honteusement.

Proc. Silence, toi, effronté d’esclave !

Evusege. Pas plus esclave que toi.

Proc. Ha ! tu oses, fripon !

Euvsege, Fripon, moi ; monsieur, plus de cela ! je suis libre comme toi.

Proc. Nousallons le voir àl’heure même. Allons! Drsulus, parle,

Urs. Je dis donc que tout provient de cet intrus d’'Ignotus. Depuis qu’il est entré dans la maison, il n’y a pas eu de paix, nous n'avons eu que des querelles à cause de lui, Et Eusèbe a toujours pris sa part, en dépit de ce que vous nous avez enjoint de faire, il y a cinq maudites années

Proc. Tu dis vrai. C’est une aiguille ou la pointe d’une flèche, logée dans la chair,qu’un étranger qui s’insinue dans une maison. De quelque côté qu’elle remue, elle cause de l’irritation et de la douleur.

Eusege. Et de grâce! est-ce lui quis’est introduit, ou est-ce le ‘maître de la maison qui l’a invité, même pressé ?

Proc. Que m'importe, dès qu’il est ici contre ma volonté à moi ?

ALEX. En vérité, mais je ne savais pas qu’il en fût ainsi, Proculus,

Proc. Il faut que tu aies été très-stupide, alors,

ÂÀLEX, Comment cela ?

Proc. Est-ce que tu ne pouvais pas comprendre, avant d’avoir été ici une seule heure, que j'avais juré que tu n’y resterais pas cinq heures de plus ;

EusEse. Ce serment s’est trouvé faux comme celui qui l’a fait,

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