‹ La perle cachée [microforme]Chapitre 22 sur 29 · SE RE · texte numérisé non relu

SE RE

s 114 ALex. Contenez-vous, Eusèhe ; je me connais une bien.

ort à : (Carinus se rapproche de plus près encore sans Qui être remarqué.)

‘une Mon ami (s'adressant à Proculus.), ai-je jamais t ne | laurmuré une seule plainte, même à la brise ? r'ais- | Beaucoup moins encore aux oreilles d'autrui. Ne pied me suis-je pas courbé assez devant vos reproches ? ed.) | Ne me suis-je pas incliné assez profondément X1S-

devant votre dédain, ou abaissé, prosterné dans la poussière, sous les coups de votre colère, ou les

ne indignes soufflets de vous et de vos serviteurs ? j'ai ù Proc. Arrête, vilain, arrête. — Pro- Eus:8E. Le vilain dans ta peau !

E ALex. Eusèbe, si vous n’aimez, silence! Proculus, dites si en cela, je ne me suis pas abaissé suffisamment pour satisfaire à votre bon plaisir, et je vais implorer mon pardon. Si je n’ai pas ét.

se assez doux et assez humble, si j’ai scandalisé quel-

ed que frère trop faible, par une conduite hautaine,

14, pendant que j'ai demeuré dans cette maison, dites-

aus ie-moi, que je m’humilie jusque dans la poussière

ne devant vous et levant lui, et que je m’en aille . pardonné.

us, EuseBs, Non; c’est à lui à vous demander par-

don.

PROC. Bah! iu es venu jouer un rôle, et tu l'as

bien joué ! Le rusé, l’hypocrite pèlerin, qui ne se plaint pas d’un bon gîte! Un peu de patience, ce n’est pas trop pour payer cinq années de couvert, de vêtement, de nourriture et d’aumônes, Où est le mendiant qui ne puisse endurer un reproche, même des coups, pour une pièce de monnaie ?

Mais vivre cinq ans des sueurs qui coulent sur le front des autres, ce doit être le paradis d’un mendiant !

Eusegr. *Tonte! Honte !

Proc, Oui, honte en effet, qu’un jeune et robuste vagebond vienne manger le pain des honnêtes gens qui travaillent !

Urs. Et plus honnêtes que lui, je vous en réponds.

Proc. Honte, qu’il soit à assis toute la journée, comme sil était chez lui, dans la maison d’ur autre, au ‘ >u de mettre ses forces à profit et de ‘demander son pain à la vigueur, aux nerfs de son bras !

Urs. Engraissé aussi de tout ce qu’il y à de meilleur !

PROC. Puis-je, moi, qui porte sur mes épaules le poids de cette maison, puis-je voir avec patience un fainéant de parasite se repaître de notre substance ? la sucer jusqu’au sang ?—AÀ présent, écoute ma réponse : sous de justes reproches, sous

un mépris bien mérité,des coups richement gagnés, tu as peut-être bien fait de te courber— mais pas assez bas, d’une bonne brasse, pour la profondeur de mon dédain.

ALExIs. Puis-je descendre plus bas que la poussière ?

Proc. Au-dessous de la poussière !

ALrx. Votre souhait peut s'«ccomplir.

Proc. Non, non: dès demain, va-t-en chercher ailleurs ta fosse. En attendant, voici comme je me moque de toi. (Lui fai claquer ses doigts à la Jigure)

Us. (secouant le poing devant Alexis.) Et moi, comme cela.

ÆEntre EvPREMIEx.

EuPx. Qu'est-ce que je vois? Est-ce ainsi que vous insultez mon hôte ? ;

Euses. Oh! si c'était là tout, seigneur !

Proc. Silence, toi, esclave !

Evrx. Esclave ! Il est maintenant mon affranchi, et par conséquent votre égal.

Proc. (déconcerté.) Seigneur, ie ne le SAVAIS pas. £ ) P Ever. Qu'est-ce enfin ?

Proc. Je l'ai vu, lui que ie crovais esclave ) q y frapper Ursulus.

EUSEBE Seigneur, cela est faux. Cet Ursulus

volait brutalement à Ignotus le mets que vous lui avez envoyé, et je nai fait que le lui retirer.

Urs. O l’infime mensonge ! j'ai entendu Ignotus dire qu’il voulait le faire porter à Gannio ; et c’est pourquoi je Pai pris.

Eupn. Quel rapport y a-t-il entre cela et ce que j'ai vu ?

Proc. C’est que ces deux-là font cause commune pour tourmenter toute votre maison et ne lui laisser ni paix, ni trève. Et je dois l’avouer, je me laissais emporter trop loin par mes sentiments, quand vous m'avez surpris.

Evru. Et vous, maintenant, Ursulus ?

Urs. La délicatesse de mes sentiments s’est trouvée blessée au vif aussi, seigneur. Il na appelé harpie !

Evurx. Qui?

Urs. Eusèbe,

Eurn. Alors pourquoi vous venger sur Ignotus ?

EusrBe. Veuillez me prêter un moment d’attention, seigneur.

Proc. Non, écoutez-moi d’abord: je réclame mon droit.

Euru. Parlez.

PROC. Ignotus, seigneur, m'a durement provoqué le premier. Il m'a reproché de l'avoir méprise,

s lui

œno- ) ; et

que °0mt ne

Juer, enti-

s’est m'a

tus ?

tten-

lame

maltraité. Après cinq années d'hospitalité, il s'est donné comme un homme victime d’injustices.

Car. (du lieu où il est caché) © vilain menteur

Proc. (tressaillant.) Ai-je entendu une voix ?

Eurx Ce n’était qu'un écho. Dit:il la vérité, Ignotus ? Parlez, mon ami, et mettez mon âme à l'aise. (ZT attend un instant.) Vous ne voulez pas parler ?

EUSEBE. Je vais parler pour lui. (C’est une fausse histoire, du commencement à la fin, que Proculus vient de raconter.

Proc. Elle est vraie, seigneur, de tous points. Parle, Ursulus.

Urs. Si elle n’est pas vraie, je n'ai jamais dit un mot de vérité.

Proc. Vous le voyez donc, ce que j'affirme, Seigneur, est. ...

Car. Un mensonge !

(Tous font un mouvement ; Proculus et Ursulus tremblent.)

Eurx. J'ai cru entendre une voix ! ce doit être une imagination. Comment pourrais-je juger au milieu de ce conflit de püroles discordantes, de ces our et üe ces non ?

Proc. Aïnsi, seigneur, vous voyez qu'Ursulus et moi, nous sommes d'accord, d’un côté. De l'autre, Eusèbe est seul. :.…

Eusese. Voyons, parlez, Ignotus.

ALEX. (À Euphémien.) Je ne vaux pas la peine qu’on se querelle ainsi à mon sujet ; car voilà que je vous afflige après avoir éprouvé la grandeur de votre charité. Qui suis-je, moi, pour me permettre de contredire l’un ou l'autre ? De grâce, réconciliez-vous. ...Soyez amis encore une fois.

Proc, Vous voyez qu’il ne rend aucun témoignage, et par conséquent nous restons deux témoins contre. .....

Car. (s'avançant) . ...deux, j'ai tout entendu.

Proc. (A part.) C'était done sa voix! Tout est maintenant perdu !

Car. Du commencement à la fin—oui, tout.

Eusèbe a dit la vérité—les autres, un mensonge.

Proc. Mais est-ce la parole d’un enfant, qui va décider ia question contre deux anciens et fidèles serviteurs ?

Car. Oui, père! ou plutôt notre maître ici à tous! Soyez vousmême notre juge commun ! je sais que je suis jeune ; que je ne’ suis ni habile, ni doué de qualités brillantes; que je n’ai ni la vivacité de la pensée, ni celle de la parole. Mais un seul don, que je possède depuis mon enfance, que j’estime plus que tous les autres, et qui m'est encore éaer..;,

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Proc. (Zroniquer:ent.) Et de grâce, quel est-il ? Car. La vérité. | Mes lèvres n’ont jamais menti, ni ne mentiront,

Euphémien. Brutaux, et dans leurs paroles et dans

leurs actes, ils l'ont été, tous les deux, envers lui,

votre pieux hôte. (Prend la main d'Alexis.) Sois toi-même, Ignotus, mon maître, de ce moment, mon guide, mon ami; enseigne-moi seulement la moitié de cette vertu que je viens de voir en toi, tout en te réservant à toi-même le parfum exquis qui la rend si charmante. Sois-moi un Alexis.

S'il est perdu, que je le retrouve en toi ! Vous

vous ressemblez tant par la vertu ! Et qu'est-ce

que la science, le génie, la sagesse, si ce n’est autant de pierres précieuses destinées à enchâsser ce brillant incomparable ? |

ALEX, (Emu.) © très cher enfant ! Que ne puis-je vous entendre souvent, pour apprendre, et non pour enseigner.

Car. Mais vous avez promis à ce Proculus de partir demain.

Evpu. En est-il ainsi ?

ALEx, C’est vrai, et il faut que je tienne parole.

Car. (A Euph.) Non, alors vous devez commander, quand je ne puis que supplier.

Eurx. Ilgnotus, écoutez la prière d’un père ; —

(Alexis tressaille.) le père de ce pauvre orphelin !

Restez, et soyez la bénédiction de cette maison, aussi longtemps que le ciel vous accordera la vie. Promettez-le-moi.

ALEx. Trés-sincèrement, je le promets.

Proc. (A part.) Trompeur !

ALEX. (À Proc:) Et sans vous man. uer de parole à vous-même.

Eupx. Comment cela se peut-il ?

ALEX. Demain, vous le verrez; jusque-là oublions tout ; paix complète.

| Eur. Oui,

Qu'il soit un jour heureux, ce beau jour de demain ! Jour qui redonne un père au petit orphelin « 1 Un maître glorieux à ce toit lamentable !

| Qui relève le juste et brise le coupable !

(Sortent tous.)

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