‹ La perle cachée [microforme]Chapitre 29 sur 29 · LA PERLE CACHÉE. Ù · texte numérisé non relu

LA PERLE CACHÉE. Ù

porté de douleur sur la couche d’Aleris. Eusèbe ramasse le rouleau et le donne à Euphémien, qui le regarde, le Laisse tomber, et se COULTE la figure de ses deux mains, en gémissant.) Eupu. Oh! malheur j moi! mon angoisse est plus poignante encore | ma honte plus amère, mon crime plus noir! Hélas, comment ne t'ai-je pas s découvert ? Comment se fait-

connu, ne t’ai-je pa alpitations

il quej’aie été comme mort à toutes les p d'un cœur de père, sourd à ses cris ? Bien plus, que j'aie méconnu les aspirations de tou amour yéritablement filial qui réclamait un retour—tant de circonstances que je me rappelle maintenant— me paraît comme Un sort jeté sur moi. Mais lisez, Eusèbe, Esez ma dernière sentence.

EuseBE. (qui a ramassé le papier, le lit au milieu d'un profond silence et des signes du plus grand étonnement.)

&« Je suis Alexis, fils du sénateur Euphémien. Un ordre suprême m'a envoyé loin-de la maison de mon père, pour errer comme pèlerin peudant

cinq années. J'ai passé la plus grande partie de mon temps à Edesse. Ensuite un nouvel ordre m'a eté intimé de retourner, et d’aller mourir à La charité de mon père

Yendroit où je suis né.

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« Je tiens mes promesses envers tous. Proculus, je pars d'ici, et pour toujours. Carinus, enfant de mon cœur, je reste avec toi pour te guider encore, bien qu’invisible.

& Mon père, ne pleurez pas sur moi; vous m'avez assuré un bonheur au-dessus de celui que ce monde peut donner. Soyez toujours hospitalier envers l'étranger ; soyez charitable envers le pauvre. L’héritier de votre maison est retrouvé comme il vous l’a souvent promis. Mais puisque vous avez décidé qu’il prononçât entre vos serviteurs, au sujet du pèlerin Ignotus, il prononce présentement en ‘.veur d’un pardon, d’un oubli, et d’une réconciliation universelle.

(Signé, ) ALEXIS.”?

Proc. Permettez que je sois le premier, seigneur, à réclamer ce pardon, puisque j'ai été le premier à pécher. Je regrette amèrement mes injustices passées.

Tous. Et nous tous également.

Bis. et Gax. Et nous, notre coupable tentative,

Eur. Je vous pardonne à tous. Maïs qui me pardonnera à moif C’est au loin, dans les profondeurs de quelque désert de l'Egypte, que je dois aller ensevelir ma honte et ma douleur. Là, les larmes du repentir effaceront peut-être mon crime.

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(S'agenouillant près de la couche d’Alexis et lui saisissant la main) Ah! maintenant je reconnais en toi, mon fils, ces traits paisibles qui auraient dû nouvrir les yeux. C’est bien ton noble front, serein jusque dans la douleur; ce sont bien tes lèvres sincères, qui sourient jusque dans la mort. Oh! si tes yeux pouvaient s’ouvrir!—C'est encore à peine si leurs paupières peuvent cacher l’azur de jeurs orbites. (Se levant avec vivacité) Que j'ai été aveugle !

Oh! qui me tirera de l’abime de mon désespoir !

JR. (s’attachant & Euphemien)—Moi.

Rappelez-vous, mon père, que c’est par ignorance,.et pour obéir à une volonté plus haute que vous avez agi. Ce qui vous cause tant de chagrin, lui procure, à lui, la renommée sur la terre, et la gloire dans les cieux.

Eurx. Et comment ?

Car. En effet, c'est qu’il est mort avec douceur sous le blâme injuste du juge le plus bienveillant. Ce qu'Isaac eût été, si le glaive d'Abraham avait transpercé son cœur résigné,—tel est Alexis.

Bien plus, il ne pourrait être le saint qu’il est, s’il n’eût point passé par ce “ Lamma ‘sabachthani” qui est le, plus sublime martyr de l’âme.

Euru. Mon enfant, tu n'as fortifié! (Au chambellan) Allez dire aux princes qui tiennent les

clefs et le sceptre des deux mondes, qu'ici repose un homme très-grand et dans l’un et dans laut:

Moi-même et mon jeune héritier, les attendons.

(Le chambellan sort.)

Car. Mon père, je vous supplie de ne pas parler ainsi. (Montrant, de la main, Alexis.) Voici vétre | héritier revenu, pour réclamer son héritage et rém-. | plir sa promesse. Tout ici lui appartient, et il ne s’en éloigne plus.

Eur. Comment cela sera-t-il ?

Car. Vous n'avez pas d’autre héritier ; je n’en serai pas un. Le ciel l’a proclamé saint; c’est ici sa tombe, son autel, son temple ; ici doit s'élever une église princière, avec de vastes cloîtres pour recevoir le pèlerin; que votre fortune la dote ; et soyez-en l’administrateur fidèle.

Eurx. Et Curinus ?

Car. En sera le prêtre. En attendant que l’âge et la loi le permettent, il se rendra à Edesse.

Dans quelque collége renommé, l'étude et la vertu feront passer les années avec rapidité. Sa diligence rivalisera avec la vôtre, et elles seront si bien unies que, tous les deux, nous remporterons la palme. Dès que le dôme sacré sera élevé, son prêtre sortira de ses paisible études—car le labeur silencieux est l» meilleure culture de la jeunesse.—Ici il travaillera dans sa sublime vocation, consolera les

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affigés, réjouira les pauvres, soulagera les maux du corps, mais guérira ceux de j’âme, et lui donnera des ailes pour s'envoler au delà des douleurs. Puis quand les lakeurs et les peines du jour sercrt terminées, il viendra s'asseoir près du tombeau Ge son frère, pour mediter sur son mérite caché, ses vertus modestes, sa grâce inappréciée, sa vie humble, et sa fin ignowuinieuse—et sur sa gloire de saint.

Carinus ! Carinus ! qrel suave mystère Que celui de ce jour! jamais rien sur la terre, Jamais rien, Carinus, n’aura sur ma maison, ‘ Répandu tant d'éclat, jeté tant de renom | Oh! n’oublions jamais la parole suprême, La sublime leçon qu’il nous donna lui-même :

€ I] faut que bien longtemps, disait-il, radieux, # Une perle se cache ei et se dérobe aux yeux;

s Pour qu’elle soit choisie, et qu’un jour elle luise Au diadème d’or de notre sainte Eglise.”

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